Emploi : les temps sont durs

Article publié le 6 octobre 2014
Article publié le 6 octobre 2014

En cette période où les emplois sont rares et les agences d'intérim florissantes, les recruteurs n'hésitent pas à transgresser la frontière de la vie privée et du respect des candidats.

Il n’est un secret pour personne que depuis la crise économique, de plus en plus d'Européens peinent à trouver le travail qui leur convient. Ainsi, afin d’obtenir THE job, ils sont prêts à accepter tout et n’importe quoi : entretiens à l’aveugle, tests assommants ou décorticage minutieux de leur vie par le biais des réseaux sociaux ; sans parler des contrats léonins qui sous-entendent un salaire en deçà de la moyenne, un statut d'intérimaire ou des journées de travail interminables.

La vraie question est la suivante : ces processus de recrutement sont-ils légaux ? Techniquement, oui, puisqu’une fois la majorité atteinte, le candidat est censé discerner lui-même ce qui est bien de ce qui ne l’est pas.

Et même si la dernière décennie a vu naître plusieurs tentatives de protéger les intérimaires (par exemple le « Forum mondial tripartite de dialogue social sur le rôle des agences d’emploi privées dans les services privés » tenu au siège de l’OIT à Genève ou la Convention des Nations Unies sur la régulation des pratiques des entreprises), le chemin à parcourir reste long et semé d'embûches.

Mais comment expliquer ce phénomène social parmi les pratiques du monde du travail ?

Les employeurs se sentent investis de tous les pouvoirs afin de mettre la main sur le « bon candidat », allant des entretiens téléphoniques aux entretiens à l’aveugle via les réseaux sociaux - Skype ou Hangouts - lors desquels ils éteignent leur caméra et examinent le candidat de A à Z dans un simulacre de Gestalt-thérapie « prénuptiale ».

En tolérant de telles pratiques, la société n’adopte-t-elle pas un nouveau statut prédominant pour les travailleurs potentiels ? Du point de vue des droits de l’Homme, la situation est inacceptable et devrait pousser les autorités et les ONG compétentes à plaider en faveur de changements législatifs.

Tout d’abord, la rareté des annonces par rapport au nombre grandissant des demandeurs d'emploi devrait être prise en compte : ce n'est ni plus ni moins que l’expression simple de la loi de l’offre et de la demande.

Parallèlement, l’industrie du recrutement connaît depuis 2008 une croissance exponentielle. Comment ce paradoxe est-il possible ?

Par exemple, en Belgique, l’unique moyen d’engager quelqu’un avec une période d’essai (habituellement de 6 mois) est, depuis janvier 2014, de passer par une agence d'intérim. En d’autres termes, les entreprises privées sont « obligées » de recourir à une agence d'intérim pour être certaines de recruter la bonne personne. Cependant, elles peuvent également prolonger ce contrat d’intérimaire jusqu’à un an, ce qui n’engendre pour elles aucun frais d’ancienneté ou de sécurité sociale. C’est pourquoi il semble que l’évolution de la législation en matière de protection des droits des travailleurs est à la traîne par rapport à l’évolution du marché du travail et de ses pratiques.

Une révolution industrielle du vingt-et-unième siècle est-elle en marche ? Reste à savoir si la toute nouvelle Commission inclura ce dossier brûlant à l’ordre du jour…