Emmanuel Macron : le vent l'emportera

Article publié le 16 novembre 2016
Article publié le 16 novembre 2016

[OPINION] En quelques mois, il est devenu l’homme politique que la France espérait. En fondant son mouvement « En marche », Emmanuel Macron s’est placé sur la route d’une candidature aussi nouvelle qu’évidente. Jusqu’à ce qu’il annonce officiellement se présenter à la présidence de la République et que le monde entier lui tombe dessus. Alors, tout disparaîtra ?

Ça y est. Après des mois de tergiversations – réelles ou entretenues -  Emmanuel Macron vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Affilié à aucun parti et qui plus est libéré de l’étiquette d’homme de droite ou de gauche, le jeune candidat français de 38 ans a débarqué sur son pupitre comme il a navigué ces derniers mois : en entendant porter le renouveau. Ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de François Hollande puis ministre de l’Économie dans le gouvernement de Manuel Valls, il a « vu de l’intérieur la vacuité de notre système politique ». Aujourd’hui, Macron est free et il aurait tout compris.

C'est avec cet aplomb qu'il fonde en avril 2016 le mouvement « En marche ». Un mouvement qu’il veut transpartisan, puisqu’après tout, c’est de la France dont il s’agit. Et force est de constater que le jeune loup avance à grand pas. En Marche compte près de 100 000 adhérents. En juin 2016, 68% des Français préféraient qu’il se présente à la place d’Hollande. Les médias, quant à eux, tiennent leur feuilleton de l’été en peignant le ministre en Brutus, qui a poignardé le président dans le dos. La petite musique du fils indigne à qui Hollande a tout appris devient la bande-son de la vie politique française jusqu’à ce que Macron « tue le père », en démissionnant de son poste à l’Économie, l’Industrie et au Numérique le 30 aout dernier. La page est tournée mais le phénomène ne se dégonfle pas. Emmanuel s’affiche au bras de Brigitte dans les journaux, se lance dans un tour de France en autobus et répète à l’envi qu’il est le seul capable de rassembler deux ensembles politiques qui nécessite de se mélanger : la droite et la gauche. Les magazines l’adorent. Il a 38 ans, un physique de gendre idéal, n’est pas issu du sérail et parle de la France avec la fraîcheur d’un gardon. Dans leurs colonnes, on parle même du « génération Macron » puisque En marche serait également parvenu à embarquer les jeunes désenchantés sur la route de la France en mouvement. Des centaines de couvertures, des milliers d’articles, sans avoir avancé une seule proposition officielle. 

Tout semblait fin prêt pour laisser s'installer celui à qui on avait fait toute la place. Sauf que soudainement, le monde a changé. Aux États-Unis, Donald Trump a été élu président. En France, la primaire de la droite et du centre a ramené des thèmes anxiogènes tels que la sécurité et l’immigration dans le débat public. Des choses sérieuses, lourdes, difficiles à faire briller sur du papier glacé. Avec ses autocars et son air de bonne famille, Emmanuel Macron semble tout à coup ne plus faire le poids. Pire, en marche forcée, il est devenu pour beaucoup « une caravane de lieux communs dans un désert d’idées ». Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux (autrefois bien plus tolérants) pour se rendre que la jeune coqueluche qui flottait sur l’avenir du pays a été ramené à sa « infâme » condition : un banquier d’affaire, parangon de l’élite qui ne plaît qu’aux startupers en basket. Six mois après le lancement de son mouvement, c’est le monde entier - qui se méfie de tout, des politiques, des institutions, des sondages et des médias – qui semble être tombé sur la candidature d’Emmanuel Macron. Reste au plus jeune des candidats à convaincre, en dévoilant enfin un vrai programme et prouver qu’il n’incarne pas qu’un mouvement. Qui tourne avec le vent.