Enfants valises : « il n'y a rien de pire que la certitude »

Article publié le 26 septembre 2013
Article publié le 26 septembre 2013

Enfants Valises, le documentaire de Xavier de Lauzanne, est le fruit d’une année passée dans des classes d'accueil qui ont pour vocation à préparer les jeunes immigrés à la société française. Mais de l’aveu du réalisateur, c’est surtout l’histoire d’une adaptation plutôt réussie qui ne se doit d’apporter qu’une seule chose : des questionnements. Rencontre.

Cafébabel : Comment s’est passé le tournage ?

Xavier de Lauzanne : Le tournage a duré le temps d’une année scolaire. Mais le film a été mis en stand-by parce qu'on n’avait pas assez de financement, notamment de la part des chaînes de télé. En revanche, comme je n’avais personne pour me diriger, j’étais complètement libre de faire ce que je voulais.

Cafébabel : Qu’est-ce qui vous a incité à tourner un film sur ces fameux « Enfants valises » ?

Xavier de Lauzanne : En fait, le sujet ne vient pas de moi. J’ai été contacté par deux personnes de l’Education nationale qui intervenaient dans des classes dites « d’accueil » depuis plusieurs années. Ils sont venus me voir en m’expliquant le fonctionnement du projet qui n’est toujours pas vraiment connu en France. Puis, ils m’ont demandé si j'étais intéressé pour faire un film là-dessus. Je n’y connaissais rien donc l’idée m'a plu. 

Cafébabel : C’est quoi alors, ces « classes d’accueil » ?

Xavier de Lauzanne : C’est tout un dispositif. Le film part d’un constat : en France il existe une loi qui dispose que tout enfant mineur âgé entre 6 et 16 ans et quelque soit sa situation – légale ou non – doit obligatoirement être scolarisé. Néanmoins, c’est un dispositif qui change tout le temps, en fonction des demandes et selon les moyens. Le projet comprend différents types de classes. Moi, j’ai filmé dans une classe fermée, une « FLER » ( pour « Français en langue étrangère renforcée », ndlr) qui accueille uniquement des élèves francophones, d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Aujourd’hui les « FLER » n’existent plus et je crois qu’il n' y a plus de classes exclusivement francophones.

« Des gens qui sont l’illustration d’une problématique »

Cafébabel : La confiance des enfants et de l’enseignante fut-elle difficile à gagner lorsque vous filmiez ?

Xavier de Lauzanne : Pas tellement. Je les ai accompagnés, pratiquement depuis le premier jour de la rentrée. J’ai rassemblé élèves et parents pour leur expliquer le projet qu’ils ont aussitôt perçu comme quelque chose de pédagogique. Ils venaient d’arriver en France et ne prêtaient pas trop d’attention à la caméra. Du coup, les élèves se sont livrés très librement, sans arrière-pensées. Mais au fur et à mesure de l’année, ils ont pris conscience de la répercussion médiatique que pouvait avoir le film et il est devenu vraiment difficile de les filmer de manière naturelle.

Cafébabel : Quand vous tourniez le film, aviez-vous déjà en tête le message que vous souhaitiez transmettre ?

Xavier de Lauzanne : Avant de tourner le film, je me suis beaucoup renseigné sur le milieu, sur ces classes d’accueil... Puis je me suis vite aperçu que moi-même, je n’avais pas d’avis précis sur l’immigration. L’immigration c’est un sujet complexe. Devant la diversité de parcours des élèves, je me sentais un peu démunis quant à la manière de définir un thème transversal. Alors j’ai décidé de m’intéresser à eux pour savoir qui ils étaient. A mon avis, le rôle du cinéaste c’est d’apporter des moments de vie qui incitent à penser. Dans mes films, j’aime bien passer un peu de temps avec des gens qui sont l’illustration d’une problématique.

Cafébabel : Votre film présente la situation des immigrés à travers un prisme différent - plus humain. Mais pensez-vous qu’il est toujours difficile de s’intégrer à la société française ?

Xavier de Lauzanne : Je me garde de critiquer le système. La France est un des rares pays au monde où il réside autant de tolérance, de possibilités d’accompagnement, de réponses aux besoins alimentaires des gens. On a une philosophie particulière en France vis à vis de l’accueil des étrangers et je crois qu’il faut en être conscient.

Cafébabel : Savez-vous ce que sont devenus ces « enfants valises » ? 

Xavier de Lauzanne : Après le tournage, j’ai essayé de les contacter. Ce sont des jeunes qui bougent beaucoup. J’en ai retrouvés quelques-uns seulement. Certains étaient d’ailleurs présents le jour de la première. Ils étaient très touchés. Ils n’avaient pas vu le film qui était donc pour eux une occasion de se rendre compte du chemin parcouru. A présent, ils ont tous assimilés les codes de la société française.

Cafébabel : Pensez-vous que votre film peut changer la manière dont les gens perçoivent les jeunes immigrés en France ?

Xavier de Lauzanne : Je me garde bien d'avoir ce type d’ambitions. Ce n’est pas mon rôle.  Je serais évidemment très heureux de savoir que des gens viennent avec des aprioris sur l’immigration et repartent avec un tout autre regard, plus tolérant. Enfin, ce n’est même pas une question de tolérance, c’est une question de questionnements. Parce que tu sais, il n’y a rien de pire que la certitude.