Energie en Lituanie : s’éloigner de l’URSS

Article publié le 29 juin 2009
Article publié le 29 juin 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

De 88 % d’énergie nucléaire en 1993, ce pays balte n’en utilisait plus que 26 % en 2007. Entre ces deux années : l’entrée dans l’UE et une forte augmentation de la dépendance énergétique envers la Russie. La Lituanie compte sur l’Europe pour garantir sa sécurité énergétique mais quelle est la réponse : nucléaire, renouvelable, ou les deux ?

En 1993, la Lituanie a battu un record mondial : 88 % de son énergie provenaient de centrales nucléaires. Ensuite, avec l’entrée dans l’Union européenne, le pays a vécu une révolution énergétique, ce chiffre diminuant jusqu’à atteindre 26 % en 2007. L’explication ? L’accord d’adhésion de la Lituanie à l’UE prévoyait, entre autres conditions, la fermeture de sa puissante centrale nucléaire d’Ignalina, héritière de la période soviétique, qui ne répondait pas aux dernières normes de sécurité.

Cette année s’ouvre une nouvelle période de changement et d’incertitude pour le pays. La fermeture prochaine du dernier réacteur atomique d’Ignalina encore en activité entraînera une augmentation de la dépendance actuelle de la Lituanie concernant le gaz et le pétrole, russes pour la plus grande partie. Ceci est peu apaisant si l’on prend en compte l’histoire d’utilisation politique des ressources naturelles dans ses relations avec son voisin de l’Est. Il y a seulement trois ans, l’oléoduc qui, à partir de la Russie, débouchait dans la ville lituanienne de Klaipeda, a déjà vu s’arrêter le pompage du brut, officiellement suite à un incident technique mineur. Il est probable que la vraie raison de cet arrêt ait été, en réalité, l’achat d’une raffinerie lituanienne stratégique de la part d’une entreprise polonaise, au détriment des offres russes, selon le quotidien The Moscow Times.

Une carte de l’électricité presque soviétique

En matière d’énergie, la Lituanie a encore beaucoup à faire. Comme nous le suggère Bronius Rasimavičius, expert lituanien du Forum national de l’énergie, sur la carte énergétique l’Union soviétique semble continuer d’exister. Un épais réseau de connexions électriques relie la Lituanie à la Lettonie, la Biélorussie, et, à travers ces Etats, à la Russie. Cependant, ce tissu disparaît en direction de l’occident.

C’est pourquoi deux connexions de grande envergure avec la Suède et la Pologne sont en projet, afin de relier le pays au réseau électrique communautaire et d’augmenter ainsi la sécurité de l’approvisionnement. Et pour compenser la fermeture de la centrale nucléaire d’Ignalina, on prévoit également la construction d’une nouvelle usine atomique. Toutefois, aucun de ces projets ne sera achevé avant 2015. Ces délais ne permettent pas de réduire l’incertitude concernant la sécurité énergétique dans les prochaines années, qui continuera d’être fortement liée aux approvisionnements russes.

Un monopole en marge de l’intérêt public ?

(Taylor Dundee/flickr)L’une des premières déclarations de Dalia Grybauskaitė, la nouvelle présidente de la Lituanie, après sa victoire électorale, a porté sur l’énergie, et plus précisément sur LEO LT, l’entreprise créée par le gouvernement du pays pour s’attaquer aux projets d’interconnexion électrique et de la nouvelle centrale nucléaire. Pour Grybauskaitė, la création de LEO LT est « l’exemple le plus évident de la conversion de la Lituanie en oligarchie », selon les données recueillies par la presse lituanienne.

Rasimavičius, qui de son entité prétend promouvoir le débat citoyen sur l’énergie, va encore plus loin. Avec véhémence, il nous assure que LEO LT, une société issue de l’union d’actifs publics et privés, est un « projet de corruption à grande échelle », qui, de surcroît, prévoirait de financer ses projets en augmentant de manière importante la facture énergétique que paient les citoyens.

Se positionnant également de manière critique, une puissante initiative citoyenne parcourt la Lituanie ces derniers jours. Elle a déjà recueilli 7000 signatures demandant la dissolution de LEO LT, entité qu’ils considèrent créée comme un « cadeau à l’entreprise privée NDX Energija », avec une « structure corrompue » et éloignée de l’intérêt commun. Liutauras Ulevičius, membre dirigeant de l’Alliance civique, entité qui veille à la qualité du système démocratique, nous explique que la création de LEO LT s’est produite par le choix d’un associé privé « pistonné », discriminant les autres concurrents, ce qui a entraîné des problèmes au niveau constitutionnel et vis-à-vis de la réception des fonds européens.

« Cela vaut-il la peine d’avoir de nombreuses entreprises dans un pays aussi petit que la Lituanie ? »

LEO LT se défend de telles accusations. Durant un entretien pour Cafebabel accordé depuis le siège de l’entreprise à Vilnius, au bord de la rivière Neris, Antanas Malinkenas, directeur général d’Interlinks, l’entreprise de cette société chargée des nouvelles interconnexions électriques, s’abrite derrière le débat européen sur la libéralisation énergétique. « Cela vaut-il la peine d’avoir de nombreuses entreprises dans un pays aussi petit que la Lituanie ? », se demande-t-il pour légitimer l’existence de l’entreprise. Concernant l’augmentation supposée des prix que craignent de nombreux citoyens, Malinkénas avoue cependant que les mégaprojets prévus seront financés, en partie, par l’augmentation du coût de l’électricité, autour de 15 %.

Un renouveau nucléaire prévisible

La sécurité énergétique et le changement climatique ont remis la question nucléaire au goût du jour. De plus, après les Suédois et les Slovaques, les Lituaniens sont les citoyens européens qui soutiennent, à une plus grande échelle, l’utilisation de cette énergie, selon les résultats de l’Eurobaromètre de juin 2006.

Bronius Rasimavičius craint cependant que la construction d’une nouvelle centrale dissuade l’investissement dans les énergies renouvelables, qui auraient un fort potentiel pour l’avenir. Une autre experte, Inga Konstantinavičiūtė, spécialiste en économie des énergies renouvelables de l’Institut lituanien de l’énergie, n’est pas de cet avis. Elle prévoit une coexistence obligée entre énergie nucléaire et renouvelable. Et il semble que, selon Konstantinavičiūtė, la Lituanie n’atteindra pas l’objectif européen de 20 % de ces énergies propres en 2020. Ainsi, malgré le fait que le pays progressera de 8,7 % actuellement à 12-15 %, l’énergie nucléaire continuera de jouer, fort probablement, un rôle principal pour assurer l’approvisionnement dans le futur. La Lituanie se dirige-t-elle donc, de concert avec la dérive européenne actuelle, vers tout un renouveau atomique ?

Merci à toute l'équipe de cafebabel.com à Vilnius.