Élections européennes : Une minute pour convaincre

Article publié le 19 mai 2014
Article publié le 19 mai 2014

Jeudi 15 mai, le Par­le­ment eu­ro­péen ac­cueillait dans une am­biance de pla­teau télé le troi­sième débat entre les can­di­dats à la pré­si­dence de la Com­mis­sion eu­ro­péenne. Ska Kel­ler (Vert), Ve­rhof­stadt (li­bé­raux), Jun­cker (centre-droit) Schulz (so­cia­liste) et Tsi­pras (ex­trême gauche)  confron­taient leurs idées sur le pla­teau de l’hé­mi­cycle prévu pour l’oc­ca­sion.

Pour la pre­mière fois dans l’his­toire de l’Union eu­ro­péenne, L'Eu­rope tente de per­son­na­li­ser les élec­tions du Par­le­ment eu­ro­péen. En effet, de­puis le traité de Lis­bonne, le Conseil (réunion des chefs d’État) peut choi­sir le pré­sident de la Com­mis­sion en fonc­tion des ré­sul­tats des élec­tions. Ce qui per­met de mettre un vi­sage et une per­son­na­lité sur les ten­dances po­li­tiques du Par­le­ment. 

Chaque can­di­dat dis­po­sait d’une mi­nute pour ré­pondre aux ques­tions po­sées par la jour­na­liste dEu­ro­news. Les 90 mi­nutes de débat ont brassé des thèmes comme le chô­mage des jeunes, la crise, l’union ban­caire, l’im­mi­gra­tion, le lob­byisme, la cor­rup­tion, la fi­nance, l’éva­sion fis­cale, la crise ukrai­nienne, la re­li­gion et les droits fon­da­men­taux… On no­tera que cer­taines ques­tions pré­pon­dé­rantes n’ont pas été abor­dées : la ques­tion du bud­get de l’Union eu­ro­péenne par exemple et la ques­tion de la conti­nuité de la stra­té­gie EU2020 stra­té­gie de la Com­mis­sion pour la dé­cen­nie 2010/2020.

Cha­cun son style

Jean-Claude Jun­ker ou « l’Eu­rope sage » est le can­di­dat de la ri­gueur. Avec lui, il faut « pour­suivre la po­li­tique d’as­sai­nis­se­ment », « conti­nuer les éco­no­mies ». Il in­carne le « sé­rieux » et les dé­ci­sions « sages » prises avec les mêmes re­cettes uti­li­sées jus­qu’à pré­sent.

Mar­tin Schulz ou « l’autre Eu­rope », est le can­di­dat « à l’aise ». Pré­sident du Par­le­ment eu­ro­péen de­puis 2011, pré­sent à tous les Conseils eu­ro­péens, il se tient dans les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes comme un pois­son dans l’eau. Avec lui c’est une « autre Eu­rope », tour­née vers les peuples, in­cluant les ci­toyens dans les pro­ces­sus de dé­ci­sions qu'il veut pro­po­ser. C’est l’Eu­rope so­ciale, de la crois­sance pour tous et de la jus­tice so­ciale. Peut-être un peu trop beau pour être vrai. Sur­tout que tout cela doit se faire en fai­sant des éco­no­mies et en main­te­nant les comptes bud­gé­taires selon la ri­gueur im­po­sée par les trai­tés.

Guy Ve­rhof­stadt ou le one man show. En pleine forme, lui aussi comme un pois­son dans l’eau, le dé­puté eu­ro­péen, chef du groupe des li­bé­raux se per­met même de faire quelques blagues pen­dant ses mi­nutes de ré­ponses. Pour lui, toute ques­tion a une ré­ponse eu­ro­péenne plai­dant pour une Eu­rope plus in­té­grée en sui­vant quand même (et sur­tout) une « dis­ci­pline bud­gé­taire ».

Aléxis Tsi­pras ou « le chan­ge­ment de cap ». Can­di­dat re­pré­sen­tant le groupe GUE/NGL, a beau­coup in­sisté sur les po­li­tiques d’aus­té­rité dé­vas­ta­trices de l’UE et le ré­pète à qua­si­ment cha­cune de ses ré­ponses. Il prône un tout autre mo­dèle éco­no­mique : celui de la re­lance et de l’in­ves­tis­se­ment. Pas un mot néan­moins sur le TTIP (ac­cord trans­at­lan­tique entre les États-Unis et l’Union eu­ro­péenne)

Ska ­Kel­ler ou « l’Eu­rope de de­main » basée sur les éner­gies vertes, la crois­sance du­rable, la par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne. Dom­mage qu’il n’y ait pas eu un mot de sa part sur la stra­té­gie EU 2020 qui, entre autres, pré­voyait la ré­duc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre de 20% par rap­port à 1990, l’uti­li­sa­tion d'éner­gie pro­ve­nant de sources re­nou­ve­lables à hau­teur de 20 % et l’aug­men­ta­tion de 20 % de l’ef­fi­ca­cité éner­gé­tique. Néan­moins, c’est la seule qui men­tionne le traité trans­at­lan­tique et no­tam­ment le manque de trans­pa­rence des né­go­cia­tions.

Grandes dé­cla­ra­tions, peu de so­lu­tions

En une mi­nute, pas le temps d’al­ler dans le fond des ques­tions. Grandes dé­cla­ra­tions mais peu de so­lu­tions ou de po­li­tiques concrètes à pré­sen­ter. On a plu­tôt l’im­pres­sion de confir­mer ce que l’on connait déjà. On re­tien­dra une mo­dé­ra­tion su­per­fi­cielle ne per­met­tant pas un vrai débat d’idées. D’ailleurs seule Ska­ Kel­ler uti­li­sera tous ses jo­kers ou « droits de ré­ponse » pour ré­agir aux dis­cours de ses concur­rents.

Toutes les trente mi­nutes, un jour­na­liste était chargé du point ré­seaux so­ciaux. Il s’agis­sait non pas de ré­col­ter des ré­ac­tions d’in­ter­nautes via Twit­ter ou autre mais de comp­ter le nombre de tweets men­tion­nant le débat (#Tel­lEu­rope) de la soi­rée, la langue la plus uti­li­sée ou les mots qui re­viennent le plus sou­vent. Dom­mage qu’il n’y ait pas eu la pos­si­bi­lité de s’ex­pri­mer, cela au­rait pu rendre le débat plus in­ter­ac­tif.

Juste avant la conclu­sion la jour­na­liste leur de­mande « et si fi­na­le­ment le Conseil (les États) ne choi­sit aucun de vous mais dé­cide de dé­si­gner quel­qu’un d’autre à la pré­si­dence de la Com­mis­sion ? » Parce que oui, comme l'a rap­pelé le pré­sident du Conseil eu­ro­péen Her­man Van Rom­puy di­manche, il ne faut pas ou­blier que la dé­si­gna­tion reste uni­que­ment entre les mains des chefs d’États et de gou­ver­ne­ments. Sur cette ques­tion tous sont una­nimes « le pro­chain pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne est dans cette pièce ». En effet, si pour la pre­mière fois dans l’his­toire de l’UE, l'Eu­rope or­ga­nise un débat entre can­di­dats po­ten­tiels, es­saye de per­son­na­li­ser les élec­tions et que fi­na­le­ment le Conseil choi­sit quel­qu’un d’autre,  cela dé­ce­vra les Eu­ro­péens qui y croyaient en­core. Même les plus dé­vots.