Electorallemand : Élections Allemandes, Comment Ca marche ?

Article publié le 30 août 2013
Article publié le 30 août 2013

Cet article n’est pas un article sur le présidentialimse. Mais plutôt pour essayer de montrer que les Allemands ne vont pas élire leur chancelier le 22 septembre. Ah bon ?

La version originale de cet article a été publiée le 28 août 2013 sur le blog Electorallemand de L'Express :

Les électeurs de la circonscription 15 Vorpommern-Rügen – Vorpommern-Greifswald 1 auront une particularité pendant cette élection, comme depuis 1990 d’ailleurs : ils seront les seuls en Allemagne à pouvoir élire directement Angela Merkel. En effet pour la très grande majorité des Allemands, Angela Merkel n’apparaît pas du tout sur les bulletins de vote. Pour une raison bien simple : le 22 septembre, il s’agit d’une élection parlementaire, et pas d’une élection présidentielle à la française. Comment ça marche en Allemagne donc ?

Le bulletin de vote allemand est bien plus long et plus compliqué que nos bulletins francais. Le grand principe est qu’il se divise en deux voix :

La première voix

La première voix, qu’on appellera la première voix, correspond à l’élection de nos députés que l’on connaît en France. Sauf qu’il n’y a qu’un seul tour et que le tout se fait donc à la majorité relative. Dans chacune des 299 circonscriptions allemandes est donc élu(e) directement un(e) député(e) qui siègera au Bundestag. Voilà, ca nous fait déjà 299 députés et comme souvent dans les scrutins majoritaires, ce sont les gros partis qui remportent la mise. En 2009 par exemple, la CDU a remporté 218 mandats directs, le SPD 64, Die Linke 16, les Verts 1 et les libéraux du FDP 0.

Seulement voilà, les Allemands ont voulu que les autres partis puissent être mieux représentés et a donc ajouté une petite dose de proportionnelle à ce scrutin. C’est le rôle de la deuxième voix.

La deuxième voix

Celle-ci correspond à un scrutin régional de liste proportionnel. Donc, en gros, dans chacune des 16 régions allemandes (non, Majorque n’est toujours pas considérée officiellement comme une région allemande), chaque parti propose sa liste. Donc CDU avec ses candidats régionaux 1 à 15, SPD de même, etc, etc en sachant qu’une bonne trentaine de partis peuvent avoir leurs listes. Evidemment les électeurs sont libres de voter pour des couleurs politiques différentes entre la première et la deuxième voix. C’est le calcul des sommes de ces deuxièmes voix qui déterminera la répartition totale des sièges du Bundestag entre les partis. En gros, c’est cette deuxième voix qui fait que le soir de l’élection, on pourra dire : la CDU a gagné 39% des voix, le SPD 25%. Il s’agit là du décompte de la deuxième voix. Attention, petite précision de taille : seuls les partis ayant dépassé les 5% de deuxième voix peuvent prétendre être représentés au Bundestag. Les autres sont directement éliminés. Pour des partis qui sont à la limite comme les Pirates, les Eurosceptiques de l’AfD, voire même les libéraux du FDP, dépasser cette barrière des 5% est primordial.

Voilà, une fois la deuxième voix décomptée, chaque parti calcule combien de députés ils peuvent récupérer sur les listes régionales pour venir accompagner leurs députés directement élus (ceux de la première voix pour ceux qui ont suivi). Au final, on se retrouve donc théoriquement avec 598 députés au sein du Bundestag. Pour les puristes, je vous passe les mandats surnuméraires et compensatoires, sinon on n’est pas sorti (déjà que bon, c’est assez long comme ca). Mais sachez quand même que, dans la pratique, le nombre total de députés sera plus élevé au final.

Mais alors qui élit le/a chancelier/e ?

Mais où est Angela Merkel dans tout ca me direz-vous ? A ce moment de la réflexion, Angela Merkel n’est qu’une députée comme les autres, probablement élue haut la main dans sa circonscription 15 Vorpommern-Rügen Vorpommern-Greifswald 1. Seulement voilà, il faut encore élire un(e) chancelier(e). Comme ce n’est donc pas les Allemands qui le font directement, vous l’aurez compris, c’est le Bundestag nouvellement élu qui s’en occupe. Officiellement la proposition vient du président de la République (art 63 de la Loi fondamentale, pour les constitutionnalistes d’entre vous). Dans la pratique, il n’a pas vraiment le choix et le président propose donc le représentant du parti ou de la coalition arrivée en tête lors des élections. En l’occurrence, lors des deux derniers mandats donc, Angela Merkel.

Pour ceux d’entre vous qui comprennent l’allemand, la légendaire BPB (Bundeszentrale für Politische Bildung) a évidemment fait d’excellentes petites vidéos pédagogiques pour expliquer le tout :