En Italie, la révolution est une femme

Article publié le 26 mai 2011
Article publié le 26 mai 2011
Alors que l'Italie s'apprête à voter lundi pour le second tour des municipales avec en ligne de mire la possibilité de voir Milan sortir du giron de Silvio Berlusconi, el Cavaliere est sur toutes les chaînes de télévision pour convaincre les Italiens que sa ville risque de devenir une nouvelle Stalingrad. 5 chaînes ont même été condamnées pour lui laisser trop de temps de parole. Cafebabel.
com republie un article sur les mobilisations des femmes italiennes, à l'appel du comité « Se non ora, quando ? » (« Si ce n'est pas maintenant, c'est pour quand ? »). Non, il n'y a pas que les berlusconneries en Italie.

Bien que passablement fourbues de devoir protester sans relâche contre les frasques du Cavaliere et de s'entendre sempiternellement commenter par le menu le catalogue de ses « bunga-bunga » à répétition, les femmes d'Italie n'ont pas jeté l'éponge. Agacées par le ballet incessant auquel se livrent dans les couloirs des très officielles instances de toutes sortes des « pretty women » surpayées (plus encore pour leur silence que pour leurs performances sexuelles), les citoyennes de la Péninsule ont toutefois décidé de modifier un peu leur stratégie.

Droit à la dignité

Plutôt que de clamer leur exaspération, elles ont préféré se réunir pacifiquement et de manière non-partisane pour demander le respect de leurs droits et de leur dignité. A cette occasion, elles ont surtout tenu à mettre l'accent sur le dysfonctionnement du principe de parité, dont la situation locale est alarmante. Selon les statistiques du Forum Economique Mondial, sur 134 pays recensés, l'Italie n'arrive qu'en 74ème position. Mais il y a pire ! En ce qui concerne les écarts de salaire entre hommes et femmes, au même classement, le Bel Paese n'atteint qu'une piteuse 121ème place.

 

Le seul modèle en vigueur pour les femmes italiennes est la potiche commerciale que la télévision véhicule à flux-tendus, auquel s'ajoutent les interminables scandales sexuels dans les arcanes de la politique patriarcale italienne. En dépit de leurs diplômes et de leur expérience professionnelle, les femmes gagnent en moyenne 17,5% de moins que les hommes. 60% des diplômés sont des femmes, mais l'indice de précarité touche plus la gent féminine. Le plus souvent, elles exercent des fonctions à mi-temps ou ne bénéficient que de contrats partiels. L'Italie, dont la politique en matière de crèches, d'éducation et d'aide sociale aux familles fait montre de peu d'audace, et par conséquent, elle affiche le plus faible taux de natalité d'Europe.

Cyber-militantisme

Née de la toile, la révolution tranquille des femmes italiennes ne cesse de tisser l'écheveau d'une opération de sensibilisation active. Les pionnières sont des blogs tels que « Il corpo delle Donne » (« Le corps des femmes ») de Lorella Zanardo, « Vita da Streghe » (« Vie de sorcières ») de Giorgia Vezzoli, « Donne Pensanti » (« Femmes pensantes »), « Un altro genere di communicazione » (« Un autre genre de communication »), sans oublier de mentionner la contribution apportée par de nombreux journalistes et autres blogueurs engagés dans l'analyse du rôle de la femme dans les médias et la société contemporaine.

Après des mois de fermentation vivace, ces blogs sont devenus le fruit d'échanges d'opinions et d'arguments qui explosent sous forme de « mailing-bomb c comme autant de recommandations destinées à défendre la dignité de toutes les Italiennes mais également de tous les Italiens. Dans quel but ? Par exemple, afin que n'importe quelle personne adulte puisse accompagner ses enfants à l'école sans être agressée en pleine rue par d'impudiques placards publicitaires où s'étalent sans retenue de gigantesques popotins tout en fesses presque aussi imposants que le Colisée. Au demeurant, il faut reconnaître que, souvent, ces campagnes de sensibilisation ont bien fonctionné. Mais si la pression de ces marches protestataires a plusieurs fois permis le retrait d'affichages jugés trop omniprésents, les contestation au final recensées et diffusés par les médias se comptent sur les doigts de la main.

Néanmoins, la notoriété de Lorella Zanardo, renforcée par son action pédagogique auprès des établissements scolaires, lui a valu d'être invitée par le Président de la république, Giorgio Napolitano, afin de participer aux célébrations de la Journée internationale de la femme. De son côté, Giorgia Vezzoli, avec pour arme la poésie, a su donner vie à son blog et initier un évènement nommé « Poetry Attack,Attacchi di poesia » (« Attaque de poésie »). Les femmes de la Péninsule se sont livrées à des performances sur les places publiques pour rallier leurs concitoyens à la cause, tandis que sur Facebook, la poésie s'est multipliée sur les « walls ». Les « Donne pensanti » ont elles diffusé « la Vie en rose », un répertoire d'images publicitaires plutôt éloquentes méritant d'être regardé avec beaucoup d'attention. Mais l'initiative sait aussi venir des hommes comme c'est le cas dans la vidéo « Da uomo a uomo » (« D'homme à homme ») réalisée par l'Associazione maschile plurale (Association masculin pluriel).

La force de cette révolte féministes réside avant tout dans la mobilisation de milliers d'adolescents, de jeunes femmes mais aussi de jeunes hommes qui utilisent l'outil Internet pour réclamer haut et fort une autre Italie, plus moderne et moins discriminante. Le résultat des élections locales lundi 30 mai leur donnera peut-être la force de poursuivre leur mobilisation.

Photo : Une : (cc) Mike Licht, NotionsCapital.com/flickr; manifestation (cc) Coincidental Images/flickr; video: Donne Pensanti/YouTube