“Elephant's Dream”, ou notre rêve à tous

Article publié le 1 mars 2015
Article publié le 1 mars 2015

Du 17 janvier au 17 février 2015 s'est tenu à Bruxelles le Festival Congolisation, dont le nom rapproche intentionnellement les mots "Congo" et "Colonisation". Présenté par l'association à but non lucratif Skinfama, à l'initiative de l'artiste Pitcho Womba Konga, il s'agit de la toute première édition de cet évènement culturel multidisciplinaire.

L'objectif du Festival Congolisation était de présenter le Congo et sa diaspora à travers le prisme de l'art. On pouvait y découvrir une production artistique variée : des performances de danse, des pièces de théatre, de la littérature, des conférences, des projections de films... le tout  organisé par des artistes émergents ou confrmés, exposé dans des lieux culturels d'exceptions dans la ville de Bruxelles, notamment  le Bozar, le Pianofabriek, le KVS ou le Théâtre National.

Un aperçu poétique du Congo en transition

Parmi les films présentés lors du festival, le documentaire Elephant's Dream, réalisé par Kristof Bilsaen et produit en Flandres, propose "un aperçu poétique du Congo en transition, du point de vue de trois habitants de Kinshasa", selon la critique qui en a été faire au Festival International du Film Documentaire d'Amsterdam en 2014.

La République Démocratique du Congo est un pays auquel on associe bon nombre d'histoires poignantes de violence, de viol, de crime, et de morts injustifiées. Au delà de ces images habituelles, Bilsaen nous montre, dans Elephant's Dream, un pays en transition sur lequel il porte un regard plein de compassion, un état en déclin présenté avec empathie. Pour lui, son film n'est "ni une fiction, ni une réalité".

L'Afrique vue sous un autre jour

Le documentaire permet au public de découvrir l'Afrique sous un autre jour. Au lieu de nous montrer, avec des images sanglantes, une réalité douloureuse, il offre un point de vue plus inhabituel. Il nous apprend par exemple que, dans ce pays où les infrastructures sont de très mauvaise qualité, l'attente avant que les pompiers n'arrivent, qu'une lettre ne soit remise à son destinataire ou qu'un train n'entre en gare est interminable. Tout est construit autour de ces trois endroits : la poste, la gare, et la caserne des pompiers.

Les scènes sont par moment tellement lentes qu'elle donnent parfois l'impression que rien ne se passe. Un pompier assis sur sa chaise affirme sur un ton résigné: "En France, on nous demande de sauver des vies ou de mourir en essayant. Ici, on nous demande plutôt de sauver des vies tout en conservant la notre, parce qu'un mort ne peut plus rien faire pour ses proches, sa famille ou ses amis. Peut être qu'en France, ces martyrs seraient acclamés comme des héros, mais en Afrique, c'est complètement différent."  Dans cette histoire en particulier comme dans l'histoire universelle, l'idée stéréotypée d'une Afrique restée en retard, en marge du monde occidental reste malheureusement présente. 

En quoi Elephant's Dream est-il notre rêve à tous?

Du début à la fin, les images sont frappantes. Kinshasa a tout d'une ville en développement, au climat tropical et à la végétation luxuriante, où les habitants portent des habits traditionnels africains. C'est un endroit d'où l'on regarde la vie passer son cours, assis à ne rien faire parce que rien ne change jamais, et que le présent n'est qu'une interminable répétition d'une seule et même journée.

Notre rêve à tous serait de voir un embryon de changement et de progrès en Afrique, et cette impression d'immobilité due à la transition sans fin dans laquelle est plongé le pays se transforme progressivement pour offrir un contexte plus favorable au changement, et, avec chaque avancée, permet de se rapprocher d'un futur plus démocratique.