En finir avec l'axe obscurantiste

Article publié le 24 novembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 24 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Union européenne de Buttiglione et consorts veut bloquer la recherche scientifique. Seule la démocratie pourra l'arrêter.

L'Europe ne peut entendre la voix de Luca Coscioni. La sclérose latérale amyotrophique, une maladie aujourd'hui incurable, l’empêche de bouger et de parler de vive voix. Pourtant Coscioni, Président des Radicaux Italiens, se fait entendre par ses écrits, ses batailles civiles, son synthétiseur vocal parce que l'Union européenne, outre le fait qu’elle permette la libre circulation de la souffrance, décide de consentir ou non aux recherches qui pourraient sauver sa vie et celles de millions de malades.

Toutes les chances du clonage thérapeutique

Aujourd'hui la situation est au point mort. Grâce aux rapides progrès de la recherche scientifique, et en particulier aux résultats encourageant des expériences sur les cellules souches embryonnaires, l’espoir concret existe qu’il soit possible de trouver des thérapies pour le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les maladies de Parkinson et d'Alzheimer, la sclérose, la dystrophie et beaucoup d'autres maux qui frappent des centaines de millions d'êtres humains. Pourtant l'Union européenne, qui impose la traçabilité des quartiers de boeuf sur tout le continent, qui contrôle l'inclinaison des bananes et la longueur des clous de girofle n'a pas une position ou une politique commune sur le clonage thérapeutique et sur les règles qui fondent la liberté de recherche scientifique.

À Bruxelles (et à l'ONU) l'Europe est divisée

Face à la question du clonage thérapeutique, qui pourrait améliorer les conditions et l'existence de dizaines de millions de malades en Europe, l'Union européenne n'existe pas. Selon la Convention d’Oviedo du Conseil de l'Europe sur la biomédecine, la question est entre les mains des Etats membres individuellement. Ainsi dans certains pays, la voix de Luca Coscioni était entendue (comme au Royaume-Uni, où le clonage thérapeutique a récemment été autorisé) et dans d’autres (comme en Italie) se développent des législations prohibitionnistes : ainsi, la loi 40 a suscité une vague de réactions de la part du monde scientifique et une série de référendums abrogés appuyés par de millions de citoyens. Lorsque le 6ème programme cadre sur la recherche scientifique en Europe a été soumis à l’attention du Conseil des ministres de l’UE au cours de la présidence tournante italienne, le fossé entre partisans et adversaires du clonage thérapeutique a conduit à bloquer 17,5 milliards d'euros à destination de la recherche dans les poches de la Commission. Seule une proposition de compromis du Commissaire sortant pour la Recherche Busquin a permis de débloquer des fonds pour les pays dans lesquels les recherches sont autorisés par les législations nationales. L’Europe donne ainsi naissance à des « voyages de l'espoir » de malades entre les pays où quelques thérapies et quelques recherches sont permises et ceux où les scientifiques risquent la prison pour leurs recherches.

L'arme des référendums

Et les déchirures se sont répétées à l’ONU. Comme sur la guerre en Irak, l'Europe s'est déchirée sur la question du clonage thérapeutique, de la liberté de la science et de la conscience. D'un coté la proposition du Vatican et des Etats Unis, soutenue par l'Italie de Buttiglione et le Portugal, la Pologne, l’Autriche et l'Irlande, sur l’interdiction généralisée du clonage thérapeutique. De l'autre la position de la Belgique et des autres pays européens, Turquie comprise, qui n’interdit que le clonage reproductif.

Il n’y a qu’une seule façon de permettre à l'Europe de s'exprimer d’une seule voix contre les dérives cléricales. La campagne référendaire contre la loi 40 en Italie et le camouflet infligé par le Parlement européen à l’axe clérical des 3B – Barroso,Buttiglione,Berlusconi –sur la question de la laïcité des institutions européennes ont montré à quel point l’opacité de la diplomatie à huis clos favorise les infiltrations anti-laïques dans beaucoup d'institutions. La démocratie est –aussi au travers des référendums- le meilleur remède contre le cléricalisme, l'unique arme capable de renforcer le débat, de déjouer les peurs obscurantistes et de faire de Luca Coscioni, et de nous-mêmes, un vrai citoyen européen.