Entretien avec Dominique Cardon: le rôle d’internet dans l’espace public européen

Article publié le 29 mars 2012
Article publié le 29 mars 2012
Par Aris Kokkinos Internet a révolutionné les rapports aux médias. L’information n’est plus seulement verticale, elle est aussi devenue horizontale. Le groupe Spinelli, qui a organisé un forum “Federalisme ou rien” le 26 Mars à L’ULB, a exploré les pistes pour concilier les deux méthodes, dans un débat animé par la députée européenne Isabelle Durant.
Un des participants, le sociologue du net Dominique Cardon, a répondu à nos questions.

Quel est le rôle de Facebook dans le printemps arabe ?

On fait beaucoup de déterminisme technologique, une technologie étant la cause d’une conséquence. Une technologie n’est qu’un moyen pour que des groupes sociaux s’en emparent. Facebook n’a pas fait les révolutions égyptienne ou tunisienne. Ceci étant, sans Facebook, le mouvement n’aurait pas eu lieu de cette manière. Le fait qu’il y ait eu ce moyen de communication, les Tunisiens pouvant se dire sur Facebook ce qu’ils ne pouvaient pas se dire dans l’espace public. Ils l’ont dit dans cette niche de socialité, puis le phénomène s’emballe et sert pour la coordination. C’est très pratique pour s’indigner collectivement.

Dans l’échange d’informations sur internet, quelle importance donnez-vous aux blogs ?

C’est compliqué de diviser par technologies parce que Facebook est une forme de blog à coût d’écriture réduit, ce qui a permis de démocratriser l’usage d’internet à des publics qui ont moins de capacités culturelles pour tenir un blog. Ce qui pour le bon blogueur est une activité complexe et demande un bon niveau culturel. On entend souvent que la blogosphère va disparaître, moi je n’y crois pas du tout. Cela reste le lieu où on produit du contenu. Twitter ne fait qu’être un tambour des blogs et des sites qu’il relaie. Ce qui vaut sur Twitter, c’est le lien hypertexte où on a déposé du contenu. On a bien vu que les blogs élargissent l’espace public au-delà des professionnels de l’information.

Prévoyez-vous une intégration à venir des réseaux sociaux dans un ensemble qui les engloberait, en allant du « plus petit » au « plus grand » ?

Je crois plutôt que les dynamiques qui ont bien fonctionné sur internet sont des dynamiques éclatées. Les usagers aiment bien cet éclatement ! Quand on est actif sur Facebook on est aussi actif sur un autre réseau social. Il y a un fantasme d’ingénieur où on va reprendre tout ça puis on va remettre tout en scène. Ça plaît aux ingénieurs qui font des business plans, mais les bonnes réussites de l’internet, ce sont des gens qui ont une seule idée ! On vient avec une seule bonne petite idée, la page blanche de Google, et ça fonctionne.

Quel sera l’impact des lois qui visent à encadrer internet, que de nombreux internautes jugent liberticides , comme le cas d’ACTA ?

C’est irréaliste, et ça distingue une chose essentielle qui est le cœur même de l’internet, c’est que les pensées ne sont pas des actes. Si tout d’un coup la lecture, qui est un acte de pensée, devenait un acte qu’on puisse poursuivre et condamner, là on entre dans un système extrêmement dangereux. Sur ACTA c’est encore plus grave parce que c’est un processus qui est en marche, et qu’il faut critiquer.

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