En Belgique, des citoyens imaginent « Tout autre chose » contre l’austérité

Article publié le 7 janvier 2015
Article publié le 7 janvier 2015

C’est apparu comme une petite lumière dans un horizon sombre, très sombre. Le 11 décembre, quelques jours avant la grève générale, point d’orgue des tensions sociales qui animent la Belgique depuis la mise en place de son nouveau gouvernement de centre-droit, naissait Tout Autre Chose. 

« STOP ! Les idées de solidarité, de consensus et de concertation sont remises en question. Le seul horizon qui nous est désormais imposé est celui de l’austérité. » Tout Autre Chose, c’est d’abord un appel qui commence par ces mots, publié sur la Toile le 11 décembre dernier, quelques jours avant la grève générale, point d’orgue des tensions sociales qui animent la Belgique depuis la mise en place de son nouveau gouvernement, coalition des partis de droite du nord et du sud du pays.

Porté par des acteurs du secteurs culturel (dont  David Murgia, auteur, metteur en scène et comédien qui a notamment mis en scène Discours à la Nationtexte politique qui agit comme une sorte d'écho esthétique à Tout Autre Chose), des associatons féministes, environnementales, des universitaires et des citoyens lambda , Tout Autre Chose appelle à placer le débat démocratique sur l’avenir de nos sociétés au cœur des priorités. Contre l’austérité, pour des alternatives. Signé au départ par plus de 70 personnes, cet appel à la collectivité comptabilise aujourd’hui près de 10 000 signatures. Des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, des travailleurs, des pensionné-es, des parents, des étudiant-es,… Un ensemble d’individus prêts à penser collectivement au monde. Déterminés à réveiller le potentiel imaginatif des citoyens. Avec un autre horizon que celui de l’austérité. 

En découdre avec les discours dominants

Tout Autre Chose a un grand frère au nord du pays « Hart Boven Hard » (traduction littérale : « le cœur pas la rigueur », nda), né quelques mois plus tôt, en août. « Ils ont été les premiers à allumer la flamme d’un nouveau mouvement citoyen. Les intentions sont plus ou moins les mêmes d’ailleurs, on va travailler dans une optique nationale pour des problématiques qui le seront tout autant », explique Jérome Van Ruychevelt, l’un des artisans du projet qu’on a eu l’occasion de rencontrer sur une « autre » radio, la radio associative bruxelloise Radio Campus.

« Tout autre chose veut redonner ses lettres de noblesse au débat démocratique, laisser le citoyen débattre, lui donner des outils et déconstruire un discours dominant qui voudrait qu’il n’y ait pas d’alternatives », poursuit-il. Ce qui passera par une vulgarisation de la critique des politiques d’austérité, « qui existent depuis longtemps, précise-t-il. Mais qui ne sont pas assez comestibles ou mises en forme pour pouvoir percoler dans l’esprit de chacun. » Pour y arriver - et parce que Tout Autre Chose repose sur les capacités citoyennes -  des groupes de travail et des équipes scientifiques invités à commenter l’actualité, réfléchir aux thématiques, créer de nouvelles formes de débat, seront mis en place dans un avenir proche. « J’aime bien l’idée d’éducation populaire même si c’est un peu prétentieux, explique Jérôme. Nous voudrions imaginer ensemble des nouvelles manières d’apprendre, sur le terrain ou en ligne, à travers des conférences gesticulées par exemple. Les gens pourront apprendre, débattre, retrouver de la joie à débattre. »

Faire confiance à la spontanéité citoyenne

Le 15 décembre, jour de grève générale, Tout Autre  Chose a expérimenté une première action sur le terrain à Liège, La Louvière et Bruxelles. Avec, dans cette dernière, un tour à vélo des piquets de grève qui a rassemblé près de 300 personnes, tous publics confondus, dont une soixantaine de jeunes issus d’une maison de jeune bruxelloise. Une réussite à plusieurs niveaux, selon Jérôme : « On a pu aller à la rencontre des grévistes, ce qui faisait pas de mal en ces temps de déligitimation de grève. Les jeunes ont également pu s'exprimer sur la manière dont ils vivaient les mesures d'austérité, sur le climat social aujourd'hui en Belgique. » Le prochain grand rendez-vous est fixé le 29 mars 2015 à Bruxelles pour une Parade nationale avec Hart Boven Hard, qui sera l’occasion de mettre en avant les vœux définis en commun.

Pour l'avenir, rêvent-ils d’un destin « à la Podemos », mouvement des indignés espagnols devenu parti politique, avec lequel on ne peut s'empêcher d'observer des similarités ? « Pour le moment, on a pas la prétention de se proclamer comme le nouveau mouvement des indignés et surtout pas l’ambition de se reconvertir en tant que mouvement politique. On est un mouvement citoyen qui ne ressemble à aucun autre. Il n' y a aucune volonté de notre part de s’institutionnaliser, ni de devenir une structure associative. Tout autre chose est une matrice qui vient se placer entre ce qui existe déjà, qui espère toucher les personnes pas encore mobilisées et qui fait appel et confiance à une spontanéité citoyenne et volontaire. » Et Jérôme d'insister une fois encore : « Qu’on soit membre d’une ONG ou postier, on débattra au même niveau sur la même thématique… ».