Entropa : Eurotrash ou Eurobeauf ?

Article publié le 6 février 2009
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Article publié le 6 février 2009
Comme vous le savez peut être , pour marquer son passage à la présidence du conseil, comme l'exige la tradition, le gouvernement tchèque a commandé une œuvre d'art à l'artiste David Cerny : Entropa. L'intention du gouvernement tchèque était de marquer son passage par une "totale liberté" de ton...en rupture supposée avec les habitudes institutionnelles.

L'ensemble expose chaque pays sous la forme de stéréotypes négatifs, ce qui a causé une vague polémique en raison de la plainte de la Bulgarie notamment ( représentée sous la forme de cabinet a la turque), mais aussi en raison du fait que l'artiste, censé travailler en association avec d'autres artistes européens, à en realité réalisé son installation tout seul.

Passons sur ce dernier détail et sur "l'indignation" proclamée haut et fort du gouvernement tchèque à ce sujet, dont on imaginera sans mal, vu ses vues et le reste de sa campagne, que peu lui importait de sortir de la maitrise d'œuvre tcheco-tchèque.

Le public lui, a plutôt bien réagi, au prétexte de la liberté de création et du rôle salutaire de l'humour et de l'autocritique.

Certes.

Commençons néanmoins par rappeler que la présidence Autrichienne ne les avait pas attendu, et coiffe au poteau la présidence tchèque en la matière, avec cette œuvre: ( il y en avait une autre , montrant le president Chirac et la reine d'Angleterre dans des positions explicites, qui a promptement été "retirée" de la circulation) :

Austrian Ue presidency 2006 Au delà, le problème de l'œuvre tchèque, a part le fait de n'être en rien novatrice, c'est qu'elle est surtout le contraire de ce qu'elle prétend être.

Car si le concept d'Eurotrash est parfaitement valide et salutaire, il suppose une multiplicité de point de vues, et une surenchère qui commence d'abord par soi même.

Rien de tel dans cette œuvre transparente. On lit sans peine dans les stéréotypes exprimés non pas un discours européen, mais une crainte et des complexes purement tchèques ( et marqués politiquement de manière conservatrice) : les allemands sont des nazis, la Bulgarie est un cabinet à la turque. La Pologne est "envahie" d'homosexuels et la Hollande de musulmans.

Bref, c'est le vieil antagonisme nation à nation qui apparait, enfermé dans sa subjectivité, et qui n'a rien d'européen ni de novateur.

Il aurait fallut pour cela que l'artiste ( ou le commanditaire) ait été capable d'inter-subjectivité, c'est à dire de faire sien le point de vue des autres sur soi et le reste de l'Europe. Mais surtout, pour légitimer la démarche, la charge de dérision à sa propre encontre aurait du être au moins aussi forte, sinon plus, que celle s'adressant aux autres pays.

Or, pour comble du paradoxe, la république tchèque est ici représentée sous la forme de citations de son propre president, ce qui on s'en doute, ne vas pas déranger le commanditaire.

L'eurotrash, le vrai : un pour tous, tous dans le même sac (de caca)

Un bon exemple du concept d'eurotrash (le vrai) s'illustre dans une PUB des années 90 pour la console Dreamcast, enjoignant les joueurs de toute l'Europe à s'affronter en ligne

Chaque spot se compose d’un personnage ventant l’orgueil national ( avec un fort accent et des clichés outranciers), tandis que les images relativisent et ridiculisent ses propos avec des stéréotypes symétriquement négatifs. Le spot se conclue sur l’horripilant personnage exhortant le spectateur-joueur à venir se mesurer à lui… s’il l’ôse. Chacun en prend plein la figure,

Le français

...L'allemand

...Mais aussi, et surtout, ils se moquent d'eux-même sans complaisance

Au final, on peut rire de soi-même car tout le monde est traité à la même enseigne.

On ne rit plus de l'autre, mais avec l'autre, de nos atavismes nationaux, mis sur le même plan horizontal, égalisés et objectivitisés....Les stéréotypes identitaires deviennent des rôles à incarner, avec la distance que cela suppose.

Bref, il s'agit la d'un rire proprement européen et non pas national, ou du moins du rire parfois jaune d'européens en train d'émerger comme tels et contemplant leurs tares et leurs (anciennes ?) divisions.

Nous rentrons avec l'Eurotrash dans une approche post-moderne et post-nationale de l’identité européenne, pour laquelle les histoires et les cultures nationales sont désormais considérées comme des scories jetées pèle-mêle dans la dote du grand mariage (d’amour ou de raison) communautaire, poubelle de l’histoire, pour le meilleur et pour le pire...

A suivre...