Espagne : ces jeunes qui restent pour le(ur) bien (1/2)

Article publié le 17 février 2015
Article publié le 17 février 2015

Il n'existe pas de chiffres officiels sur la quantité exacte de jeunes qui abandonnent l'Espagne à la recherche de travail. Mais qu'arrive-t-il à ceux qui décident de rester dans leur pays en essayant de le faire bouger ? Quatre jeunes, âgés de 25 à 35 ans, sont restés et ont misé sur la réalisation de leurs projets d'affaires. Jolies petites histoires.

Elle a aménagé un appartement à Almassora, dans la province de Castellón, et a monté son cabinet d'avocats avec une collègue. En réfléchissant à comment tirer profit d'une propriété familiale d'oranges et de mandarines à Villareal, ils ont créé une entreprise qui distribue ses propres récoltes et propose des visites guidées pour mieux connaître la tradition citricole. Ces jeunes espagnols ont fait le choix, bravant le chaos économique du pays, de rester et de lutter pour un projet personnel épanouissant avec la volonté de contribuer à un nouvel écosystème.

Soraya Chiva est avocate, Manuel Mata et Borja García sont des agriculteurs auto-entrepreneurs. Trois jeunes qui ont réussi professionnellement sans pour autant partir dans une grande ville. « J'aime les thèmes plus simples, comme ceux que je traite en étant restée en Castellón. Il y a beaucoup plus de contact humain et ça en vaut la peine », affirme Soraya. Elle reconnaît que les débuts en tant qu'indépendante n'ont pas été faciles, d'autant plus dans une profession comme la sienne. Ses clients ont recours à elle quand ils n'ont plus d'autre solution, pour des affaires souvent déplaisantes. Cependant, après quatre ans de travail pour le compte d’autres boîtes, elle a préféré devenir son propre chef, exercer son métier d'avocate comme elle l'entendait et ne plus être soumise à des tarifs fixes et des directives constantes.

Sans se poser la question d'être ou non leurs propres chefs, Manuel Mata et Borja García ont créé « Matafruit Naranjas ». Leur cas est un peu différent : peu avant la mort de son grand-père, responsable d'une propriété familiale de culture d'oranges, Manuel a réfléchi à l'avenir de l’exploitation. Au regard de l'intérêt montré avant tout par les clients étrangers qui achetaient leurs produits, il y a surtout vu une affaire fructueuse. Sans trop tergiverser, « partant aussi d’un apport », Manu se lance. Peu après, Borja le rejoint. Trois ans plus tard, le nombre de visiteurs sur le verger passera de 1 000 à 6 000. Le concept ? Un petit musée avec du matériel, des outils et la distribution d'un produit artisanal fraîchement cultivé.

Les deux jeunes entrepreneurs espagnols ont adhéré au collectif« Kilómetro 0 ». Un mouvement qui entend représenter les différents courants du monde gastronomique et alimentaire. Le challenge est simple : faire le pari de la proximité en stimulant la micro-économie locale, en protégeant l’environnement et en soutenant des projets similaires. Ainsi, Borja et Manuel, en plus de s’épanouir, tirent beaucoup de motifs de fierté. « Le plaisir de voir que ce que tu as créé est viable et progresse, savoir la fierté qu’aurait ma grand-mère si elle pouvait voir ce que nous avons fait de l’orangeraie », résume Manuel. Soraya ressent aussi bien le besoin d’être proche des gens. « En restant en Espagne, j’avais la possibilité de travailler dans de grandes compagnies à grands bénéfices, mais ce qui me plaît à moi, c’est de travailler dans des affaires pénales et civiles, d’être proche du client, de connaître son histoire et de traiter son cas comme cela me convient. »

En se réalisant professionnellement, Manuel, Borja et Soraya se placent en dehors des radars statistiques de ces jeunes qui abandonnement l’Espagne à la recherche d’opportunités de travail. Selon l’Institut National des Statistiques, ce sont 10 800 Espagnols âgés de 20 à 35 ans qui auraient abandonné le pays au cours de l’année 2013. Ils incarnent surtout le profil de ceux qui savent que l’on a qu’une seule vie pour réaliser ses objectifs. Si Manu, Borja ou Soraya pensent le travail différemment, c’est parce qu’ils ne le voient pas simplement comme une activité rémunératrice mais comme une opportunité pour évoluer, s’améliorer et rendre le monde qui les entoure un peu plus humain que des chiffres.

Retrouvez bientôt la suite de notre article à la Une du magazine.