Elections législatives en Espagne : nouvelle méthode et issue incertaine

Article publié le 9 mars 2008
Article publié le 9 mars 2008
Par Rebeca Santamarta Après quatre ans, les Espagnols sont appelés aux urnes pour les élections législatives qui détermineront le gouvernement à venir : continuer avec un gouvernement de gauche ou faire le choix de la rénovation proposée par la droite . Voilà la question à laquelle devront répondre les électeurs espagnols en ce 9 mars 2008.
Mais ce qui fait l’originalité de ces élections, c’est un événement médiatique qui n’avait pas eu lieu depuis quinze ans: un débat public télévisé entre les deux principaux candidats - le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero et le conservateur Mariano Rajoy. Un face-à-face entre les deux principaux candidats qui briguent leur entrée dans la Moncloa (siège de la Présidence du Gouvernement espagnol ). Depuis le soir de l’annonce de la victoire de Zapatero le 13 mars 2004, la législature sortante a été marquée par la confrontation répétée entre les deux têtes de parti qui polarisent aujourd’hui la campagne électorale.

Quatre années de tension

Tout au long de son mandat, Zapatero a dû à la fois se défendre contre l’accusation d´avoir gagné les élections de manière frauduleuse (puisqu’avant les terribles attentats de Madrid, le candidat du Parti Populaire Rajoy était considéré comme le vainqueur dans tous les sondages) et essuyer de nombreuses critiques face à son échec de mettre fin au terrorisme de l´ETA (après une période de trêve annoncée par la bande armée, l’ETA organisait un attentat dans l’aéroport de Madrid le 26 décembre 2006 tuant deux personnes et un autre à la fin 2007 faisant deux morts parmi la guardia civil). Le terrorisme a donc été l´argument principal d´une opposition très dure qui a conduit l´Espagne vers une situation de crispation continue : l’affrontement entre les territoires (statuts d´autonomie, le problème avec la manque de l´eau…) et entre l´État et l´Église autours des nouvelles lois sociales conduisant à la mobilisation des défenseurs du modèle familial traditionnel (le mariage homosexuel, le divorce « express » et l’introduction de l’ « éducation civique » dans les écoles) sont autant de sujets délicats qui ont marqués la politique du gouvernement entre 2004 et 2008. A la veille des élections législatives qui décideront du gouvernement à venir, le débat se focalise autour des difficultés de croissance de l’économie et des aspirations régionales autonomistes comme origine de la possible fragmentation de l’Etat.

Le face à face

Pendant les quinze jours de campagne électorale, on a assisté à la mise en place d’un outil qui avait été négligé depuis 15 ans : celui du débat télévisé. Depuis le débat entre le socialiste Felipe Gonzàlez et le conservateur José Maria Aznar aux élections législatives de 1993 et malgré la demande, plus aucune rencontre télévisée de ce type n’avait été organisée. A l’époque le candidat socialiste était sorti vainqueur. Après de longues négociations, les conditions principales de ces débats ont été fixées entre les équipes des deux partis: deux rencontres dans l´Académie de la Télévision diffusées sur une trentaine de chaînes télévisées (trois nationales et des chaînes régionales et locales) qui ont décidé de l´émettre. Tout a été mesuré et calibré : la lumière, l´ambiance, la température (21°C s’il vous plaît), l´impartialité du modérateur, les questions à traiter, les temps de parole (une heure et demie pour chaque débat). Lors du premier débat, l´absence de réelles propositions pour les quatre années à venir et l´insistance sur le bilan du gouvernement sortant ont déçu bon nombre de téléspectateurs. Le candidat socialiste a néanmoins remporté le second en présentant de véritables propositions politiques et battant à plate couture le discours de son adversaire toujours concentré sur les critiques du bilan 2004-2008 sans avancer de réel programme électoral. L’annonce de l’impact du débat sur la population (une audience de près de 20 millions de téléspectateurs lors du second débat) n’a pas été sans conséquences sur le traitement de la campagne par les médias : la couverture des meetings électoraux (qui ne s’adressent généralement qu’à un public déjà « convaincu ») a fait place au traitement approfondi des résultats des débats. Si aucun des deux candidats en question ne souhaite aborder la question de la victoire, les derniers sondages donnent la victoire au président sortant José Luis Rodriguez Zapatero.

Une Espagne bipartite ?

Malgré les apparences, l´Espagne n´est pas un pays bipartite : un système politique parlementaire tel qu’il existe en Espagne permet justement le pluralisme des partis, dont certains représentent en particulier les forces régionales. Et ces « petits » partis, tels que les écolo-communistes d’Izquirda Unida (La Gauche Unie), les nationalistes catalans et basques ou les indépendantistes catalans ont vivement critiqué le face à face entre les deux principaux candidats. La polarisation de la campagne électorale aurait non seulement « encouragé » le bipartisme au détriment du pluralisme, mais aurait également contribué à la « nationalisation » des sujets de débats étouffant les sujets abordant les singularités régionales. C’est pourtant grâce au soutien de certaines de ces forces minoritaires que le gouvernement a pu mettre en œuvre ses réformes sociales et économiques au cours des quatre années de législature. La polarisation du débat politique entre les principales forces politiques espagnoles a par ailleurs instauré une certaine « inertie » parmi l’électorat qui préfère parier sur le « vote utile » plutôt que de soutenir des forces politiques alternatives mais minoritaires (Izquierda Unida – 3ème force politique – a vu son électorat se déplacer vers le parti socialiste PSOE). Autant de critiques et de plaintes qui font douter de la stabilité du système politique espagnol (Les « trente glorieuses » de l’Espagne s’achèvent, Le Monde, 8 mars 2008)

L´Europe en Espagne

Si l´Europe a bien été présente dans cette campagne, on peut regretter qu’elle ne l’ait pas été comme un objectif en soi mais bien plus comme une "récupération" alimentant le combat entre les partis. Des sujets comme l´immigration, le terrorisme ou le niveau de l’éducation (voir les résultats de l’étude PISA) ont été exploités pour analyser la situation espagnole intérieure en comparaison avec ses pays voisins et surtout avec ceux avec lesquels l’Espagne veut se mesurer: la France, le Royaume-Uni ou l´Allemagne.

Le 9 mars 2008, on saura si les Espagnols parient sur la continuité avec le président socialiste ou s´ils font le choix du changement avec le leader conservateur. Les analystes sont néanmoins unanimes : ces élections ont largement mobilisé un électorat espagnol extrêmement sensible à l’enjeu politique dont gagent ces élections et on n’imaginera à présent plus une campagne électorale sans un débat télévisé entre les candidats principaux. A la veille du scrutin, les 2 principaux partis se talonnent avec un léger avantage pour le PSOE : reste à savoir si l’attentat de l’ETA à Mondragon, marquant la fin de la campagne électorale, n’influera pas sur la décision finale de l’électorat espagnol.

(Photo: flickr/ouh_pinaise)