Emploi des jeunes : où est la réprésentativité politique ?

Article publié le 3 décembre 2014
Article publié le 3 décembre 2014

L’espace médiatique est saturé par la sortie du livre de V. Treirveiler, l’Iphone 6, et les fesses de Kim Kardashian. Loin de nous la prétention de rivaliser médiatiquement avec l’arrière train de la femme de Kanye West, nous souhaitions simplement remettre sur la table un dossier brûlant : le chômage des jeunes.

Pas de croissance, pas de chocolat !

La communauté des jeunes est la plus vulnérable car ces derniers ne sont ni protégés socialement, ni économiquement, par le droit du travail. Ils ont subi de plein fouet ces « réajustements » de fortune. D’où un sentiment d’injustice exprimé par des jeunes plus diplômés que la génération de leurs parents ou de leurs grands parents, mais confrontés au chômage de masse. Avec un taux de chômage moyen des jeunes en Europe à 23% au premier semestre 2014 (56 % en Grèce, 49 % en Croatie, près de 23% en France, et seulement 7,8 % en Allemagne), la situation est devenue plus que critique. La question de l’emploi des jeunes, dont la plupart a prolongé ses études, faute d’emploi, n’apparaît pas sur les radars de l’économie. Statistiquement, la mesure du chômage des jeunes est erronée et non représentative de la situation. En effet, selon le baromètre de l’INSEE, les jeunes chômeurs comptabilisés ont entre 16 et 24 ans. Or, en l’occurrence, les jeunes diplômés ont souvent plus de 24 ans, et sont donc comptabilisés avec l’ensemble des actifs en recherche d’emploi, sans pour autant bénéficier du même statut. Dans ces conditions, comment les responsables politiques espèrent t-il luter efficacement contre le chômage des jeunes ?

Comme le rappelle Éric Hayer, Directeur des études de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques, ndlr), seuls 2% de croissance suffiraient à absorber le chômage de masse et relancer la machine économique. Aujourd’hui, cela demeure impossible puisque la politique économique menée à l’échelle européenne est basée sur la réduction des déficits publics qui contracte la demande et donc l’activité. Le contrat de génération de François Hollande n’y changera rien puisque, à terme, les entreprises n’embaucheront pas de jeunes en CDI tant qu’elles n’auront pas de visibilité sur leur avenir économique.

Aujourd’hui, même la voie entrepreneuriale ne peut servir d’alternative pour sortir les jeunes du chômage, puisque les financements provenant des acteurs financiers se font rares. Le financement vers les PME demeure de plus en plus compliqué, malgré l’émergence de solutions alternatives comme le microcrédit ou le financement participatif (crowfunding). La problématique du marché de l’emploi est commune et globale à l’ensemble des économies européennes, mais le manque de coordination politique affecte l’efficacité d’une solution globale. La réponse doit être apportée à un niveau prenant en considération le risque de nivellement concurrentiel (dumping social, économique, environnementale). En effet, cette approche devra pleinement mettre en perspective l’harmonisation des systèmes fiscaux, du marché du travail, de sécurité sociale, de chômage, et à terme du système de retraite. Dans une zone économique où les capitaux et les personnes peuvent circuler librement, offrant théoriquement une adéquation entre l’offre et la demande, les disparités freinent cette harmonie.

Il existe certes de maigres dispositifs compensatoires : le Fonds Social Européen (FSE), le programme français via pôle emploi et les missions locales, le programme Jeunesse En Mouvement (JEM).  Mais aucun n’est à la hauteur du problème. Le Parlement européen a d’ailleurs réclamé un budget plus ambitieux pour lutter contre cette pandémie économique. L’économiste Français Thomas Piketty nous rappelait que la crise de confiance économique et politique était due aux disparités au sein de la zone Euro entre 18 systèmes fiscaux différents, 18 taux d’intérêt, 18 dettes différentes, 18 politiques budgétaires.

Quelle représentativité démocratique pour la nouvelle génération ?

Une étude publiée par France Télévisions et relayée par Le Monde le 25 février 2014 alertait déjà sur le sentiment de frustration et d’injustice qui gagnait la jeunesse. Celle-ci pointait les inquiétudes des jeunes français qui se transforment en fracture sociale et en défiance vis-à-vis de la classe politique. En effet, 71% des français ont conscience que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Plusieurs éléments viennent expliquer les chiffres inquiétants révélés par cette étude. Tout d’abord, la politique d’austérité asphyxiant l’économie. Une rigidité du marché de travail ne laissant de la place qu’aux stagiaires (Insiders contre outsiders) ; enfin le taux de chômage et la précarisation de leurs statuts. L’ensemble de ces éléments alimente les craintes de la génération Y (née entre les années 80 et 90) et exacerbe sa rancœur vis-à-vis de la classe politique.

Il n’y a pas eu jusqu’à présent de réponses politiques à la hauteur du défi. Peu de choses ont fondamentalement changé depuis la présence de Jean-Marie Le Pen au 2me tour des élections présidentielles en 2002. Entre temps, le Front National s’est fait une place de choix dans le paysage politique français, en s’appuyant sur les scandales à répétition et l’inefficience politique du « bloc républicain ». Avec près de 25% de suffrages exprimés aux dernières législatives européennes, le FN est devenu le premier parti de France, dont l’électorat jeune est le premier réservoir. Ajoutons à cela les presque 27 millions d’abstentionnistes aux dernières élections, qui doivent également nous alerter sur la faiblesse de l’offre politique. L’abandon politique des jeunes par les partis traditionnels a laissé comme seule arme le vote du désespoir et de la colère pour contrer une Europe qui ne se concentre que sur une compétitivité asphyxiant nos modèles sociaux. 

La jeunesse, lorsqu’elle vote, aujourd’hui la génération Y, est simplement vue comme un électorat calquant ses convictions politiques sur le modèle de ses parents. Comme si leurs problématiques étaient identiques aux nôtres. Nous devons donc être traités comme une réelle composante politique, or nous sommes simplement utilisés politiquement, à gauche comme à droite, à chaque élection, pour rajeunir l’image des partis. Notre rôle ne doit pas exclusivement être de subir l’« assainissement » des finances publiques face aux dettes qui ont été contractées par la génération des Trente Glorieuses.

« Chaque génération est un peuple nouveau ». Il serait bon de garder à l’esprit cette phrase d’Alexis de Tocqueville pleine de bon sens. L’ambition de ce siècle doit se conjuguer avec l’urgence de la situation présente. Notre jeunesse regorge de talents et d’envies et a soif de réussite. Nous devons pouvoir nous exprimer librement, au risque, comme le soulignait Jacques Attali, de partir sur la colère : « C’est une force vitale qui ne trouve pas à s’exprimer dans le pays ». Pour cela, nous devons pouvoir nous s’émanciper intellectuellement afin de prendre le relais de notre propre ambition.

Le rôle du politique est de créer des passages entre le passé et l’avenir. En attendant une réponse à la hauteur de ces enjeux, cafébabel en partenariat avec Politicus vous invite à sa conférence sur l'emploi des jeunes