Énergies fossiles : les jeunes européens creusent leur sillon

Article publié le 24 mai 2016
Article publié le 24 mai 2016

Dans le monde entier, des diplomates et universitaires qui se font vieux se demandent comment impliquer les jeunes dans la problématique du réchauffement climatique. Mais il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que les jeunes sont déjà entrés en action. Le mouvement Break Free, qui organise des manifestations visant à laisser les combustibles fossiles sous terre, en est le meilleur exemple.

La campagne Break Free, qui s'est achevée le 15 mai, est la preuve même que les jeunes exigent un changement dans le traitement des questions climatiques. En Europe, une mine de charbon a été paralysée pendant une journée entière au Pays de Galles. L'action Ende Gelände, en Allemagne, a permis à des jeunes venus manifester en grand nombre d'interrompre l'activité d'une mine de charbon lignite pendant deux jours consécutifs. 

Activisme sans frontières

Hannah Eichberger, l'une des organisatrices de l'action Ende Gelände, la décrit comme une « coalition nationale, soutenue par des activistes internationaux, principalement des pays européens ». Ce soutien international est loin d'être anecdotique : au moins 20 bus de manifestants ont traversé les frontières en direction du lieu de l'événement, transportant approximativement 1 000 personnes. 

Au-delà des simples chiffres, la dimension internationale permet de refaçonner et de redynamiser ces protestations. Annie, étudiante au Royaume-Uni, a fait le voyage jusqu'en Allemagne. Elle a entendu parler de Break Free par le bouche-à-oreille lors de son séjour à Paris dans le cadre de la COP21 l'année dernière.

Eichberger évoque les manifestations de 2009 auxquelles elle a pris part à l'époque du Sommet de Copenhague (COP15), et précise qu'il n'est pas rare que des militants allemands soutiennent les manifestations à l'étranger et y assistent, comme pour les « Climate Games ». Pour elle, il s'agit d'expériences « enrichissantes » qui donnent l'impression aux militants de « prendre part à une lutte mondiale contre le réchauffement climatique »

La solidarité internationale que les dernières manifestations ont révélée joue un rôle important dans la motivation des jeunes qui s'engagent aujourd'hui dans le militantisme écologiste. L'internationalisation des protestations est également une occasion en or d'accroître leur impact. Eichberger explique : « La mobilisation internationale est d'une grande aide, car l'action a alors une portée immense, même à l'avance. Et bien sûr, cela permet d'attirer l'attention des médias internationaux sur les actes de résistance locaux ».

Le défi, maintenant, consiste à coordonner ces efforts, de telle sorte qu'ils puissent répondre à la fois aux besoins locaux et internationaux. Eichberger reconnaît que ce processus se met en place : « Dans les coalitions internationales, les besoins, les termes spécifiques et les structures de travail sont différents en fonction des combats menés localement. J'ai beaucoup appris sur les réalités auxquelles les activistes doivent faire face chez eux ».

Le changement, c'est les gens

Coordonner cette nouvelle vague de protestations écologistes en Europe est d'autant plus difficile que les jeunes qui y prennent part ne souhaitent pas appartenir à un mouvement homogène. En réalité, ils revendiquent même cette diversité et la considèrent comme une force. Nombreux sont ceux qui, comme Annie, ne désirent pas être rattachés à une organisation en particulier.

Annie explique qu'il s'agit de proposer « une rupture du statu quo ainsi qu'une alternative ». Cette alternative rejette explicitement une autorité centralisée située au sommet d'une hiérarchie, et prône à la place une approche participative : « Plutôt que d'essayer de créer une structure unie, un thème central peut se transformer en une diversité qui est célébrée. De même, au lieu que le conflit soit destructeur, il est perçu comme potentiellement constructif ».

Cette conception est révélatrice des liens étroits entre la campagne Break Free et le contexte plus général des protestations sur le plan international. En effet, on voit émerger des mouvements qui tentent de révolutionner les codes de la politique : Nuit Debout, le mouvement des Indignés ou le mouvement Occupy.

Mathieu Munsch, un étudiant qui a pris part à l'action de Break Free au Pays de Galles, rétorque aux railleurs qui qualifient ces jeunes contestataires d'idéalistes : « Je sais, rêver d'un soulèvement populaire mondial contre la cupidité des entreprises peut paraître utopique à certains. Mais la voie pragmatique toute tracée nous mène à la catastrophe ».

Cette façon alternative d'envisager le changement pourrait expliquer pourquoi les dirigeants actuels ont autant de mal à s'allier avec la jeunesse. Quand ils demandent : « Où sont les jeunes ? », peut-être cherchent-ils tout simplement au mauvais endroit. S'ils avaient regardé à l'extérieur des salles de conférence, vers la mine de charbon lignite visée par Ende Gelände, ils les auraient trouvés.