En voyage avec Kapuściński, « maître du journalisme »

Article publié le 23 avril 2012
Article publié le 23 avril 2012
Le 4mars dernier, il aurait fêté ses 80 ans. S'il était encore parmi nous, Ryszard Kapuściński serait très vraisemblablement quelque part dans un pays lointain, avec cette ferveur infatigable qui, durant des années, l'a poussé à découvrir un monde qui apparaît comme exotique à nos yeux d'Européens.
Il arpenterait des centaines, voire des milliers de kilomètres à la recherche d'une histoire universelle et captivante. Pourquoi l’écrivain et journaliste polonais reste-t-il quelqu'un d'exceptionnel ? Jugez par vous même.

La vigueur de ses textes s'est répandue dans le monde entier (ses livres ont été traduits en 35 langues). Des multitudes de lecteurs et de journalistes ont été impressionnés par son style, son enthousiasme et ses leçons sur le « goût de la vie » que l'on retrouve dans sa littérature. En dépit de polémiques menées dans les médias et sur le marché éditorial après la sortie du livre d'Artur Domosławski, Kapuscinski non-fiction (très critique envers sa personne ou plus exactement contre son honnêteté journalistique), l'œuvre de Kapuściński jouit toujours d'une grande popularité chez les passionnés de voyages et d'émotions fortes. Cafebabel.com vous livre l'opinion de trois Européens pour lesquels les livres de Kapuściński occupent une place d'honneur dans les rangées de leur bibliothèque.

En finir avec l'européocentrisme

« Pendant de nombreuses années, je me serais moi-même défini comme européocentriste. Comme beaucoup de personnes qui ont fait leur scolarité enEurope, je connaissais presque tout du Vieux Continent, mais en ce qui concerne les pays qui se situent au delà de ses frontières, je n'en savais que le strict minimum. J'ai eu la chance de tomber sur les livres de Kapuściński. Grâce à ses reportages, j’ai réalisé que la périphérie de l’Europe est immense et qu’à côté, le continent européen est minuscule, avec ses petits états quasi-microscopiques. J'ai aussi compris à quel point nos problèmes sont futiles. Par exemple, que représentent nos préoccupations concernant nos retraites pour celui qui ne sait pas s'il vivra jusqu'à quarante ans ? »

Przemek, Pologne

En voyage avec Hérodote

« Kapuściński voyageait avec les Histoires d'Hérodote, le premier reportage que nous a offert l'Antiquité. Il considérait que ce texte était unique en son genre et qu’il devait faire partie du minimum vital dans ses bagages. Pendant qu'il marchait sur une allée bordée de toutes sortes d'arbres, il n'hésitait pas à immortaliser la nature environnante dans son carnet de notes, reprenant soigneusement le nom de chaque plante. Ses pérégrinations sont un parfait exemple de voyage à un rythme lent, qui procure une sorte de joie « anarchiste » et dans lequel chaque pas raconte une histoire. En arpentant le monde de cette façon, il se délectait de l'art des mots, en essayant de concilier la précision de la description avec l'importance extraordinaire qu'il attribuait aux détails ainsi qu'au style du récit. Twitter aurait fait de lui une star ! »

Valeria, Italie

Un maître du journalisme

« Si je devais associer Kapuściński à un concept, ce serait sûrement la curiosité, ou plutôt une curiosité sauvage que l'écrivain a tenté d'apaiser en réalisant les voyages les plus extrêmes pendant trente ans, dans les coins oubliés du monde. En arpentant plusieurs fois la haute mer, en crapahutant à travers les forêts et les déserts, Kapuściński observait, écoutait, se battait. Il est l’exemple formidable d'une curiosité satisfaite par des interviews innombrables, des milliers de livres, ainsi que par une immense sensibilité au sort d'autrui (en particulier lors de voyages où il s'engageait sans aucun a priori). Si à tout cela on ajoute son talent littéraire (certains critiques lui reprochent une imagination trop délirante pour un journaliste), on peut tout-à-fait parler d'un journalisme qui était à même de nous faire comprendre l'histoire hautement complexe du XXe siècle. Selon moi, Kapuściński mérite le titre de "maître du journalisme". »

Argemino, Espagne

Photo: Une : courtoisie de la page Facebook officielle de Ryszard Kapuściński