Erasmus à la mode d'Istanbul

Article publié le 15 juillet 2009
Article publié le 15 juillet 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Istanbul est au goût du jour. Du moins, c'est ce que l'on conclue lorsqu'on réalise que le nombre d'étudiants Erasmus ne cesse de grimper dans les quelques 30 universités que compte la métropole située sur la rive ouest du Bosphore.

Il y a quelques années, encore peu d'universités à Istanbul avaient un accord bilatéral avec d'autres établissements d'enseignement supérieur européens, contrairement à aujourd'hui où la mégapole turque de 20 millions d'habitants ne possède presque plus d'universités qui refusent d'ouvrir leurs portes aux étudiants étrangers débordants d'enthousiasme. Voici la première partie du témoignage de Harika, une étudiante Erasmus.

Il y a deux ans et demi, j'ai envisagé pour la première fois de mener une partie de mes études à l'étranger, à Istanbul. A ma fac à Istanbul, on m'a assuré que j'obtiendrais une place sans le moindre problème car de toute façon, personne ne veut aller à Istanbul. On l'explique souvent par la crainte d'attentats causés par des terroristes islamistes, par les conflits kurdes et par la proximité géographique de l'Irak. Cependant, à peine un an plus tard, alors que je soumettais ma candidature pour l'une des trois places en Erasmus qu'offrait mon institut, 11 autres étudiants avaient déjà eu la même idée. 

©yeditepe.edu.tr

D'après une étude réalisée par l'office allemand d'échanges universitaires (DAAD), l'Allemagne se situe à la première place en matière de mobilité étudiante à l'étranger, devançant ainsi la France et l'Espagne. Lors de l'année universitaire 2007-2008, plus de 26 000 étudiants ont pu partir à l'étranger grâce au programme Erasmus. Mon université d'accueil à Istanbul a souhaité la bienvenue à ses premiers étudiants Erasmus lors du premier semestre 2004. Trois ans plus tard, alors que j'y arrivais pour deux semestres d'études, elle en avait déjà reçu 94.

Les formalités bureaucratiques à la fac d'Istanbul n'ont certes pas été insignifiantes pour moi, mais elles sont tout de même restées minimes lorsqu'on les compare aux obstacles que doivent franchir les étudiants turcs lorsqu'ils souhaitent étudier dans une université d'Istanbul. En effet, cela n'est possible que s'ils comptent parmi les meilleurs aux concours d'entrée qui doivent être passés après l'obtention du diplôme de fin d'études secondaires. S'ils font partie de ces élus, ils peuvent intégrer les prestigieuses universités d'Ankara et d'Istanbul. Les autres étudiants sont envoyés dans des universités de deuxième ou de troisième classe situées un peu partout dans le pays.

L'élite turque se lisse les cheveux !

Le système universitaire turc est composé des universités publiques d'une part et des université privées d'autre part. La taille du porte-monnaie de leurs étudiants, ou plutôt des parents de leurs étudiants, est le principal critère qui les différencie. En effet, alors que les études dans les universités publiques sont encore gratuites, il faut payer pour étudier dans le privé. Et on ne paye pas qu'un peu ! Les droits d'inscription à l'Université Yeditepe, où j'étudie depuis deux semestres, coûtent environ 15 000 dollars par an aux étudiants qui ne participent pas au programme Erasmus ou qui ne bénéficient pas d'une quelconque bourse d'étude.

Résultat : sur le campus clinquant, tout de marbre et de verre, on voit principalement des étudiantes trop maquillées, qui ressemblent plus à des poupées qu'à des êtres humains, défiler en chaussures Prada tout en balançant des sacs Gucci. Et si d'aventure leurs coiffures sophistiquées venaient à se défaire, elles ont la possibilité de se rendre aux toilettes des dames et d'y utiliser un fer à lisser pour la modique somme de 25 cents. En ce qui concerne la vanité et la vantardise sur ce campus à la mode, les étudiants n'ont rien à envier à leurs camarades féminines dans la mesure où ils portent des lunettes de soleil tout aussi grosses et des survêtements de marque, Adidas de préférence.

©Harika Dauth

Récemment, l'une de mes professeurs turques nous a raconté pendant un séminaire que sa coiffeuse lui avait expliqué qu'il existe maintenant une nuance de blond qui porte le nom de mon université car cette teinte est principalement portée par des clientes qui y sont étudiantes. L'apparence et la manière de se conduire sont sur le devant de la scène, on étudie uniquement pour empocher un diplôme reconnu. Encore une petite anecdote à ce propos : lors de la remise d'un devoir, la professeur d'un étudiant Erasmus qui étudie à la faculté d'économie de mon université à Istanbul lui a gentiment fait remarquer qu'il avait bien trop travaillé sur son essai. Elle aurait été parfaitement satisfaite s'il lui avait rendu quelques informations récupérées grâce à Google et rassemblées à l'aide de la bonne vieille méthode qui a fait ses preuves : le copier-coller.

L'apparence et la manière de se conduire sont sur le devant de la scène

Ça me fait tout drôle quand je pense que ses étudiants vont un jour occuper des postes à responsabilités dans les divers secteurs de l'économie. Ce sentiment est encore renforcé par le fait qu'on a récemment trouvé une quantité non négligeable d'armes dans le bureau du fondateur et recteur de l'Université Yeditepe qui est bien connu pour l'intransigeance de ses positions nationalistes et pour son statut d'ancien maire d'Istanbul. Depuis cet incident, le directeur a quitté la Turquie pour les pays occidentaux et ferait tout aussi bien de ne plus revenir pour le moment.

Néanmoins, les universités d'Istanbul sont tout aussi différentes que les habitants de cette ville. L'Université Bogazici, par exemple, est considérée comme l'une des meilleures universités du Proche-Orient, mais également comme l'une des plus politiques. Elle possède un magnifique campus verdoyant et peut être tout particulièrement recommandée à chaque étudiant Erasmus potentiel qui souhaite se rendre à Istanbul. Un autre exemple est mon institut qui incite les étudiants à développer leur esprit critique grâce à l'engagement d'au moins quelques enseignants.

Même si cela ne fonctionne pas toujours et que le ras-le-bol politique et le plagiat semblent être des fléaux extrêmement répandus parmi les étudiants, l'institut est globalement estimé et reconnu. Cela a conduit au fait que j'ai sûrement plus écrit, lu et appris ici en deux semestres qu'en trois ans d'études en Allemagne. Voilà pourquoi je passe déjà très certainement pour une fayote parmi mes camarades.

Vivre au sein d'une autre culture ne signifie pas uniquement rencontrer d'« autres » personnes, mais plutôt et surtout se redécouvrir et se réinventer soi-même. Ceci est avant tout possible grâce à une circonstance essentielle : tout d'un coup, on est soi-même l'« autre », l'étranger sur le pas de la porte.

La semaine prochaine, lisez la deuxième partie du portrait Erasmus dressé par Harika !