Espagne : la politique rate son rendez-vous avec la jeunesse

Article publié le 30 novembre 2015
Article publié le 30 novembre 2015

Durant la soirée du jeudi 26 novembre dernier, a eu lieu le premier débat en ligne entre les membres de six grands partis politiques en Espagne. L'événement organisé par TwitterSpain a suscité de grandes attentes, puisqu'il s'est imposé comme un modèle novateur et bidirectionnel. Mais si l'on a assisté à un débat peu formel, la jeunesse a été une nouvelle fois laissée de côté.

L'événement a été annoncé comme un nouveau modèle de débat entre politiciens, essentiellement à l'égard des jeunes. Pour la première fois dans l'histoire de la démocratie espagnole, ce serait le public qui choisirait les sujets du débat, en votant sur le site de la rencontre et au moyen du hashtag #DebateEn140 sur Twitter. Emploi, éducation, terrorisme et corruption ont été les grands élus. La seconde nouveauté importante avait à voir avec la forme : le débat a été présenté comme bidirectionnel, dans lequel les participants interagiraient avec le public à travers Twitter et répondraient à leurs questions. La proposition a été reçue avec intérêt.

Néanmoins, dès les moments qui ont précédé le débat, la démarche choisie a commencé à faire des vagues. Présence d' influencers, interviews personnelles avec les participants, commentaires sur le style vestimentaire des uns et des autres, intervention de présentateurs à la manière des programmes d'entraînement... Un parallélisme trop evident qui a renvoyé un message peu encourageant aux nombreux jeunes qui suivaient le débat. L'organisation de l'événement n'a pas pris au sérieux la jeunesse espagnole, de la même manière que le débat a été le faux-semblant de la politique traditionnelle de ces dernières années.

Le déroulement du débat en soi a même provoqué une certaine désillusion. Même si l'on s'attendait à ce que les politiciens répondent en temps réel aux questions que les jeunes posaient sur Twitter, l'interaction a été decevante. Dans la pratique, on a introduit chacun des thèmes au moyen d'une question sous forme de tweet et chaque candidat a saisi l'occasion pour présenter au public le contenu de son programme. Présentation différente, même discours.

Certains des jeunes qui ont suivi le débat sur les réseaux sociaux l'ont ainsi vécu :

Mais cette expérience laisse aussi un sentiment positif. Au moins, le monde politique en Espagne a pris conscience de la nécessité d'intégrer les jeunes. Bien que cette première tentative ne se soit pas révélée totalement fructeuse, l'idée et la manière méritent bien un vote de confiance visant de nouvelles rencontres. À condition que l'on abandonne le badinage à l'encontre des intérêts de la jeunesse espagnole et qu'on laisse davantage de place à l'interaction entre les représentants politiques et le public.