Emmanuel Macron : l'histoire sans fin 

Article publié le 10 mai 2017
Article publié le 10 mai 2017

Emmanuel Macron a été élu président de la République par plus de 20 millions de Français. Une bien bonne histoire qui doit cependant s'apprécier comme le lancement d'une série dont la trame et les personnages sont encore inconnus. Le contexte, lui, reste le même : la France est divisée.

On ne va pas se mentir, on ne l'avait pas vu venir. Il y a six mois, lorsque Emmanuel Macron présentait officiellement sa candidature à la présidentielle, on clamait que les chances du candidat d'En Marche! équivalaient à celles d'une start-up spécialisée dans la VHS. On s'est planté. Complètement. Mais aujourd'hui, brancher le magnéto c'est s'apercevoir de l'histoire de fou qui vient de défiler sous nos yeux : un homme de 39 ans, jamais élu et inconnu il y a 3 ans a été élu président de la République.

Macron, Mad Max et Mario Bros

Le scénario s'écrit vite. Au commencement, il y a l'audace. Celle de créer un mouvement avec ses propres initiales pour en finir avec les atermoiments d'un gouvernement qui flippe à chaque fois qu'il s'agit d'agir. Celle de démissionner du ministère de l'Économie qui signifie se lancer dans le vide laissé entre la droite et la gauche, là où beaucoup n'ont négocié ni la chute, ni l'atterrissage. Puis, il y a la chance. Celle de voir François Fillon remporter la Primaire de la droite et du centre à la surprise générale et de voir Benoît Hamon se brûler la peau sur les cendres du Parti socialiste. En Marche! se lance comme une balle sur une autoroute bien dégagée qui laissera sur le bas-côté le candidat des Républicains face aux affaires et celui du Parti socialiste face à lui-même.

Au lendemain du premier tour, le scrutin offre une partition bien connue. Après le Royaume-Uni et les États-Unis, la France est divisée en deux entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. En réalité, elle est morcélée en quatre. Sur le chemin des sondages, En Marche! a roulé sur les traces du Front National. À 10 jours du vote, le mouvement a vu revenir la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Trois formations se partagent l'adhésion des Français sur un thème qui sert d'huile de moteur : le « dégagisme ». La fameuse « pasokification » européenne (du nom de la quasi-disparition du Pasok, le parti social-démocrate grec, ndlr) touche aussi la droite qui ne représentera pas de grand parti au second tour pour la première fois de l'histoire de la cinquième République. Pourtant, Marine Le Pen vit de la politique depuis 20 ans, Jean-Luc Mélenchon en fait depuis 1968 et Macron est un ancien ministre. Et pendant ce temps-là, François Fillon revient dans leur retroviseur comme un mauvais remake de Mad Max, pour venir échouer à un point du second tour.

La présidentielle française fonctionne comme Mario Bros. Quand vous perdez, vous revenez au début, quand vous gagnez vous découvrez un nouveau monde. En appuyant sur play, la campagne de l'entre-deux-tours jette les Insoumis de Mélenchon et la droite conservatrice de Fillon loin du décor. Le nouveau terrain de jeu ? Whirlpool. Cette usine située en Picardie qui fabrique des sèche-linge va fermer. Délocalisée en Pologne, des centaines de salariés vont perdre leurs emplois. Symbole du match de la mondialisation, la rencontre va se dérouler sur le parking de l'usine. À notre droite, Marine Le Pen qui fait des selfies. À notre gauche, Emmanuel Macron qui réclame un « hygiaphone » pour convaincre. La semaine avant le scrutin, les idées divergentes de cette France pliée en quatre laissent place à une passe d'armes malheureuse. Pendant le pire débat présidentiel de l'histoire, l'extrême droite de série B se dispute avec le candidat du front républicain qui n'a qu'à rappeler des cours d'économie de sixième pour tuer le game.

Dix pour cent

Aujourd'hui, 20 millions de Français ont élu Emmanuel Macron. C'est moins d'un tiers de la population et en même temps 66,1 millions des voix. La carte de France des départements, quant à elle, est presque immaculée. Au délà du report des voix, des barrages et du vote utile, En Marche! a gagné partout. Dans les villes et dans les campagnes, à l'est et à l'ouest, dans les bastions fillonistes et mélenchonnistes. C'est énorme, mais ça ne veut rien dire. Quand ils sont nombreux à rappeler que 16 millions de Français n'ont pas voulu s'exprimer, personne ne sait qui est réellement En Marche!. Certains avancent le chiffre de 10% quand il calcule l'adhésion du peuple aux idées du président élu. À regarder l'équipe de campagne du mouvement, c'est une France heureuse, multiculturelle, jeune, pro-européenne et belle-gosse qui porte des baskets. Mais 10%, c'est aussi la (récente) cote de popularité de François Hollande.

La politique française fonctionne comme GTA (Grand Theft Auto). Tout est possible, mais on n'en finit jamais. Derrière la présidentielle, il y a des élections législatives qui devront donner les couleurs bigarées du futur Parlement et une assise indispensable au nouveau gouvernement. Alors que le tout-Paris bruit du nom du/de la premier ministre (qui ne s'installera à Matignon peut-être que pour un mois), la prochaine campagne qui s'achèvera le 18 juin prochain pourrait enfin dévoiler la véritable valeur d'En Marche!. Macron président, c'est désormais aux idées de faire leur chemin. Le mouvement a promis de nouvelles têtes. Dit autrement, des inconnus. Ce sont ces « représentants de la société civile » qui iront batailler aux quatre coins de la France, souvent loin des caméras et des « chicayas » du système médiatique. Et comme les gens n'oublient pas si vite, c'est de nouveau dans un pays plié en quatre - celle du Front, des Insoumis  - que ça marchera. Ou pas.

Qu'on le veuille ou non, Emmanuel Macron est une bonne histoire. La vérité maintenant, c'est que le film ne se regarde pas sur VHS. La victoire suprême du candidat d'En Marche! n'est que le premier épisode d'une longue série qui s'annonce aussi passionnante qu'imprévisible. Mais bon, on peut toujours se planter.