Energie nucléaire, l’Assemblée est divisée

Article publié le 1 juillet 2009
Article publié le 1 juillet 2009
Par Pauline André Strasbourg, Conseil de l'Europe, Session plénière d'été 2009 Le 25 juin dernier, l’Assemblée du Conseil de l’Europe a examiné deux rapports qui rappellent aux gouvernements de la planète l’urgence de changer notre système énergétique. Si le premier rapport sur les énergies renouvelables a été adopté à l’unanimité, le second concernant l’énergie nucléaire fait débat.

Polémique dans l’hémicycle. « L’énergie nucléaire est une alternative économique indispensable pour atteindre les objectifs fixés par le protocole de Kyoto ». C’est ce qu’a affirmé, jeudi 25 juin, Bill Etherington (Royaume-Uni, Groupe socialiste), auteur du rapport sur « L’énergie nucléaire et le développement durable ». Mais ce dernier, jugé trop pro-nucléaire par certains parlementaires, ne fait pas l’unanimité. Ils sont près d’un tiers à insister sur le principal problème que pose ce type d’énergie : celui des déchets radioactifs. Dangereux pour la santé et polluants, ils ne sont pas réutilisables, ni recyclables selon les moyens techniques et économiques actuels. « Quel est l’intérêt de ce type d’énergie ? interpelle une parlementaire Suisse du groupe socialiste. Cela revient à remplacer les émissions de CO2 par des déchets nucléaires. Trouvons d’abord une solution à ce problème avant de soutenir ce type d’énergie », insiste-elle avant d’appeler l’Assemblée à voter contre le rapport. L’auditoire applaudit son intervention.

Mais la majorité des parlementaires reste convaincue de l’utilité de l’énergie nucléaire. Notamment face à l’urgence de stopper la consommation des énergies fossiles (le pétrole, le charbon et le gaz) afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les énergies renouvelables sont une solution incontournable mais insuffisante pour contrer la hausse des températures. Il s’agit de combiner différentes sources dans ce que les spécialistes ont appelé le « bouquet énergétique ». Mais dans quelles proportions ? C’est là toute la question. Bien conscients du défi colossal que représentent les déchets radioactifs, les parlementaires favorables au rapport préconisent d’investir massivement dans les réacteurs dit de IVe génération qui remplaceraient les réacteurs de type EPR de IIIe génération. Plus efficaces, ils permettraient de réduire la quantité et la radiotoxicité des déchets. Un parlementaire italien défend ce nouveau type de réacteur : « Les énergies renouvelables ne couvriront jamais plus d’un tiers ou d’un quart de nos besoins. C’est pourquoi, l’Italie a fait le choix de se tourner vers le nucléaire et les centrales nouvelle génération. Ainsi, nous ne serons plus les otages de ceux qui ont accès au robinet ».

Le nucléaire, une énergie d’appoint

Mais le réacteur de IVe génération reste à l’état de prototype pour l’instant. Selon le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), il faudra attendre 2040, au plus tôt, pour qu’il soit opérationnel. Or, l’énergie nucléaire n’est pas une énergie renouvelable, elle est donc amenée à s’épuiser comme les énergies fossiles. D’ici aux années 2050, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) prévoit une baisse considérable de la production d’uranium. Le réacteur de IVe génération arrivera donc trop tard pour empêcher le déclin de l’énergie nucléaire. Ce bémol n’a pas été évoqué par les parlementaires, qui restent convaincu, pour la majorité, que l’énergie nucléaire est une solution qui doit être envisagée par tous.

Le débat reste finalement entier sur l’intérêt et l’impact à long terme de ce type d’énergie. Le nucléaire aura peut être permis de répondre à nos besoins tout émettant moins de CO2 et cela à un coût moindre que les énergies fossiles. Mais lorsque l’uranium viendra à manquer, comment remplacerons-nous cette énergie et qu’adviendra-t-il des déchets produits durant toutes ces années ? Bill Etherington reconnaît lui même dans son rapport que le nucléaire est une solution temporaire, valable sur « un laps de temps court, quatre-vingts ans tout au plus».

Bientôt 18h30. L’Assemblée a tranché. En adoptant le rapport à 47 voix pour et 11 voix contre, elle encourage les gouvernements à développer cette énergie. En France, l’énergie nucléaire représente déjà 76,9 % de l’électricité consommée en 2008, selon l’étude Elecnuc réalisée par le Commissariat à l’énergie atomique. L’hexagone détient le record mondial du nombre de réacteurs par habitant (58 réacteurs pour 64 millions de Français en 2008, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire). La France compte également parmi les pays qui émettent le moins de CO2. L’énergie nucléaire permet certes de freiner les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Mais toujours pas de solution au problème des déchets ni de vision à long terme. Une rustine.

Pour aller plus loin :

TerraEco, le magazine du développement durable. Site du documentaire « Une vérité qui dérange », Davis Guggenheim, 2006. L’atlas du Monde diplomatique, Hors Série 2008 « Un monde à l’envers »

''(Photo: flickr/Pil)