En finir avec la coalition autrichienne : les remous du « non » irlandais

Article publié le 23 juillet 2008
Article publié le 23 juillet 2008

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La coalition des deux principaux partis autrichiens touche à sa fin. S’ajoutant aux désaccords en matière fiscale, de santé et d’éducation, le Traité de Lisbonne a précipité l’Autriche dans une grave crise politique.

Depuis les élections d'octobre 2006, qui avaient consacré la victoire des sociaux-démocrates face aux conservateurs, les deux principaux partis autrichiens se partageaient la « grande coalition ».

Des rivalités trop fortes pour permettre le maintien du gouvernement

Alfred Gusenbauer, chancelier autrichien |Crédits : SPÖ Presse Und KommunikationDepuis lors, les deux partis n’ont cessé de tergiverser sur les réformes de santé, de fiscalité et d’éducation. Les tensions sont arrivées à leur comble en juin Le chancelier fédéral autrichien issu du Parti social-démocrate (SPÖ), Alfred Gusenbauer, et son successeur à la tête du parti, Werner Faymann, avaient alors demandé l’organisation d’un référendum sur les changements futurs dans les traités de l’Union européenne. Un changement de cap que les conservateurs ont aussitôt assimilé à une manœuvre populiste destinée à inverser la chute de popularité des sociaux-démocrates.

L’Autriche contaminée par le volcan irlandais

La Constitution irlandaise exige que chaque réforme de traité soit l’objet d’une consultation populaire, c’est-à-dire par voie de référendum. Dans le cas du Traité de Lisbonne, le référendum a abouti à un résultat négatif. Les électeurs irlandais se sont prononcés principalement contre des réformes fiscales considérées comme menaçantes pour la position privilégiée de l’île émeraude par rapport à d’autres territoires européens.

Le tsunami irlandais a provoqué des remous jusqu’en Autriche. Pendant des décennies, l’Autriche avait pourtant connu une certaine paix sociale grâce à l’union des deux principaux partis politiques, le parti social-démocrate et le parti conservateur, gage de stabilité.

Mais la situation ne cessait d’évoluer. Déjà, les élections parlementaires d’octobre 2000 avaient transformé le paysage politique du pays, voyant la percée de trois grands partis: le parti social-démocrate (SPÖ - Sozialdemokratische Partei Österreichs), le parti conservateur (ÖVP - Österreichische Volkspartei), et le „parti autrichien de la liberté“ (FPÖ - Freiheitliche Partei Österreichs, parti de droite nationaliste et populiste).

Wilhelm Molterer, vice-chancelier autrichien | Crédits : versal.at / FlickrLes deux premiers s’étaient unis autour d’un gouvernement de coalition. Cette union n’aura pas duré plus d’un an et demi. Le vice-chancelier autrichien, l’ÖVP Wilhelm Molterer, souhaite aujourd’hui convoquer des élections anticipées, considérant que le SPÖ, son allié au sein de la coalition, « a abandonné la politique européenne commune » et que « la coalition n’est plus en mesure de prendre des décisions communes. » De son côté, le chancelier (SPÖ) a annoncé qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections.

Volonté démocratique et opportunisme

L’Autriche a ratifié le Traité de Lisbonne par voie parlementaire, en avril dernier, par 151 voix contre 27. Pourtant, Gusenbauer considère aujourd’hui que le « non » irlandais reflète « une vaste inquiétude concernant l’Union européenne et sa politique », si bien que, si un quelconque changement était introduit dans le texte pour l’adapter aux exigences irlandaises, ce traité modifié devrait alors selon lui être soumis à un référendum en Autriche.

Prise entre deux feux, l’Union européenne se trouve aujourd’hui confrontée à un double problème. Elle doit parvenir à une solution spéciale afin que l’Irlande ratifie le traité, tout en évitant l’écueil potentiel de son rejet par les autres pays. Un point de plus contre la méthode de l’unanimité dans le processus décisionnaire européen.