Entendre la voix de la jeunesse en Europe.

Article publié le 11 avril 2003
Publié par la communauté
Article publié le 11 avril 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La Convention des jeunes a essayé, non sans difficultés, de donner naissance à un texte prometteur et engagé. Qui, évidemment, est tombé dans l'oubli.

Un paragraphe de la Déclaration de Laeken sur le futur de l'Union résume les enjeux du débat : « L'Union doit parvenir à être plus démocratique, plus transparente et plus efficace. Elle doit aussi répondre à trois défis fondamentaux : comment rapprocher les citoyens, et en particulier les jeunes, du projet européen et des institutions européennes ? Comment structurer la vie politique et l'espace politique européen dans une Union élargie ? Comment faire pour que l'Union devienne un facteur de stabilité et un modèle dans le nouveau monde multipolaire?

De Laeken à la société civile

La Déclaration de Laeken est la confirmation que nous avons affaire à une Union forte économiquement, faible politiquement et invisible socialement. On récupère l'idée de l'Union européenne de Monnet, qui va plus loin qu'une Union économique pour parler d'une "réunification des peuples". Apparaît alors la Convention pour le Débat sur le Futur de l'Europe, sans aucun plan de travail spécifique.

Malgré les difficultés que nous avons par les temps qui courent à parler de subsidiarité, de structuration de vies politiques et de mondes multipolaires, la Convention a fourni cette année un travail dans ce sens. Ainsi pour ne pas perdre l'opportunité de rendre cette Union plus participative, mais aussi sous la pression des organisations sociales, il y a eu quelques exemples de dialogue avec la société civile.

D'abord a eu lieu la Consultation des Organisations de la Société civile. Les discours s’y sont succédés sans harmonie et dans l'improvisation. Sans arriver à mettre en forme un dialogue entre organisations et institutions. Ce dialogue doit aller plus loin que l'exposition de bonnes intentions en assemblée plénière. Il implique écoute, réflexion et compréhension.

Mauvais début pour la Convention des jeunes

Le second essai de rapprochement de la société civile a été incarné par la Convention des Jeunes. Une imitation millimétrée de la "Convention des Aînés"- comme elle était appelée par les propres membres de la Convention. Une fois de plus, on nous invitait à jouer aux hommes politiques. Ainsi, 210 jeunes de 28 pays européens ont été convoqués à Bruxelles pour débattre et se mettre d'accord sur une vision novatrice, créatrice –et, si possible, irréelle- de la future Union européenne. Le défi était important. Une sélection de participants à la représentativité douteuse, un agenda de travail impossible à respecter, et un scepticisme ambiant le prouvaient. On commençait mal.

Alors que cela paraît encore incroyable, nous y sommes arrivés. Non sans un exercice exemplaire et difficile de lente démocratie. Soixante-douze heures plus tard, nous avions un document de consensus de quatorze pages. Avec une image solide de l'Union du futur et non sans imperfections; prêt à être présenté à la Convention en assemblée plénière. Prêt pour que ses propositions soient débattues et prises en compte dans les groupes de travail de cette même Convention.

Satisfaction du travail bien fait

Le document en question allait plus loin qu'une "opinion jeune" sur une Union européenne pour jeunes, comme il a été sous-entendu au début. Il proposait, cependant, un bon condensé qui défendait une Union basée sur des valeurs fondamentales comme la paix, le dialogue, la solidarité ou la liberté. Il exprimait aussi le désir d'une Europe fédérale et progressiste dans ses politiques, avec un rôle de définition de l'agenda international et avec une Constitution qui rassemblerait tout cela. Le texte parvenait aussi au consensus sur un modèle de séparation des pouvoirs. Celui-ci tendrait à une démocratie plus transparente et plus compréhensible, plus efficace et plus solide, qui dépasserait une fois pour toutes les faiblesses du cadre complexe des institutions européennes d’aujourd'hui.

La politique internationale a suscité de longues discussions. Le débat sur la défense de l'Union n’est pas tombé dans la démagogie de "la lutte contre le terrorisme international". Une politique extérieure commune pour l'Union qui plaiderait pour un ordre mondial multipolaire. Toutes propositions qui définissent la nécessité d’un développement politique de l'Union. Lequel aurait probablement défini des perspectives très différentes dans des conflits comme celui du Kosovo, actuellement celui de l'Irak, ou ceux agonisants de la Palestine et du Sahara Occidental.

La solidarité a eu sa part. Nous l'avons défendue comme un facteur de la stabilité mondiale beaucoup plus efficace que n'importe quelle politique de sécurité et de défense. Le pari migratoire comme droit humain et élément enrichissant des sociétés. Le développement durable, une responsabilité face aux futures générations. Les politiques régionales de coopération basées sur la promotion des démocraties et le respect des réalités culturelles. Le processus d'élargissement de l'Union intégrateur. Toutes ces idées qui complétaient un document devant lequel il y avait de quoi se sentir pleinement satisfait.

Trinité des absents

Cependant, il y eu trois grands absents lors de cette Convention des jeunes, miroir des erreurs de la Convention des adultes. La parité (comme dans la Convention "des adultes", le pourcentage de femmes est inférieur à 10%) n'a suscité aucun débat et ne s'est pas non plus concrétisée avec des propositions pour une politique de parité entre hommes et femmes. Un débat en profondeur sur l'implication des femmes et des hommes dans le développement des sociétés et son apport à ces mêmes sociétés aurait enrichi le document en lui donnant une perspective dans laquelle les un(e)s, et les autres se sentiraient en équilibre.

Autre grande absente, l'éducation, qui n'a pas été évoquée au-delà de la défense d'un système éducatif gratuit et universel. La Convention des adultes a les moyens d'agir en matière d'éducation supérieure. Elle aurait pu rassembler et essayer de renforcer les accords atteints dans "le Processus de Bologne", surtout en ce qui concerne la construction de l'Espace Européen d'Enseignement Supérieur –qui prétend être en place en 2010. Mais sur ce point la Convention a été aussi un échec. La mention de l'éducation non formelle comme part du processus d'apprentissage permanent des personnes a été omise, comme sa reconnaissance et sa validation dans nos cursus.

Troisième absence remarquée, la participation. Tout comme la reconnaissance de la valeur des mouvements sociaux et de l'apparition de nouvelles formes de participation, ni la revendication, ni la proposition n'auraient du manquer à l'appel. L'établissement d'une voie de communication permanente entre institutions et organisations de la société civile relevait, finalement, de notre responsabilité.

Ce sont ces carences, entre autres, qui ont transformé la Convention des Jeunes elle-même en un évènement ponctuel difficile à reconduire. Le suivi de l'intégration de ses propositions dans les travaux de la Convention est difficilement envisageable. Notre document s'est ainsi transformé en un papier tâché, un de plus, noyé dans une montagne de papiers au fond d'une valise. Je me sentirai satisfaite si un membre de la Convention le relisait pendant un trajet Madrid-Bruxelles.