Emmanuel Macron peut-il sauver la France de Marine Le Pen ?

Article publié le 9 février 2017
Article publié le 9 février 2017

De Marine Le Pen à Donald Trump, ces derniers mois ont été dominés par des outsiders. Mais Emmanuel Macron l'est-il suffisamment pour devenir le prochain président français ? 

[OPINION]

Après le surprenant vote populaire en faveur du Brexit et la récente élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le monde est impatient de savoir ce qui va advenir de la France. Les élections présidentielles auront lieu au printemps 2017, calées entre les élections législatives aux Pays-Bas, en mars, et les élections fédérales en Allemagne de septembre. Dans ces trois pays, les partis d'extrême droite nourrissent de grands espoirs et pourraient recueillir des scores historiques. 

Un boulevard pour marcher

En France, Marine Le Pen est placée en tête des intentions de vote au premier tour selon plusieurs enquêtes d'opinion. Mais la leader du Front National est talonnée par le plus jeune candidat dans la course à la présidentielle, Emmanuel Macron, à qui l'on prête 23% des intentions de vote. Témoignage du nouvel affrontement de la politique française, l'ancien ministre de l'Économie du gouvernement de Manuel Valls, a tenu un meeting dimanche dernier à Lyon. La même ville où, la veille, Marine Le Pen avait choisi de lancer sa campagne devant 5 000 militants. 

À un peu plus de deux mois de l'élection, Le Pen sort à peine du bois. Macron, quant à lui, continue de surfer sur un engouement populaire qui n'a pour corrolaire que l'excitation médiatique qu'il provoque. Ses rassemblements concentrent de plus en plus de monde, ses déclarations de plus en plus d'articles, ses prises de positions de plus en plus de soutiens. Le jeune candidat de 39 ans peut aussi compter sur des circonstances invraisemblalement avantageuses. Les récents déballages sur ce qui est devenu l'affaire Fillon - qui lutte actuellement contre des allégations de détournements publics d'un million d'euros qu'aurait touchés sa femmes et ses enfants - a considérablement affaibli la campagne du vainqueur de la Primaire de la droite et du centre. Macron, pourrait donc profiter des ennuis de François Fillon en récupérant des électeurs sur sa droite. À gauche, les Primaires citoyennes ont élu, le 29 janvier dernier, un autre outsider pour réprésenter le Parti socialiste à la présidentielle. Même chose, le positionnement très à gauche d'Hamon profiterait au président d'En Marche! qui pourrait compter sur des soutiens jadis acquis à la politique plus libérale de l'ancien premier ministre, Manuel Valls. À mesure des élections primaires et de l'attraction que continue de générer Marine Le Pen (ou dans une moindre mesure, Jean-Luc Mélenchon), il semble que la représentation politique française s'étire vers les extrêmes, laissant un boulevard à Emmanuel Macron pour regrouper ses « marcheurs ». 

L'Europe, le déblocage et le populisme light

Au début de février 2017, le mouvement En Marche! aura rassemblé plus de 170 000 membres pour ce que Macron aime à appeler leur « insurrection politique ». Peu de gens s'attendaient à ce que l'ancien ministre le fasse aussi vite. Cependant, ce n'est pas seulement le calendrier politique qui a aidé Macron. Il a aussi convaincu de façon continue par ses régulières apparitions publiques et son discours impeccable. Son image confiante, malgré une absence de programme clair ont conduit certains critiques à l'appeler le JFK français. Pourtant, comme sans doute le dernier obstacle à une présidence de Marine Le Pen, Macron peut réussir à unir la France, plus que n'importe quel politicien chevronné pourrait le faire. Lancée en avril 2016, En Marche! a été lancé sur la base « d'une libération de la France », de sa bureaucratie obsolète, de ses restrictions inutiles. Son président n'a jamais trahi sa fidélité à l'Europe qu'il invite à repenser autour d'idéaux tels que la paix, la liberté, l'ouverture et un certain sentiment d'appartenance. Le discours plaît, notamment chez les plus diplômés. 

Le jeune, charismatique et multilingue Emmanuel Macron, n'a jamais été affilié à aucun parti politique avant de lancer son mouvement En Marche !. Comme ministre de l'économie sous Manuel Valls, il a approuvé des politiques libérales multiples, comme la très controverséeLoi Travail. Il voit la France comme plus compétitive au sein de l'Union européenne, tout en gardant ses valeurs socialistes. Macron n'a jamais été élu auparavant et n'a donc jamais eu à faire campagne. Mais il n'a, non plus, jamais perdu. Ceci pourrait faire de lui un dangereux opposant à Marine Le Pen, puisqu'il ne fait pas partie de ce système qu'elle veut démanteler.

Macron a son propre discours anti-système avec son mouvement En Marche!, tout en restant fidèle à sa vision capitaliste et cosmopolite de la France. Cela lui apporte des voix des conservateurs modérés et des libéraux, sans pour autant faire fuir la gauche modérée : du jamais-vu pour un ancien banquier de Rothschild, diplômé des prestigieuses écoles Sciences-Po Paris ou l'ENA. Pour l'électeur de gauche classique, il représente toujours la profonde division de la société française : entre l'élite politique et le peuple. Macron aime se considérer comme un « débloqueur » pour la France et le visage de l'insurrection politique contre l'élite. Même si le nouveau venu pourrait ne pas être blanc comme neige : dans un livre, deux journalistes avancent que Macron aurait dépensé 120 000 € de l'enveloppe allouée au ministère de l'Économie pour lancer sa campagne.

Tandis que certain, comme Manuel Valls, lui reproche un « populisme light », Macron sait comment taquiner la gauche tradionnelle. Pour annoncer sa candidature à la présidentielle, il choisit la ville de Bobigny (en Seine-Saint-Denis) où cinq années de gouvernement socialiste n'ont pas atténué les inégalités dans les banlieues parisiennes. Il préconise une approche plus libérale des lois du travail et de l'entreprise, tout en conservant un noyau social. Une position qui aurait pu refléter celle du républicain Alain Juppé, grand perdant des primaires face à François Fillon. 

Macron ferait bien de maintenir son rôle de provocateur jusqu'au 27 avril. La question est de savoir pendant combien de temps son statut « jeune et populaire » le maintiendra à flot avant que le piège politique ne se referme sur lui. Jusqu'à maintenant, son mouvement a recueilli des centaines de milliers de partisans et les sondages montrent une grande confiance dans sa candidature. Mais le candidat n'a encore rien révélé de son programme et sera donc très attendu sur les propositions qu'il fera. Rien n'est joué quant à sa capacité à sortir victorieux de cette course solitaire. Néanmoins, le climat politique français est de son côté. Alors que la candidature de Fillon reste fragile, Le Pen est devenue une candidate éligible. Macron sera probablement la seule alternative aux électeurs modérés du second tour. Si le second tour offrait le choix entre Macron et Le Pen, il se pourrait que Macron réussisse à unir les forces de droite et de gauche pour gagner la présidence.