Élections régionales en Allemagne : une raclée pour Angela Merkel ?

Article publié le 16 mars 2016
Article publié le 16 mars 2016

Les élections régionales de dimanche dernier qui se sont déroulées à Bade-Wurtemberg, en Rhénanie-Palatinat  et en Saxe-Anhalt sont historiques en raison de la montée de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Mais s’agit-il vraiment d’un rejet de la gestion de la crise des réfugiés d’Angela Merkel ?

L’Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui a principalement pour ne pas dire exclusivement basé sa campagne électorale sur le refus de la politique d’accueil des réfugiés d’Angela Merkel, a obtenu un résultat historique : 12,6% des voix en Rhénanie-Palatinat, 15,1% à Bade-Wurtemberg et même près de  25% en Saxe-Anhalt. La CDU (Union chrétienne démocrate d’Allemagne), le parti d’Angela Merkel s’est fait battre partout, il faut cependant préciser que la chute s'exprime de 2 et 3% des voix, avec une seule exception à Bade-Wurtemberg (-12%).

En somme, un recul mais pas une lourde défaite. Les partis de la gauche ont d’avantage été victimes de ces élections. Le SPD (Partit social-démocrate), hormis son excellent résultat en Rhénanie-Palatinat, a subi une chute vertigineuse aussi bien à Bade-Wurtemberg  (-10%). En Saxe-Anhalt, il se classe en 4ème position avec un peu plus de 10% des voix et finit même derrière l’AfD. Le résultat de Die Linke (Gauche radicale) est encore  plus catastrophique, le parti n’a pas réussi à dépasser le seuil de qualification dans les deux Lands de l’ouest, mais a également connu une chute amère (-7%) dans un de ses principaux fiefs, la Saxe-Anhalt. En revanche, les Grüne (Parti des verts), a obtenu un succès retentissant à Bade-Wurtemberg, en devenant le premier parti avec 30% des voies. Ce résultat historique est en grande partie dû au large consensus personnel dont bénéficie Winfried Kretschmann, le dirigeant conservateur des Grüne. Dans les deux autres Lands, les écolos ont subi un chute vertigineuse (-10% en Rhénanie-Palatinat et un décevant 5,2% en Saxe-Anhalt, ndlr)

Adieu les coalitions ?

Le premier enseignement de ces élections concerne la difficulté croissante à former des coalitions gouvernementales : les coalitions gouvernementales historiques de centre-droit (CDU-FDP) et de centre­­­-gauche (SPD-Grüne) s’avèrent être numériquement irréalisables. Par ailleurs, la grande coalition entre CDU et SPD semble ne plus être suffisante. En Saxe-Anhalt, la seule coalition politiquement possible est celle entre la CDU,  le SPD et les Grüne. En Rhénanie-Palatinat, on discute d’une coalition entre le SPD, le FDP et les Grüne, tandis qu’à Bade-Wurtemberg, la naissance d’une coalition Grüne-CDU, dirigée par les Verts semble se profiler.

Le second enseignement concerne l’avancée de l’AfD, qui avec ces élections a confirmé son statut de véritable rival de la CDU. Le rapport qu’entretient la CDU avec l’AfD est l’aspect actuellement le plus intéressant du système des partis allemands. Avec son profil conservateur, l’AfD se présente surtout comme une alternative pour les électeurs de la CDU déçus par la politique menée par Angela Merkel au cours de ces dernières années. Cependant, d’après les premiers chiffres concernant les flux électoraux, on observe que la majeure partie des électeurs de l’AfD ne proviennent pas de la CDU – comme certains le soutiennent – mais plutôt du bassin des abstentionnistes. Cela ne change toutefois pas le fait que l’AfD reste la bête noire du parti de la chancelière.

Un affront envers la politique de Merkel ?

Ces élections ont également montré une croissance de la participation électorale, qui est très probablement l’expression de la discussion intense et de la polarisation de la société allemande concernant la crise des réfugiés. Ces élections ont en effet été vécues comme une sorte de référendum sur la politique d’accueil du gouvernement Merkel. D’une part, on trouve les défenseurs de la chancelière, représentés par pratiquement tous les partis présents au Bundestag (le Parlement allemand). D’autre part, se tiennent ses fervents opposants : les « populistes » de l'AfD.

C’est pour cette raison que la montée de l’AfD pourrait être lue comme un affront envers la politique d’Angela Merkel. Mais il est parallèlement intéressant de remarquer que près de trois électeurs sur quatre de l’AfD ont défini leur choix comme étant un vote de protestation, et non pas un réel soutien du programme politique du parti. Par ailleurs, s’il est vrai que l’AfD a obtenu un résultat qui n’est pas négligeable, il est tout aussi vrai que près de ¾ des électeurs allemands ont opté pour des partis qui soutiennent la politique d’accueil des réfugiés. On pourrait donc conclure que le gagnant de ce référendum n’est pas l’AfD, mais Angela Merkel. Ceci-étant, il ne faut pas négliger le fait que d’après les sondages près de 80% des Allemands éprouvent des réserves envers la gestion de la crise des réfugiés d’Angela Merkel. En somme tout est encore possible.