En Italie c’est Wikipédia qui mène la protestation anti-censure du web

Article publié le 19 octobre 2011
Article publié le 19 octobre 2011
Nous voici dans un nouveau chapitre du jeune monde de la démocratie en ligne. Wikipédia Italie, en réponse à l’alinéa 29 contenu dans le projet de loi sur les écoutes téléphoniques en discussion au Parlement italien, a momentanément mis la clef sous la porte et laissé un communiqué condamnant la proposition du gouvernement.
Une manifestation virtuelle mais une manifestation à tous points de vue : Wikipédia est un des services les plus utilisés par la population en ligne et peut-être même par la population italienne en général.

Alors que j’écris, quatre heures après la publication du communiqué, celui-ci a été vu huit millions de fois. Ce chiffre est destiné à augmenter, et même si nous ne parlons pas de visites uniques (un seul utilisateur peut avoir vu la page plus d’une fois), cela concerne une tranche plus que ample de la population internet italienne.

Le cas italien est comme toujours un peu plus complexe que dans les autres démocraties libérales, où il n’existe pas de magnas des médias à la tête des gouvernements. Internet était lentement en train d’altérer le déséquilibre. Tous en Italie reconnaissent le rôle que la Toile a joué lors du dernier référendum : tandis que la télévision annonçait des dates erronées pour le vote et conseillait aux gens d’aller à la plage, la mobilisation a éclaté en ligne, jusqu’à permettre au référendum d’atteindre le quorum pour la première fois depuis 1995.

Loi bâillon

Dans ce contexte, même le projet de loi sur les écoutes téléphoniques, dont l’alinéa 29 fait partie, et qui a pour objectif affiché de bâillonner le monde de l’information sur les contenus des écoutes effectuées par la magistrature pour pincer qui enfreint la loi, ne fait pas partie d’un plan de régulation des médias ni même d’un brainstorming sur les droits à l’information, mais il s’agit d’une loi faite exclusivement pour protéger des personnes biens déterminées au sein du gouvernement. Ainsi l’alinéa 29 qui contraindrait chaque page web à publier une rectification à toute opinion exprimée que le requérant de cette rectification considère comme offensante, est motivée par la peur de ces mêmes personnes d’être publiquement démasquées ou humiliées en ligne. La personne qui a rédigé l’alinéa ne connaît apparemment pas le fonctionnement d’Internet et surtout pas le fonctionnement de projets participatifs comme Wikipédia, si elle pense qu’un tel projet puisse être contrôlé d’une autre manière jusqu’à rendre obscure la moitié de la Toile.

Les législateurs s’en seront-ils aperçus ?

Ce projet de loi veut d’un côté bâillonner les professionnels et de l’autre frustrer l’œuvre de milliers de volontaires qui font de l’information. C’est inexact, éculé et dangereux, et c’est pour cela que le Web se protège lui-même, hormis les armes de la communication et de la parole. Des sites comme Valigia blu portent cette campagne depuis longtemps mais la révolte des « wikipédiens », décidée de manière démocratique, a allumé la flamme de la contestation en ligne. Les développements que cette révolte prendra sont à surveiller car il est peu probable que les législateurs en question ne se soient pas aperçus d’avoir fait tomber le premier domino d’une longue série.

Photo : (cc) Umberto Lopez/ Flickr