Espagne : la mairesse de Madrid, trop relax

Article publié le 14 octobre 2013
Article publié le 14 octobre 2013

Le dernier faux pas de la délégation madrilène lors de son énième tentative de séduction du Comité Olympique International laisse comme héritage une phrase qui restera sans aucun doute dans les annales. Un portrait qui confirme les soupçons d’un grand nombre d’européens : les Espagnols mènent une vie des plus paisibles. Et si la protagoniste avait été polonaise ?

Après trois vaines tentatives, il est évident que la romance entre Madrid et les jeux olympiques est désormais une chimère. Pour couronner le tout, cet échec a laissé dans son sillon d’inombrables victimes médiatiques, martyres d’un complot international dirigé par Tokyo, grand vainqueur de la compétition. Parmi tous ces personnages exposés au génie comique des Internautes, c’est sans aucun doute Ana Botella, illustre mairesse de la capitale espagnole, à la carrière aussi longue que la liste de ses mérites (à lire avec ironie), qui a accaparé, pendant plusieurs semaines, l’opinion publique espagnole comem elle ne l’a jamais été. Au moins pour des raisons politiques (sans provocation aucune). Pour ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de se délecter de son intervention - surtout ceux qui se trouvent au-delà des Pyrénées - voyez un peu ci-dessous.

Que s’est-il passé dans la tête du conseiller en communication qui a rédigé le texte, au moment où il a pris la décision d’y inclure le clin d’oeil spirituel de la « relaxing cup of café con leche» ? Laissons de côté l’accent méditerrannéen de la Señora Botella. Oublions aussi le ton éducatif (on aurait pu être plus cruels) de son discours, plus adapté à un public d’enfants en bas âge qu’à celui du comité olympique. Bien que la réponse à cette question se cache dans l’esprit complexe de son auteur, nous imaginons que son intention n’était autre que d’illustrer le paradigme de la relaxation et du bien-être made in Spain. Parce que comme le souligne la célebre mairesse espagnole, « no one celebrates life like spanish people do ». C’est tout. Le concept de « bocadillo de calamares a la romana » (sandwich aux calamars frits, ndt) ou bien du « chocolate con churros » (chocolat chaud accompagné de beignets espagnols, ndt) n’a pas autant la cote sur le marché international que le café, cet or noir. Nous comprenons donc pourquoi le fameux conseiller a rejeté les deux options, malgré leur caractère plus authentique. Le résultat n’est pas vraiment celui escompté, mais peu importe. Nous sommes en présence d'un trending topic. And Madrid is fun.

exportER LE CONCEPT

A la rédaction de cafébabel nous avons voulu exporter le concept, ce résumé brillant de l’adoration de la vie et des coutumes si propres à l’Espagne, en cherchant ses équivalents dans les 5 langues dans lesquelles est aussi éditée le mag. Qui sait, peut-être qu’un homme politique étranger aura envie d’incorporer nos propositions à son imaginaire discursif. Ce que nous ne conseillons pas.

Nous ne savons pas avec certitude si le maire actuel de Paris, Bertrand Delanoë, utiliserait de si gros clichés dans le but de faire l’apologie de sa ville. Cependant, dans le cas où il existerait une Madame Bouteille, elle aurait sûrement inclus dans son discours quelque chose d’aussi ingénieux que « il n’y rien de mieux que de croquer dans une baguette, en marinière, devant un mime ». Oui oui, un mime. Nous n’avons aucun mal à nous représenter cette image si idyllique.

Alors que, de l’autre côté de la Manche, inspirée par la brise glaciale de la Tamise, une Mrs Bottle imaginaire aurait fait un choix qui pourrait certainement être du goût de son mari, ex-président du gouvernement espagnol. Il y a une dizaine d’années, George Bush et Tony Blair ont partagé un « tasty bag of fish and chips » au Dun Cow Inn de Sedgefield.  Avec cette proposition gastronomique si britannique, elle comblerait le fameux « Trio de las Azores », au nom de M. Aznar.  Oui, mais plutôt dans la ville cosmopolite qu’est Londres. Maybe near Trafalgar Square.

La préconisation serait bien différente si la Señora Botella était en fait Pani Butelka. Dans ce cas, en tant que principale représentante du conseil de Varsovie, elle conseillerait plutôt : « Skoczyć na lornetę z meduzą w Zakąskach ». Ni plus ni moins que  des « jumelles » accompagnée d’une « méduse », le tout au restaurant de centre ville Zakaski i Przekaski. Mais de quoi on parle là ? Les « jumelles »  est le nom donné à une double vodka. En Pologne, on ne rigole pas sur ces choses là. La « méduse » , il vaut mieux la voir, car n’importe quelle description que l’on pourrait vous en faire se révèlerait plus qu’insuffisante.

S'il y a bien un peuple dans toute l’Europe qui mènent une vie aussi désinvolte que celle dépeinte par la mairesse dans son discours, ce sont bien les Italiens. Il est très probable que la Signora Bottiglia eût proposé, elle, un festin similaire à celui décrit par son homologue madrilène, quelque chose comme un « cornetto » et un « cappucino ». Où ça? Probablement sur la Piazza Navona, pour ne pas rompre le charme.

En ce qui concerne Frau Flasche, on parierait qu’elle suggèrerait « ein currywurst am Alexanderplatz » pour tenter de charmer le jury. Peut-être les saucisses sauce curry sont-elles un plat un peu lourd, mais si proposé par une figure politique allemande, personne n’irait questionner sa digestibilité. En gardant à l’esprit que son accent anglais (on avait vraiment promis de ne pas en parler?) serait sûrement moins douloureux. Le fait est que Madrid reste privée de Jeux Olympiques. Nous ne savons pas dans quel mesure les subtils appels d’Ana Botella lors de sa démonstration oratoire ont pesé sur la balance. Mais juste au cas où, voici une petite recommendation à l’égard des maires et mairesses : si vous avez l’intention de promouvoir une délégation, calibrez bien votre intervention, sinon, voilà le résultat...