Elections européennes : le coup de poker ?

Article publié le 23 mars 2014
Article publié le 23 mars 2014

Entre les  eu­ros­cep­tiques, l’abs­ten­tion­nisme et les crises di­plo­ma­tiques in­ter­na­tio­nales, les élec­tions eu­ro­péennes de mai 2014 risquent de se dé­rou­ler dans un contexte apo­li­tique. L’Ita­lie pour­rait jouer un rôle im­por­tant dans l'UE, mais le des­tin du conti­nent risque d'être confié au ha­sard, comme lors d’une par­tie de poker.

L’ave­nir de l’Eu­rope semble dé­pendre des élec­tions eu­ro­péennes en mai 2014. Mais leur ré­sul­tat sera in­fluencé par plu­sieurs élé­ments, et en réa­lité, la par­tie qui se joue res­semble d’avan­tage à un poker entre un crou­pier et des joueurs de plu­sieurs na­tio­na­li­tés bien mé­fiants, et des cartes face ca­chées. Com­ment cela va-t-il se ter­mi­ner ? C’est une ques­tion de cou­rage et de chance.

La pre­mière carte : l’abs­ten­tion­

D’après une re­cherche sur les élec­tions eu­ro­péennes de 2009, l’Ita­lie fe­rait au­jour­d’hui par­tie du groupe de pays dont le taux de par­ti­ci­pa­tion aux élec­tions di­mi­nuera, comme pour les pays du bas­sin mé­di­ter­ra­néen et voi­sins de la France. La don­née la plus si­gni­fi­ca­tive concerne ce­pen­dant le pro­fil so­cio­dé­mo­gra­phique de l’abs­ten­tion­niste: c'est un jeune entre 18 et 24 ans, étu­diant ou di­plômé de­puis peu, qui fait sû­re­ment par­tie des 5,5 mil­lions de chô­meurs de l’Union eu­ro­péenne de moins de 25 ans. Ces don­nées four­nissent une in­for­ma­tion sup­plé­men­taire : la ma­jo­rité n’irait pas voter « pour des rai­sons po­li­tiques au sens large », un symp­tôme du ma­laise et de la mé­fiance en­vers la po­li­tique eu­ro­péenne. Ce sen­ti­ment pour­rait éga­le­ment gé­né­rer un vide re­pré­sen­ta­tif et créer une spi­rale né­ga­tive en in­fluen­çant les pro­chaines gé­né­ra­tions d’élec­teurs. Les abs­ten­tion­nistes sont des jeunes qui, à cause de la crise éco­no­mique et des « me­sures d’aus­té­rité », ont pris leurs dis­tances avec la po­li­tique.

La deuxième carte : la scène in­ter­na­tio­nale

La deuxième carte sur la table est celle de la crise ukrai­nienne. Le pays est au bord d’une guerre ci­vile qui pour­rait im­pli­quer la Rus­sie. Cette der­nière a gagné la confiance des ha­bi­tants de la pé­nin­sule de la Cri­mée avec le ré­fé­ren­dum du 15-16 mars der­nier. Si l’Union eu­ro­péenne a jus­qu’à pré­sent fait pro­fil bas, les ré­cents dé­ve­lop­pe­ments poussent les ins­ti­tu­tions à prendre une po­si­tion claire et ex­pli­cite : le temps est main­te­nant compté. Jus­qu’à pré­sent, des me­sures lé­gères et in­ef­fi­caces ont été adop­tées : il sem­ble­rait que la de­mande du mi­nistre de l’Eco­no­mie ukrai­nien, Iuri Ko­lo­bov (des aides éco­no­miques cor­res­pon­dant à 35 mil­lions de dol­lars) ait été ou­bliée. Ces ou­blis et les er­reurs com­mises re­pré­sentent l’énième échec de la di­plo­ma­tie in­ter­na­tio­nale, et plus par­ti­cu­liè­re­ment celle de l’Union eu­ro­péenne. Mais il y a un autre pays qui est en proie au doute : la Croa­tie. Le pro­ces­sus d’in­té­gra­tion est tech­ni­que­ment conclu, mais les per­plexi­tés de la po­pu­la­tion sont nom­breuses.  Lors des élec­tions de 12 eu­ro­dé­pu­tés croates en 2013, seule­ment 20.67 % des élec­teurs se sont ren­dus aux urnes. Il faut ajou­ter à cela les pro­blèmes cau­sés par la crise éco­no­mique qui touchent aussi les prin­ci­paux par­te­naires com­mer­ciaux, car les pré­vi­sions de l’Union eu­ro­péenne sou­lignent le risque d’un dé­fi­cit fis­cal pour 2014 et une aug­men­ta­tion de la dette pu­blique. Le dan­ger de dé­ser­tion aux urnes est élevé, et, dans ce contexte, le vote peut être « faussé ».

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La troi­sième carte : les eu­rosceptiques

D’après Poll­Watch 2014, les so­cio-dé­mo­crates sont plus nom­breux que les po­pu­laires eu­ro­péens lors de la ré­par­ti­tion des sièges au Par­le­ment. Mais la don­née la plus in­té­res­sante concerne tou­te­fois les par­tis non ali­gnés, car leur pré­sence de­vraient consi­dé­ra­ble­ment aug­men­ter. C’est une hy­po­thèse confir­mée par la si­tua­tion en France qui ver­raient ar­ri­ver en tête le Front Na­tio­nal Une per­cée est éga­le­ment pré­vue pour le GUE-NGL (Groupe Confé­dé­ral de la Gauche Uni­taire Eu­ro­péenne/Gauche Verte Nor­dique). Si les es­ti­ma­tions se confir­maient, l’UE se re­trou­ve­rait avec un par­le­ment hé­té­ro­gène, et un re­cours aux coa­li­tions se­rait in­évi­table. Et les al­liances au­jour­d'hui en place ne par­viennent pas de­puis trois ans à ré­soudre les pro­blèmes éco­no­miques et so­ciaux de l'Ita­lie, pays qui dé­tien­dra la pré­si­dence du Conseil eu­ro­péen le se­mestre qui suit les élec­tions.

Le Crou­pier

La pré­si­dence ita­lienne ar­rive lors d’un mo­ment de crise et de forts doutes : elle re­pré­sente le plus grand point d'in­ter­ro­ga­tion de la par­tie. S’il est vrai qu’un chan­ge­ment des ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes est né­ces­saire, le rôle que doit avoir l’Ita­lie de­dans n’est pas clair. Doit-elle bé­né­fi­cier d'une aide éco­no­mique de la part de l’Union ? Est-elle l’Etat fort du bas­sin mé­di­ter­ra­néen qui peut chan­ger les équi­libres eu­ro­péens ? Ou bien est-ce un sym­bole trop évident de la cri­tique que subit le sys­tème, avec ses mou­ve­ments eu­ros­cep­tiques aussi bien à droite qu’à gauche ? Dans la par­tie de poker ima­gi­née, l'Ita­lie pour­rait bien être le der­nier homme assis à la table, à la fois spec­ta­teur et joueur: le crou­pier.