« En toute chose, malheur est bon ! » Nathalie Griesbeck commentant les dernières élections européennes

Article publié le 5 octobre 2009
Article publié le 5 octobre 2009
Propos recueillis par Julie Beckrich 14 juillet au Parlement Européen. C’est la rentrée pour les 736 nouveaux eurodéputés élus par les citoyens européens du 4 au 7 juin derniers. Café Babel Strasbourg a rencontré Nathalie Griesbeck, députée du Grand Est, qui entame un second mandat au sein de l’institution européenne. L’occasion de faire un bilan du mandat passé et des dernières élections.
Puis d’évoquer les espérances et les perspectives pour les cinq ans à venir …

CaféBabel Strasbourg : Vous avez été réélue au Parlement européen lors des élections du mois de juin. Dans quel état d’esprit entamez-vous ce nouveau mandat ?

Avec beaucoup d’humilité et beaucoup de passion. Parce que je suis très heureuse de poursuivre la construction de l’Union européenne  à laquelle je crois vraiment fermement, même si je ne suis pas une eurobéate. Je me sens investie d’une vraie responsabilité, empreinte de beaucoup de gravité, parce que la situation des pays européens et donc des citoyens européens n’est pas facile. Elle ne l’était pas en 2004 et elle l’est encore moins aujourd’hui.

Et donc, je me sens à la fois avoir une forte responsabilité et une grande chance.  Une forte responsabilité – du fait de nos votes (celui des eurodéputés NDLR). Comme il n’y a pas de majorité ici, une voix, un député, peut faire la différence. Et en même temps, une grande chance - même si la mission est difficile, qu’elle est fatigante, que le travail peut être dur parce qu’on a des circonscriptions immenses (celle du Grand Est est composée de 8,5 millions d’habitants, répartis entre 5 régions et 8 départements) - c’est une grande chance de pouvoir s’exprimer à travers une législation, qui s’impose au fond à 100 % à la législation nationale, comme la législation nationale doit être conforme à la législation européenne.

Café Babel Strasbourg : Comment interprétez-vous le taux d’abstention aux élections européennes, et particulièrement en France, où il atteint 59,3 % ?

Je pense que malheureusement nous n’arrivons pas à rendre l’Europe suffisamment lisible pour nos concitoyens. Et justement dans ce nouveau mandat, j’ai envie de redoubler d’énergie pour rendre lisibles et claires les compétences qui sont celles de l’Union européenne. Donc je pense qu’il faut que l’UE réussisse à être plus lisible, plus claire, et qu’elle s’occupe des grands défis qui se posent à notre « empire-continent » qu’est l’Europe, c’est-à-dire le changement climatique, les problèmes de dépendance énergétique, les problèmes de régulation financière et budgétaire, le retour de la manne européenne sur les territoires de manière concrète… Enfin, il faut qu’elle prenne une forme dans le quotidien des gens ; elle existe bel et bien dans le quotidien ! Mais nous devons faire des efforts – d’ailleurs  j’y prends ma part – mais les gouvernants, eux aussi, doivent assumer leur responsabilité ! Puis l’institution elle-même doit faire des efforts : de communication, d’information et de proximité, mais c’est difficile avec les circonscriptions que nous avons… 18 départements, c’est très difficile !

Café Babel Strasbourg : Et au sein du MODEM , comment analyse-t-on les résultats de ces élections ?

On a fait un score bien qui était très en deçà de nos espérances. On a fait un peu le débriefing de ces élections et je pense qu’on aurait vraiment mérité d’obtenir deux sièges parce qu’on a fait une très belle campagne, très longue, avec une belle équipe…

Mais en fait, c’est peut-être pas mal, il y avait un adage de grand-mère qui disait « En toute chose, malheur est bon », c’est peut-être pas mal parce que ça va sans doute nous faire avoir un sursaut et, notamment, à François Bayrou et toute l’équipe qui est autour de lui. Contrairement à ce qu’on entend ici ou là, on est quand même toute une équipe autour de lui qui nous amènera peut-être à reposer non pas les bases - les bases on les a, elles sont humanistes, on ne va pas en changer - mais à reposer notre architecture en un système plus ouvert, avec des porte-parole.

Café Babel Strasbourg : Jean-Francois Kahn apparaissait en tête de liste et c’est vous qui siégez. Etes-vous plus légitime que lui, au niveau européen ?

Ce n’est pas une question de légitimité ; nous le sommes absolument tous les deux et toute l’équipe d’ailleurs. Ça a été un travail d’équipe mais, dès le début de cette campagne, - parce que moi j’avais conduit la liste en 2004 nous avions fait deux sièges- et lorsque Jean-François Kahn a été désigné par les instances nationales pour conduire la liste, il a expliqué que si nous ne faisions pas deux sièges, il démissionnerait. C’est un homme de parole… Nous, nous souhaitions faire deux sièges évidemment…   Café Babel Strasbourg : Quel est votre point de vue sur le traité de Lisbonne ? Présente-t-il des avancées par rapport au traité de Nice ?

Je considère qu’il y a effectivement des avancées, même si le traité de Lisbonne n’est pas du tout un parangon de toutes les vertus. Il apporte quand même des améliorations et notamment une amélioration des compétences du Parlement, ce qui permettra au Parlement d’être plus fort face à la Commission, et face au Conseil.  Et donc de trouver un équilibre institutionnel encore meilleur que celui qui existe aujourd’hui. Le traité de Lisbonne constitue une avancée aussi au plan de ce qu’est l’Europe aujourd’hui. Nous ne pouvions pas continuer de fonctionner comme une Europe à 15 ; nous sommes 27, c’est obligatoire de faire respirer les institutions !

Café Babel Strasbourg : Le traité de Lisbonne  prévoit notamment que la présidence de l’UE passe de 6 mois à deux ans et demi ? Qu’en pensez-vous ? Et qui verriez-vous à la tête d’une telle responsabilité ?

C’est difficile de répondre à cette dernière question… En tous les cas, moi, je n’apporterais mon consentement qu’à une personnalité qui soit profondément européenne. Il se pose un peu la même question pour Barroso, qui est plus aujourd’hui une espèce de Secrétaire Général du Conseil et vous avez vu qu’on (le Parlement NDLR) arrive à marquer notre poids alors même que les Etats, à deux reprises à l’unanimité, ont dit qu’ils soutenaient Barroso. Le Parlement s’exprime et pour l’instant le calendrier repousse l’élection du président de la Commission au mois de septembre. Et moi j’espère - mais bon je ne suis pas sûre d’être exaucée - qu’il y aura un autre candidat. Pour répondre à votre question, je ne peux pas vous dire « ce sera unetelle ou untel » mais dans tous les cas, mon consentement ira vers celui qui est vraiment porteur d’un souffle européen, d’un idéal européen et non pas d’une espèce d’accumulation de souhaits nationaux. Pour ce qui est de la durée de ce mandat, il y a du pour et du contre à un mandat de deux ans et demi. Pour pouvoir réaliser un projet, pour pouvoir poser les fondations d’une construction, c’est mieux que le mandat soit un peu plus long. Mais en même temps, l’avantage quand vous n’avez que 6 mois, c’est que vous êtes obligés de vous mettre assez vite à l’œuvre. Par contre avec une présidence à 2 ans et demie,  le tourniquet  ne reviendra pas souvent, comme nous sommes 27…

Il faudrait donc trouver un personnage incontestable et incontesté…

Café Babel Strasbourg : … qui n’émerge pas encore aujourd’hui ?

Je dois vous dire que j’aime bien Verhofstadt, franchement ! Je ne le connaissais que de loin, dans ses fonctions nationales. Je  trouve qu’il a une stature d’homme d’Etat et qu’il est très moderne. Il est jeune en fait. Parce qu’évidemment on a pas mal de caciques ici ou là qui auraient des statures d’hommes d’Etat  mais ils n’ont pas son dynamisme.

Café Babel Strasbourg : Quelles sont les domaines que vous souhaitez investir au courant de ce prochain mandat ? Dans quelles commissions siègerez-vous ?

Jusque là j’étais en commission des budgets, où j’étais rapporteur permanent pour les fonds structurels, comme titulaire. Et j’étais suppléante dans la commission des transports.  Donc j’ai souhaité conserver la commission des transports. Heureusement,  il semblerait que je puisse la conserver. Mais j’ai souhaité changer et intégrer maintenant en tant que titulaire la commission des libertés parce que j’avais beaucoup investi intellectuellement ce domaine. J’avais envie de retrouver mes premières amours puisque je suis juriste, et je voulais aborder une thématique qui m’est chère, celle des droits et libertés - et ce à la fois du regard que l’Europe porte ailleurs vers le monde et puis, à l’intérieur de l’espace européen : quelle politique d’immigration nous voulons ? Comment nous accordons nos violons entre Etats dans l’espace Schengen ? Quel droit d’asile ? Quelle uniformisation des conditions d’entrée ? etc…  Il y a un champ immense à travailler …

Café Babel Strasbourg : Quelles seront vos priorités au sein de ces commissions ?

Je pense qu’il faut qu’on réfléchisse à nos politiques migratoires. Je préfère d’ailleurs parler de politiques européennes de migration plutôt que, comme souvent les Conservateurs le font, des politiques d’immigration. Moi, je veux savoir ce que nous voulons et quel regard nous portons aussi sur les pays autour de l’UE, qui considèrent que l’UE est un eldorado. On a peut-être aussi à s’interroger par rapport aux équilibres globaux sur la planète et cela touche aussi aux droits et libertés. Et finalement, si j’ai décidé d’entrer dans cette commission, c’est parce que je suis convaincue que ce que porte la DDHC de 1789, (fin 18E siècle !) reste d’une actualité brûlante et qu’elle est loin d’être  encore - dans toutes ses 17 dispositions - totalement un texte épanoui. Même en France !