Enquête aux marges de la droite

Article publié le 1 décembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 1 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Des partis très à droite ont des succès à leur actif dans plusieurs pays de l’Union. Mais qui veut savoir précisément à qui il a affaire devrait jeter un coup d’œil dans leurs programmes.

En décembre 2000, une décision de l’Union européenne a frappé la république d’Autriche en lui faisant l’effet d’un choc. En raison de la participation au gouvernement du Parti libéral autrichien (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ) dans le cadre d’une coalition avec le Parti populaire autrichien (Österreichische Volkspartei, ÖVP), les autres Etats membres de l’Union européenne ont annoncé des sanctions contre l’Autriche. Comment ce pays, connu surtout pour Mozart, les Lippizans [NDT : une race de chevaux utilisés pour le dressage, très fameux à Vienne] et les petits chanteurs de Vienne, avait-il pu se tourner vers l’extrême-droite ? Est-ce que quelque chose avait changé ? A vrai dire assez peu de choses aux yeux des Autrichiens, en dehors du fait qu’une foule d’électeurs protestataires avaient blackboulé le Parti social-démocrate autrichien (Sozialdemokratische Partei Österreichs, SPÖ), lequel gouvernait depuis 30 ans (dans les dernières années au sein d’une coalition avec l’ÖVP) : un nouveau départ, donc, sous d’autres augures, conservateurs.

Aux yeux de beaucoup de gouvernements, un parti dirigé par un leader contesté et pas vraiment connu pour la discrétion de ses déclarations, Jörg Haider, avait pris la barre dans ce pays si simple et pacifique d’habitude. La presse de quelques Etats-membres (par exemple Le Monde, quotidien parisien renommé) n’a pas craint de mettre en Une de vieux stéréotypes : Autrichiens faisant le salut nazi et bardés de symboles nationalistes.

Communauté de valeurs ou communauté du peuple ?

Si l’on compare les partis de droite et d’extrême-droite en Europe, on constate que les premiers s’inscrivent dans ce qu’on a coutume de nommer le « périmètre constitutionnel », tandis que les seconds s’en éloignent largement. Ainsi, ra reconnaissance des droits fondamentaux de tous les hommes est un critère de différenciation, la reconnaissance de la communauté qu’est l’Union européenne en est un autre. Les partis qui comportent clairement des traits d’extrême-droite exigent sans détour qu’on protège la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) en défavorisant ou en expulsant les étrangers.

Mais qui jette un oeil sur les statuts du FPÖ ne trouve rien de tout cela. Le Statut du parti de 1997 parle de la conservation de la « diversité des identités régionales » (chapitre 3), de « l’intangibilité de la dignité humaine » (chapitre 2) et se réclame de l’Europe (chapitre 6). Dans le chapitre 4 du programme du parti, intitulé « Droit du sol » (Recht auf Heimat), on trouve ce passage intéressant : « Par patrie (Heimat), il faut entendre la République démocratique d’Autriche et ses Etats fédérés, les groupes ethniques résidant historiquement sur sont territoire (Allemands, Croates, Roms, Slovaques, Slovènes, Tchèques et Hongrois)(sic !) et leur culture caractéristique ; il donc logique que l’ordre juridique prenne en compte que la très grande majorité des Autrichiens appartiennent aux groupes ethniques allemands ».

« Les allocations familiales seulement pour les Allemands »

On trouve tout autre chose dans le Programme du parti du Parti national-démocrate allemand (Nationaldemokratischen Partei Deutschlands, NPD). Voilà ce qu’on y apprend par exemple : « L’Allemagne est le pays des Allemands et par conséquent le refuge de notre peuple. La conservation de notre peuple et la protection de toutes ses parties sont les buts les plus importants de la politique allemande… »

Au chapitre de la Famille, on apprend qu’ « en tant qu’élément de la politique du peuple, les allocations familiales ne doivent être versées qu’aux familles allemandes », ce qui s’accorde parfaitement avec l’idée d’une « économie nationale orientée vers le territoire » : « Tout Allemand a droit au travail. Les emplois doivent être d’abord attribués aux Allemands », ainsi qu’avec la question de la « politique sociale comme solidarité nationale » : « Les étrangers doivent être exclus du système allemand d’assurance sociale. Les demandeurs d’asile ne doivent pas posséder de droit opposable aux prestations sociales allemandes ». Il ne saurait y manquer non plus la revendication « L’Allemagne doit redevenir allemande » : « Un changement politique fondamental doit mettre fin à la politique d’intégration misanthrope et conserver la substance du peuple allemand ».

La position envers l’Europe (chapitre 9) est aussi tout à fait limpide chez le NPD : « Accorder un abandon volontaire de souveraineté à cette sinistre alliance de technocrates supranationaux et de fonctionnaires, abandonner le Deutsche Mark et introduire le droit de vote des étrangers revient à un suicide de l’Allemagne ».

Aucune solution d’envergure

Dans quelle mesure est-ce vraiment éloigné du Front national de Le Pen ? Dans le Programme du parti, on lit : « Nous n’avons qu’une vocation : servir la France pour rester Français. Nous n’avons qu’une politique : la grandeur du Pays. Nous n’avons qu’un idéal : le salut de la Patrie ».

La différence entre l’extrême-droite et la droite libérale-conservatrice européennes (FPÖ, FDP ou UMP, par exemple) consiste en ce que ces derniers respectent pour l’essentiel les valeurs européennes, c'est-à-dire les droits de l’homme et la reconnaissance de l’UE. Le citoyens peuvent donc parfaitement reconnaître qui est vraiment radical et agit radicalement et qui non. NDP, Vlaams Block et Front national ont des succès électoraux variables mais n’offrent aucune solution d’envergure, en dehors d’une politique nationale et radicale. C’est pourquoi ils n’obtiendront jamais durablement les voix des citoyens européens.