ENTREPRENEUR SOCIAL POURQUOI C’EST IMPORTANT

Article publié le 2 juin 2014
Article publié le 2 juin 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Voici l’histoire de Guillaume Bapst, un entrepreneur social français qui s’est inspiré des théories économiques pour créer un changement social.

Inspiré par la loi de l’économiste  allemand du 19ème siècle, Ernst Engel, selon laquelle plus le revenu  familial est bas,  plus grand est le pourcentage dépensé pour l’alimentation, Guillaume Bapst a révolutionné la manière dont les ménages aux faibles revenus accèdent et achètent la nourriture. En mettant la théorie d’Engel en pratique, l’entrepreneur social français, a créé un réseau d’épiceries où les gens en dessous du seuil de pauvreté peuvent acheter des produits avec des rabais de 10 à 30 pour cent par rapport aux prix du marché. En plus d’offrir la possibilité de se nourrir, le projet de Guillaume permet aussi de choisir entre différents produits, et prouve ainsi que les personnes, malgré leurs problèmes financiers, devraient toujours avoir la possibilité de choisir.

J’ai rencontré Guillaume lors de son récent voyage à Athènes, invité par Ashoka, l’organisation internationale qui cherche à promouvoir l’entreprenariat social.

Par un jour de printemps ensoleillé, accompagnée d’Aphrodite, la directrice de Ashoka en Grèce et de Guillaume, nous sommes montés sur la colline de l’Acropole, en espérant en apprendre d’avantage sur sa noble entreprise.

Notre Français a toujours été proche de la société, ou plus exactement des personnes aux faibles revenus et de leurs besoins. Entrepreneur depuis l’âge de 23 ans, il a commencé à travailler pour l’État français après avoir vendu son centre d’équitation de poneys, 8 ans après sa création. Sa tâche principale était de trouver des fonds pour les associations qui aident à l’intégration des immigrés venant du sud de la Méditerranée pour travailler en France. En étudiant une loi de 1976 du Président Giscard d’Estaing (1) qui facilitait le regroupement familial pour les étrangers, Guillaume remarque les difficultés des personnes qui ne peuvent payer un loyer, un problème que Guillaume, depuis, définit comme la source de la pauvreté en Europe.

Relevant le défi d’aider ces familles, il suivi la courbe d’Engel, la ligne qui démontre la relation entre le nombre varié de bons consommateurs qui souhaitent acheter suivant des niveaux de revenus différents (2).

Après une pause sur les pentes de l’Acropole, je souhaitais en entendre d’avantage sur les problèmes soulevés par Guillaume qui tire sa sagesse de théories économiques qui de nos jours inspirent rarement les changements sociaux. « Si tu es riche, tu achètes des vêtements, des voitures etc… mais si tu es pauvre, tu achètes surtout de la nourriture », me dit Guillaume. « Mais si nous pouvons aider les gens en baissant les prix de l’alimentation, ils pourront vivre mieux, avoir un niveau de vie plus élevé », affirme-t-il avec les yeux brillants tout en essayant de s’arranger des pierres éparses datant de 2500 ans du temple d’Athènes.

 BESOIN DE CHANGER LE SYSTÈME

En 1995, Guillaume a créé la première épicerie. À l’époque, le Président Jacques Chirac lui a rendu visite avec ses ministres et il a décidé de  soutenir son projet. Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, l’entrepreneur a reconnu le besoin de changer le système : une boutique ne suffisait pas, aussi il créa un réseau d’épiceries solidaires et un nouveau système de distribution de l’alimentation pour inverser la dépendance des personnes défavorisées, sur la base d’organismes de bienfaisance. En 2000, il a fondé ANDES, Association Nationale De Dévelopement des Epiceries Solidaires, un réseau « d’épiciers solidaires », qui réunit des épiceries solidaires dans toute la France. Depuis, ses rêves se sont réalisés.

À ce jour, il y a près de 300 épiceries solidaires en France. En général, ce sont les municipalités qui prennent l’initiative d’ouvrir une épicerie et ensuite elles demandent à ANDES d’implanter le projet. Après avoir réglé le problème financier,  bénéficié de conseils, une fois que l’épicerie ouvre ses portes, les municipalités paient une cotisation de 50 euros par an à ANDES  dont les ressources proviennent également de compagnies privées, de l’État et d’associations locales, également de produits vendus en gros, comme une soupe haut de gamme qui a remporté les votes en France pour sa qualité.

LE RÔLE D’ASHOKA

« L’État nous a toujours aidés. Nous sommes une des associations qui propose tous les ans d’en faire plus. Il y a plusieurs raisons à cela : l’accroissement de la pauvreté mais aussi la culture de l’impact pour laquelle Ashoka nous a entraînés à travailler » nous dit Guillaume. Avoir de l’impact est la clé pour Ashoka : « C’est assez simple, combien dépensez-vous et combien l’État prélève-t-il ? Et cela est même plus important quand des experts extérieurs et des chercheurs font ces comptes, spécialement à un moment où le crédit est rare » remarque Guillaume. Ce dernier point nous ramène au problème de l’exclusion sociale.

Alors que la pauvreté dans le monde occidental est multifactorielle, surtout dans les grandes villes, pour mon interlocuteur il y a un problème essentiel et crucial : le logement. « Par exemple, vous retrouvez ce problème avec les retraités. Dans de nombreux pays européens, nous n’avons pas cette culture d’acheter des maisons comme en Grèce. Le loyer est élevé, tant que vous travaillez vous pouvez payer, mais pour les retraités, peut-être que certains ne pourront pas payer la location. Notre société avait aussi tort ; elle nous a montré que dans les villes on  a plus de bien être, de culture, de confort, de possibilités de consommation et les gens ont « désiré consommer ». Maintenant, c’est difficile de retourner vivre à la campagne.

ANDES éduque aussi ses clients à cuisiner et à manger de manière saine et équilibrée, en insistant sur les fruits et les légumes. Cette attitude les a conduit jusqu’au cœur de l’Europe, à Bruxelles, où en 2008 ils ont pu changer les règlements européens sur la conservation des fruits et légumes. Qui a dit que rien n’ est impossible ? Avec l’aide de Michel Barnier, ministre de l’Agriculture à cette époque, Guillaume et son équipe ont réussi à changer les conditions de conservation de ces produits hautement nutritionnels à un niveau pan-Européen. « Quand il y a un surplus de fruits et de légumes, nous les détruisons. Bruxelles a accordé une meilleure compensation budgétaire aux agriculteurs. Notre proposition a motivé les agriculteurs pour qu’ils nous donnent les produits au lieu de les détruire. Nous suivons la même stratégie avec le poisson. »

Aujourd’hui, ANDES propose aussi d’apprendre aux gens les vertus de cuisiner et de manger ensemble. L’idée principale de l’atelier de cuisine est la suivante « Nous ne suivons pas la logique : je vais vous apprendre comment partager notre savoir. Pour cela, nous avons créé un livre de six recettes, plus exactement six techniques de cuisson. Avec ces techniques vous pouvez cuisiner ! La cuisine a tendance à avoir seulement un modèle et nous voulons élargir ce domaine. Ainsi, nous travaillons aussi bien avec les parents qu’avec les enfants, et en parallèle avec les différences culturelles, en respectant les aliments interdits par une culture si besoin. »

Prochaine étape pour l’équipe de Guillaume : travailler à l’échelle européenne, « Nous agissons principalement en France. Nous sommes intervenus en Belgique, au Luxembourg, en Autriche, Espagne et maintenant peut-être en Grèce. Nous voulons développer un réseau urbain autour de cette idée. »

Voilà l’histoire que Guillaume m’a racontée, c’est une des nombreuses histoires qui fait partie de la vie d’Ashoka en 2014.

Retour au 19ème siècle, cette fois avec un autre Engels, Friedrich Engels, avec Karl Marx, ils ne pensaient pas que le capitalisme produirait le socialisme de son plein gré (ce qui est compréhensible). Comme Marx et Engels ont affirmé « l’histoire ne fait rien…Elle ne gagne pas de batailles. C’est l’homme, réel, vivant qui les gagne, qui possède et se bat ; l’histoire n’est rien mais l’activité de l’homme poursuit ses objectifs. » (3) En 1844, Friedrich Engels après son long séjour en Grande-Bretagne (4) décida de retourner en Allemagne. En chemin, il s’arrêta à Paris pour rencontrer Karl Marx. Je peux déjà imaginer une troisième personne les rejoignant pour participer à leur discussion animée dans un bistrot parisien : Guillaume, un entrepreneur social qui a fait le lien entre les entreprises et le domaine social. Bien sûr, cela est juste une métaphore ; le temps est venu pour construire un pont entre business et social, là est le débat.

  • Valéry Giscard d’Estaing est un politicien français centriste, il a été Président de la République française de 1974 à 1981.
  • Une conclusion basée sur une étude de budget sur 153 familles belges et qui a été ensuite vérifiée par d’autres études statistiques sur le comportement du consommateur, Britanica.com
  • Karl Marx et Frederick Engels, The Holy Family, chapitre 6, Section 2a.
  • Où il a écrit son premier livre :”The Condition of the working Class in England”.