Entre l'UE et la Russie, il y a Ioukos

Article publié le 6 novembre 2003
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Article publié le 6 novembre 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le sommet UE-Russie pourrait rapprocher la Russie de l’Europe. Mais dans la tourmente de l’affaire Ioukos, Poutine doit encore convaincre de son attachement à la démocratie.

La Russie a mis un nouveau coup de pied dans sa fourmilière oligarchique en arrêtant le riche magnat Mihail Khodorkovsky, président du groupe pétroler Ioukos. La démission, en signe de protestation d'Alexandre Voloshin, chef du personnel présidentiel russe, n’a fait que confirmer l’éviction régulière des apparatchiks de l’ère Elstine au profit de cadres fidèles de Saint-Pétersbourg, comme le nouveau chef du personnel Dimitri Medvedev. Même si quelques partenaires occidentaux croient, comme Lord Robertson l’a affirmé, que la « Russie a changé », les événements récents donnent raison à ceux, nombreux, qui en doutent. Lorsqu’il rencontrera les Russes aujourd'hui à Rome, Chris Patten est sûr de mentionner l'affaire de Ioukos : comme l’a dit Diego Ojeda, de la Commission européenne, ce qui se passe actuellement en Russie est « loin de ce que l’UE peut considérer comme acceptable ». Et cela peut entraver une coopération plus étroite entre l'Europe et la Russie. Après tout, un état dont l'engagement vis-à-vis de la démocratie et de la liberté économique est incertain peut-il être un partenaire digne de confiance pour l’UE ?

Une pomme dure à digérer

Mais que se passe-t-il vraiment en Russie ? Il y a beaucoup de spéculation, mais peu d'information concrète. Khodorkovsky, arrêté le 25 octobre, prétend être pourchassé par le Kremlin pour des raisons politiques. Mais de peu de personnes doutent que Khodorkovsky soit coupable d’évasion et de fraude fiscale, comme Poutine l’en accuse. En attendant, celui-ci espère que l’ « hystérie » Ioukos s’essoufflera tranquillement. Mais c’est peu probable.

Comme le note The Economist, les investisseurs occidentaux ont compris que « toute liberté en Russie, y compris celle d’entreprendre, est un mythe ». Le vrai crime de Khodorkovsky, c’est d’avoir brisé une loi non écrite : dans la Russie de Poutine, les oligarques devraient s'occuper de leurs affaires mais rester à l’écart de la politique.

Au lieu de cela, Khodorkovsky a financé le parti libéral « Yabloko » (pomme en russe), qui a fréquemment critiqué la politique menée en Tchétchénie par Poutine et son concept euphémique de « démocratie contrôlée ». Ce n'est peut-être pas une coïncidence si l'arrestation - probablement initiée par le Kremlin - vient juste avant les élections législatives de décembre où Poutine essayera de consolider ses soutiens en vue d’un deuxième mandat. Poutine n'était pas prêt à laisser Yabloko être protégé par une compagnie qui assure environ la moitié de l'approvisionnement énergétique de la Russie et près de 7% de son PIB.

Dans un pays où les partis politiques sont faibles, les médias bâillonnés et où le président jouit d’un pouvoir absolu, seuls les oligarques, avec leur contrôle des secteurs stratégiques de l'économie peuvent s’avérer une menace pour la machinerie du Kremlin. Et c’est cette menace que Vladimir Poutine cherche à présent à éliminer.

Pour l’instant, cette méthode peut assurer la stabilité politique. Mais en ce qui concerne la démocratie balbutiante de la Russie, elle ne portera presque certainement pas ses fruits. C’est la raison pour laquelle, dans les négociations actuelles, l'UE ne doit pas laisser cette question de côté. Car il ne faudrait pas que la pomme gâte le panier tout entier.