Emma Watson : ce que pensent les hommes

Article publié le 25 septembre 2014
Article publié le 25 septembre 2014

Le 19 septembre, Emma Watson a fait un discours à l’Organisation des Nations Unies au sujet de l’égalité des sexes. Avec une nouveauté : un accent mis sur le rôle des hommes. cafébabel a demandé a donc pris ses mâles en patients et leur a demandé leurs opinions.

C'est une femme courageuse qui a abordé, au siège des Nations Unies à New York, un problème contemporain : l’égalité de sexes. Emma Watson, ambassadrice de bonne volonté de l'ONU et actrice de la célèbre saga Harry Potter, a donné un discours dans le cadre de la campagne He For She (Lui pour Elle, ndlr). Le mouvement met l’accent sur l’importance du rôle des hommes dans la lutte pour l’égalité des sexes, et les appelle à se joindre aux femmes pour assurer un monde plus juste pour leurs filles, leurs partenaires, leurs mères, leurs sœurs, leurs amies... Les attaques qui ont suivi la prise de position de l'actrice britannique ne sont pas une surprise. Ce sont les tactiques habituelles utilisées contre les femmes qui osent s’exprimer. En dehors de la cacophonie ambiante, que pensent les hommes de son discours ?

Le discours d'Emma Watson au siège des Nations-Unies, à New-York.

« Je souhaite que ma fille soit féminisme mais je souhaite aussi qu'elle n'ait pas à le devenir »

« Mon avis sur le discours d’Emma Watson est…Enfin ! Oui, enfin, les hommes sont associés à la lutte. Je suis 100% d’accord avec elle. Je suis convaincu qu'en France, pays macho de longue date, il est difficile d’élever la voix pour le féminisme, sans que l'on se moque. Ce n’est pas viril de parler en faveur des femmes, d'autant plus si nous affirmons qu’elles sont nos égales. Je suis d’accord sur le fait que nous ne pouvons pas parler d’égalité sans inviter tout le monde au débat, homme ou femme. Chacun devrait pouvoir accéder exactement aux mêmes choses : éducation, salaire, responsabilités, droits et devoirs, et cela devrait être un but à atteindre pour les deux sexes. »

Adrien, France.

« Le féminisme, ce n’est pas des femmes hystériques. Cela concerne les droits. L’équité et l’égalité. Martin Luther King a dû crier très fort pour se faire entendre de son pays et du monde. Le féminisme n’est pas non plus un processus de castration. J’espère et je souhaite que ma fille soit féministe, mais j’espère encore plus qu’elle n’ait pas à le devenir. »

Ovidiu, Roumanie.

« Quand un homme fait un commentaire sur ce problème, cela peut être gênant, instinctif ou même faux. Quelquefois il peut aussi refuser tout commentaire… La jeune Emma Watson possède une forte personnalité malgré l’intonation de sa voix, fragile mais incroyablement vraie et authentique. Rien n’était inutile dans son discours, elle (ou son conseiller en communication) a soulevé deux points très importants : en premier le but de la campagne He For She. Pour la première fois, ce n’est pas "Elle pour Elle", puisque la campagne essaie d'inclure l’homme dans le débat. Il est temps que l’homme accepte sans peur ni honte, que malgré le développement de notre société, il existe toujours un grand trou noir, sans aucun doute le plus grand : le problème des inégalités des sexes.

Les êtres humains, la science et la culture ont évolué, mais la société est restée ancrée dans un modèle qui perpétue l’inégalité des sexes au travers de l’éducation donnée aux enfants. Il est temps que les hommes agissent contre des rites qui se prétendent  éternels (ou religieux parfois), ou pire, naturels. Fais quelque chose pour elle. Deuxièmement : le féminisme est "la croyance que les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes droits et les mêmes chances. C’est la théorie de l’égalité des sexes sur les plans politiques, économiques et sociaux". Emma avait raison de le préciser. Pourquoi cela a-t-il été perçu négativement ? Pour de nombreuses raisons, mais aussi parce que nous avons commis l’erreur de vouloir imposer ce changement par la force (le quota rose en politique). Nous en avons fait une vengeance, comme dans les films où les femmes détestent les hommes. En soulignant les égalités et les inégalités, nous révélons que nous sommes différents et complémentaires, c’est le secret éternel de la vie. Le changement doit être profond, culturel, maintenant, nous sommes impatients. Le temps est venu de faire quelque chose de vrai pour elle. » 

Tullio, Italie.

« Que c'est cool aujourd'hui d'être féministe ! »

« C’est un bon discours en terme d’engagement émotionnel. C’est important et très positif qu’elle ait tendu la main aux hommes et aux garçons. Et c’est une stratégie particulièrement bonne d’insister sur le fait que les hommes sont aussi piégés par les stéréotypes de genre. Je peux seulement parler de l’expérience masculine, mais de nombreuses attitudes qu’elle mentionne (l’agressivité, la domination, etc.) sont réelles, mais souvent inconscientes, pour beaucoup d’hommes. C’est une pression exercée par l’entourage dès l’adolescence. Pour de nombreux garçons, être gentil, tolérant, ouvert et vulnérable recouvre une valeur négative et honteuse. Emma a fait un discours fondamentalement humaniste, mais en fin de compte, c’est un discours sur les relations entre les sexes en Occident – elle a bien sûr fait référence à des situations dans d’autre endroits du monde, là où les femmes ont le plus besoin de changements. Une situation qui nécessite un changement structurel plus profond que le niveau des attitudes dont elle parle. »

Maciek, Pologne et Canada.

« Je pense que ce serait génial s’il y avait une égalité entre les femmes et les hommes, mais il est évident que nous sommes tous éduqués à adopter certains rôles sociaux que je ne peux pas mettre de côté. J’ai souvent eu l’impression que les femmes ne désirent pas l’égalité totale, parce que l’égalité traduit aussi plus de responsabilité. Entre ma femme et moi, cela n’a jamais été un problème et je ne me sens pas du tout discriminé par les femmes. Mais certaines féministes vont vraiment trop loin. Je pense que ce genre de discussion émerge aussi pour servir certains intérêts qui n’ont rien à voir avec le féminisme. Que ce soit pour des intérêts économiques ou pour le pouvoir. Finalement, je pense personnellement que ce sujet est surfait puisque dans ma vie quotidienne je ne suis pas confronté à des problèmes de discrimination sexuelle. »

Diethelm, Allemagne .

« C’est une tentative pour dé-radicaliser les mouvements féministes, pour réinventer ou repositionner ce que représente le féminisme, et pour le remettre dans le débat sur l’égalité des sexes. Je pense qu’elle a mis le doigt sur certains points essentiels. C’est une bonne façon de réinventer la discussion et les problèmes autour de l’égalité des sexes, même si cela concerne plus les femmes que les hommes. D’après la théorie sociale, ce ne sont jamais les personnes discriminées ou la minorité qui peuvent changer les choses. C’est la majorité qui doit agir selon un point de vue tactique. Il est très intéressant de voir que la majorité dominante prenne la parole pour signaler une discrimination, qu'elle se sente aussi concernée, et que le changement peut venir de la source qui l’a créé. »

Pieter, Pays-Bas.

« Je pense que ce discours a révélé certains problèmes importants. L’un d’eux est que le "féminisme" est une théorie mal comprise. Peut-être qu’elle doit être revalorisée. Pour moi, le plus important est la manière dont elle a essayé d’expliquer que nous devrions nous voir comme des êtres humains, et non comme des hommes et des femmes. Bien sûr, il existe des différences physiologiques et psychologiques, mais elles ne justifient pas des traitements différents. Si j’étais patron, je ne penserais jamais payer moins les femmes juste parce que ce sont des femmes. En fait, je pense que notre société gâche les talents de beaucoup de femmes en les sous-évaluant et en les sous-payant. »

Tomas, Slovaquie.

Federico, Italie : « Je ne pense pas que le mot "féminisme" soit perçu négativement. Au contraire, le fait que des célébrités comme Beyoncé ou Emma Watson en parlent démontre que le concept est plus populaire que dans la passé. Les femmes sont l’armée de réserve du capitalisme. Elles doivent être indépendantes, pour consommer plus, pour atteindre les hommes, pour entrer en compétition avec eux, pour augmenter les profits. Aujourd’hui, les héroïnes sont des jeunes filles, alors il faut être féministe pour être cool ! »

Pour aller plus loin  : le site web de la campagne He For She suivez- les sur Facebook et Twitter, @HeForShe ou #HeForShe