Élections européennes : le jeûne politique

Article publié le 29 avril 2014
Article publié le 29 avril 2014

[Opi­nion] Plu­tôt que de tour­ner le dos à la dé­mo­cra­tie, la jeune gé­né­ra­tion doit, plus que ja­mais, s’en­ga­ger et aller voter pour pro­té­ger ses in­té­rêts, com­battre la dis­cri­mi­na­tion et pré­ser­ver la dé­mo­cra­tie des at­taques de l’ex­trême droite.

À moins d’un mois des élec­tions et à quelques heures d'un débat historique entre les 6 candidats à la Commission, l’Union eu­ro­péenne fait face à un tour­nant de son his­toire. Les in­éga­li­tés se sont gra­ve­ment creu­sées ces 5 der­nières an­nées et l’en­ga­ge­ment po­li­tique n’a ja­mais été aussi bas chez les Eu­ro­péens, exas­pé­rés par les po­li­tiques d’aus­té­rité et le manque d’ima­gi­na­tion de ses di­ri­geants. Avec plus de 5 mil­lions de de­man­deurs d’em­ploi âgés de moins de 25 ans en Eu­rope, c’est chez les jeunes que ce dé­fai­tisme est le plus ré­pandu.

Arme de distraction massive

Quand l’hu­mo­riste an­glais Rus­sell Brand dé­cla­rait l’an passé n’avoir ja­mais voté et que « le sys­tème po­li­tique ac­tuel n’était rien de plus qu’un outil ad­mi­nis­tra­tif vi­sant à aug­men­ter les avan­tages des élites éco­no­miques », il a non seule­ment fait les gros titres mais aussi at­tiré l’at­ten­tion de nom­breux jeunes gens,  fa­ti­gués des dis­cours condes­cen­dants ser­vis par des hommes po­li­tiques qui ont le double de leur âge. Six mois après avoir été pu­bliée sur You­tube par BBC News­night, la vidéo de l’in­ter­view a at­teint presque 10 mil­lions de vues soit 9 mil­lions de plus que n’im­porte quelle autre de leurs vi­déos.

Le dis­cours de Brand a beau par­ler à l’étu­diant anar­cho-syn­di­ca­liste qui som­meille en nous, il est to­ta­le­ment er­roné : de­puis que les jeunes tournent le dos à la dé­mo­cra­tie, leurs in­té­rêts sont de plus en plus lais­sés de côté. Toutes les formes d’ex­pres­sion po­li­tique sont en dé­clin parmi les jeunes, qu’il s’agisse de ma­ni­fes­ta­tions, de groupes d’ac­tion ci­vique ou de l’or­ga­ni­sa­tion de cercles po­li­tiques. Par consé­quent, les gou­ver­ne­ments sont dé­sor­mais dé­voués à une très large ma­jo­rité de gens plus âgés, et donc plus riches.

Pour sa­voir ce qui ar­rive quand les jeunes gens ne votent pas, nul be­soin de quit­ter le Royaume-Uni. C’est le pays avec le taux de par­ti­ci­pa­tion des moins de 30 ans le plus bas d’Eu­rope, c’est aussi le pays qui a connu quelques unes des me­sures les plus ar­bi­traires en­vers les jeunes. Des frais d'uni­ver­sité de plus 10 000 € par an se­raient in­ima­gi­nables dans n’im­porte quel État membre où les jeunes sont plus à même de ma­ni­fes­ter leur mé­con­ten­te­ment dans les urnes. Le gou­ver­ne­ment a déjà pro­mis que, dans le cas où il se­rait réélu, il pri­ve­rait les moins de 25 ans de leurs droits au chô­mage. Par contre, les gens âgés ont été plus que pré­ser­vés et ont conservé la gra­tuité de leur re­de­vance télé et des trans­ports pu­blics. Et ce, en dépit de l’amé­lio­ra­tion de la si­tua­tion éco­no­mique des re­trai­tés et la mon­tée de la pau­vreté chez les jeunes et les en­fants.

Lorsque les mi­nistres des fi­nances mettent en place des bud­gets aus­tères pour les gens âgés, c’est du sui­cide po­li­tique. Quand ils visent les jeunes, tout ce qu’ils ré­coltent ce sont quelques cri­tiques sur Twit­ter. Telle est la triste réa­lité.

Le populisme rampant

Mais quelque chose d’en­core plus trou­blant est en train de se pro­duire. En plus de nous di­ri­ger vers une so­ciété de plus en plus in­égale, nous al­lons vers une Eu­rope plus xé­no­phobe et na­tio­na­liste. L’ex­trême droite est mon­tée len­te­ment pen­dant la crise, pro­fi­tant de l’in­sa­tis­fac­tion am­biante gé­né­rée par le manque de sta­bi­lité éco­no­mique tout en ali­men­tant les ten­sions so­ciales et entre dif­fé­rentes eth­nies. Leur dia­tribe semi-po­li­tique est à l’op­posé des va­leurs de notre gé­né­ra­tion : les jeunes sont plus ou­verts, to­lé­rants et tour­nés vers le pro­grès que ne l’étaient les gé­né­ra­tions pré­cé­dentes. Mais on les a trai­tés comme si ils n’avaient rien à ap­por­ter et ils se sont donc re­ti­rés du débat. Beau­coup ob­servent sans bron­cher le sou­tien de par­tis, qui ne de­vraient être rien de plus qu’une mi­no­rité aga­çante, aug­men­ter de ma­nière dan­ge­reuse et dis­pro­por­tion­née.

Les jeunes doivent ré­sis­ter, re­ven­di­quer leurs droits et exi­ger que l’Eu­rope se dé­marque par son es­prit de so­li­da­rité et sa to­lé­rance, plu­tôt que par la di­vi­sion, la peur et l’éli­tisme. Les mé­dias so­ciaux, les ma­ni­fes­ta­tions et l’en­ga­ge­ment au sein d’ONG sont des ou­tils qui comptent quand on veut chan­ger la so­ciété, mais l’ou­til le plus im­por­tant est aussi le plus banal : co­cher une case sur un bul­le­tin. Il n’y a qu’en pre­nant part aux élec­tions que les jeunes pour­ront faire preuve de leur propre per­ti­nence et re­ven­di­quer leurs as­pi­ra­tions.

Voter pour des par­tis qui n’ont pas assez pro­tégé vos in­té­rêts ou qui n'ont rien fait lorsque vos droits au chô­mage étaient me­na­cés, peut être aga­çant, mais quand les sta­tis­tiques se­ront com­pi­lées après les élec­tions, les po­li­tiques se ren­dront compte qu’ils doivent sa­tis­faire les jeunes pour res­ter au pou­voir. Si les jeunes s’ap­puient sur ça pour re­joindre des par­tis po­li­tiques et les chan­ger de l’in­té­rieur, nous pour­rions ob­ser­ver de sé­rieux chan­ge­ments d’ici les pro­chaines élec­tions. Nous pou­vons aussi em­pê­cher l’Eu­rope de de­ve­nir un ter­ri­toire dan­ge­reux, ré­ac­tion­naire et isolé.

Ne vous lais­sez pas avoir par ceux qui dissent « les hommes po­li­tiques sont tous les mêmes », un ra­pide coup d’œil sur le site myvote2014.​eu vous prou­vera com­bien leurs idées peuvent être dif­fé­rentes. Qui plus est cer­tains hommes po­li­tiques croient en la to­lé­rance et en l’éga­lité, alors que d’autres non. Le défi est énorme, il nous faut une ré­vo­lu­tion dé­mo­cra­tique, rien de moins. La gé­né­ra­tion de nos pa­rents est en train de perdre le contrôle de l’éco­no­mie et de la po­li­tique de l’Eu­rope. C’est à nous qu’il re­vient de le ré­cu­pé­rer.

Suivez  : sur Twitter, le débat opposant les 6 candidats à la Commission européenne à partir de 19h que l'on suivre avec des chips et du rosé.