Entre ciel et terre. Une histoire européenne (9/9)

Article publié le 26 juin 2009
Article publié le 26 juin 2009
Par Guillaume Delmotte, avril 2009 Chapitre neuvième : Passage à l’acte Pour les besoins de son enquête, Cassim se rendit à Paris, où il interviewa un chercheur, Pierre-Yves Delmas, spécialiste des mouvements d’extrême – droite en Europe.
La France était alors en pleine ébullition, alors que l’hôte de l’Elysée depuis 2007, Nicolas Sarkozy, accomplissait son second mandat, après s’être représenté, ce dont personne ne douta, aux suffrages des Français en 2012. Cet homme, pensa Cassim, était sans cesse dans le passage à l’acte, faisant démentir, s’il en était besoin, ce qui avait été un temps son slogan au début de son premier mandat : la « politique de civilisation ». L’application qu’il mettait, depuis qu’il avait été élu, à détruire l’idée même de société démocratique et républicaine, le disputait en volonté de se défaire de ce qui pouvait être considéré naguère comme un modèle culturel. La pratique de la « karchérisation », selon l’expression qui avait été utilisée alors, allait jusqu’à affirmer par exemple que cela ne valait pas la peine d’avoir lu La Princesse de Clèves (ce qui voulait dire : pas la peine d’avoir lu un livre), lorsque l’on passait un concours de la fonction publique. L’élève Sarkozy avait, selon ses propres dires, « beaucoup souffert » sur ce texte de la littérature française. Le cancre avait pris sa revanche, pensa Cassim.

La grave crise économique et sociale que connaissaient l’Europe et le monde depuis la fin de l’année 2008, s’abattait sur des sociétés déjà fragiles, comme l’attestaient les émeutes des banlieues en France en 2005 – qui furent suivies par d’autres – ou les manifestations de la jeunesse en Grèce en 2008. Au cours de cette période, l’Italie de Berlusconi, où de véritables milices – « les rondes citoyennes » - avaient été légalisées, décréta à plusieurs reprises l’état d’urgence, faisant intervenir l’armée pour « rétablir l’ordre ». Cette violence sociale et politique avait fait le jeu des groupements extrémistes qui partout en Europe progressaient aux élections, accroissant ainsi la pression sur des gouvernements qui menaient des politiques de plus en plus autoritaires et répressives.

L’enquête de Cassim piétinait, malgré la masse d’informations recueillies. Il ne lui manquait que les noms des « têtes pensantes » des incendies criminels de foyers d’immigrés, qui avaient été perpétrés à Berlin. C’est Emma qui, par une remarque en apparence anodine, le mit sur la piste : « Je suis sûre que c’est un type comme Ulbricht qui est dans le coup », dit-elle. Cassim reprit aussitôt l’avion pour Berlin. Le ciel fut clément ce jour-là. Après un atterrissage en douceur, il prit la route vers la Potsdamer Platz où l’attendait son informateur.

Epilogue

Il avait fallu plusieurs minutes avant que le personnel de sécurité du Parlement européen ne maîtrisât le forcené. Le détail des faits fut donné le lendemain dans un article paru dans Libération, dont l’auteur était un jeune journaliste, Grégoire Labbé :

''« (…) En séance plénière, après que la députée Emma Rückert soit intervenue pour interpeller l’assemblée sur les agissements de certains députés du groupe Nations européennes, l’un des membres de ce groupe, Stefan Ulbricht, après avoir invectivé la députée verte, a dévalé du haut des travées, s’est dirigé droit sur elle et l’a agressée physiquement. Mlle Rückert venait d’exposer les raisons qui l’amenaient à penser que des actes criminels à l’encontre de foyers d’immigrés avaient été commis à Berlin à la fin de l’année 2013, à l’instigation de M. Ulbricht. (…) Stefan Ulbricht, après ce passage à l’acte violent, a avoué tous les faits aux services de police qui l’ont interrogé. (…) »''

Le même jour, un article du Guardian, signé par Cassim Aslam, révéla toute l’histoire.

- FIN -

Téléchargez le texte intégral du feuilleton Entre ciel et terre. Une histoire européenne sous format pdf en document annexe.

© Guillaume Delmotte.

Sculpture et photo : © Michel DELMOTTE. Entre – acte (1991/1992)