Entre Breivik et Khaled Said : une révolution numérique

Article publié le 29 septembre 2011
Article publié le 29 septembre 2011
L’année 2011 nous a montré la force des nouveaux médias dans les débats politiques qu’il s’agisse des manifestations européennes, des révolutions arabes ou de l’attentat terrifiant commis en Norvège en juillet dernier. Aujourd’hui l’engagement politique est abordable par tous et partout. Cette instantanéité qui définit désormais l’engagement politique est-elle compatible avec nos démocraties?

2012 : Une élection numérique ?

Alors que l’élection présidentielle de 2012 approche, les candidats à la présidence se soumettent à la nouvelle exigence numérique, derrière le modèle qu’avait présenté Obama pour s’adresser à ses électeurs américains en 2008. Certes, les candidats devront se montrer présents sur le terrain, dans les médias pour espérer toucher l’électorat désenchanté par une crise économique et un mécontentement politique grandissant mais il leur faudra une étincelle de plus, le numérique. En effet, l’outil Internet est désormais un espace public de débats qui donne la parole à tous et à toutes. Pourtant même s’ils sont ses premiers utilisateurs, certains jeunes étudiants parisiens m’ont affirmé qu’ils ne faisaient pas assez confiance au Net pour aller y chercher des informations pouvant les aider à faire leur choix pour la présidentielle 2012. C’est le cas, de Guilhemette, étudiante en droit à luniversité d’Assas à Paris qui se tourne plus souvent vers d’autres formes de médias et qui m’a confié ses doutes concernant le contenu d’Internet.

Surfer sur le terrorisme

Aujourd’hui de plus en plus de mouvements idéologiques, politiques, activistes ne se contentent plus de distribuer des tracts, d’écrire ou de manifester, ils utilisent désormais une arme fatale, le terrorisme. Pour communiquer, une nouvelle arme a fait son apparition. C’est Internet qui est devenu l’espace incontournable de tous les mouvements qu’il s’agisse de la démocratisation d’un pays entier à la transmission de messages extrémistes. Dans cet espace de débat il ne s’agit certainement plus de soutenir un candidat à la présidence, de donner son avis sur les réformes gouvernementales, il s’agit de s’opposer aux politiques. Aujourd’hui, tout le monde peut, grâce au Web, se dévoiler entièrement dans ce monde superficiel, assis derrière son écran. Cet outil est devenu le symbole d’une certaine équité, entre expert et ignorant, entre modéré et extrémiste.

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C’est pourquoi, il y a une frontière très fine entre les messages véhiculés par la population pendant les révolutions arabes de cette année et le message de haine diffusé par Anders Breivik avant son attentat en Norvège en juillet dernier. Deux cas pour un même constat : la puissance de la Toile. Appartenir à un groupe sur Facebook, sur Twitter, s’exprimer sur le monde dans lequel on vit dans un statut ou un commentaire sur Internet, créer un blog, voilà les moyens qui peuvent aujourd’hui constituer un engagement politique. Ce hobby numérique qui tend à s’opposer aux politiques ne peut-il pas provoquer un militantisme abusif et parfois infondé ?

Démocratiser un pays avec internet ?

Aujourd’hui, tout le monde peut, grâce au Web, se dévoiler entièrement dans ce monde superficiel, assis derrière son écran. Cet outil est devenu le symbole d’une certaine équité (...)

Dominique Cardon, dans son livre La Démocratie Internet, parue en 2010, a souligné l’enjeu politique d’Internet en décrivant le web comme un « laboratoire d’expériences démocratiques ». L’instantanéité du Web a, en effet, servi aux militants tunisiens et égyptiens puisque les réseaux sociaux ont donné une portée immense à ces mouvements en faveur de la démocratie, du changement. Ces réseaux sociaux se sont mués en un nouveau média populaire très puissant. Wael Ghonim, créateur d’une page facebook « We are all Khaled Said » est l’un des héros de cette révolution. Il a su réunir tout un peuple derrière l’image de ce jeune homme torturé à mort par la police égyptienne en début d’année.

Plus de démocratie pour combler le déficit ?

Celui là même qui crie à Hosni Moubarak de se réveiller "Egypte, réveille-toi !"Nos démocraties, pourtant prises comme exemple par certains, semblent néanmoins sclérosées. La corruption, l’abstention électorale, les politiques régionales inefficaces, l’aliénation grandissante des minorités et bien évidemment les pratiques de guerre, semblent être à l’origine d’un véritable « déficit démocratique ». Dans ce contexte, quel est alors l’avenir de l’engagement politique ? Si l’opulence informationnelle d’Internet impressionne, l’immédiateté de ce nouveau média ne s’oppose-t-elle pas au long processus démocratique ? La liberté inconditionnelle d’y exprimer ses avis n’est-elle pas dangereuse, entraînant des mouvements de groupes pouvant fausser l’engagement politique lui-même ? Autant de questions qui sous tendent une redéfinition de l’engagement politique. Un engagement qui n’est pas à craindre, loin s’en faut. C’est bel et bien le surplus d’ouverture de la Toile qui permet de former une opinion publique plus forte. De créer des liens au-delà des frontières. Et d’aller un peu plus loin dans l’idéal de démocratie comme l’avait présenté celui qui fut sûrement l’un des plus fervents démocrates américains, Alfred Emmanuel Smith en affirmant : « Tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie. »

Photos : Une (cc)racchio/flickr ; le pouce levé (cc)owenwbrown/flickr, Khaled Said (cc) hibr/flickr ; Vidéo : SaraMenace/youtube