Élections en France : 4 scénarios de folie 

Article publié le 19 avril 2017
Article publié le 19 avril 2017

Cela fait deux ans que nous entendons toutes sortes de prévisions sur le futur de l'Europe et la direction que prendrait notre monde occidental, qui avance petit à petit sur la corde raide. Internet se remplit d'analyses à l'heure où le calcul politique devient un exercice à mi-chemin entre l'acte de foi et le sport extrême.

« Trump ne gagnera pas. En fait, les États-Unis pourraient être sur le point de vivre une renaissance libérale », écrivait l'analyste politique et chroniqueur pour The Guardian, Michael Cohen. Cohen invoquait le fait qu'il devenait de plus en plus difficile pour les Républicains de soutenir Donald Trump parce que celui-ci avait changé de stratégie en passant de l'attaque contre les étrangers à la stigmatisation des citoyens nord-américains. Chose qui, avouons-le tout de suite, ne pouvait nullement plaire au conservatisme nord-américain. Quelques mois plus tard, nous savons tous ce qu'il s'est passé.

À quelques semaines du référendum sur le Brexit, le chroniqueur du Daily Mail Dan Hodges a pris une position très claire sur le futur de son pays au sein de l'Union européenne : « Le problème actuel de la politique britannique n'est plus de savoir si le camp du Brexit peut gagner, mais comment il va choisir de perdre. Plus précisément, il s'agit de savoir s'il choisit de le faire avec élégance et honneur ou d'une manière qui finira par le détruire en tant que politiciens, déchirera les Conservateurs et paralysera le gouvernement britannique ».

L'évolution récente de la politique nous prouve que la réalité peut dépasser la fiction... et les prévisions. C'est pour cela, et aussi histoire de nous habituer au pire, que nous proposons ici une série de scénarios alternatifs sur l'issue des prochaines élections en France. On vous aura prévenus.

Pourquoi Marine Le Pen ne va pas gagner

Le conseiller délégué du cabinet de conseil Avisa Partners, Jacques Lafitte, invoque dans Politico une série de raisons logiques pour lesquelles la cheffe du Front National peut devenir la future présidente de la République française. Cependant, si la fille de Jean-Marie s'appuie sur quelque chose, c'est bien l'irrationalité. Comprendre : elle a la propension à lancer des idées qui parlent aux tripes plutôt qu'au cerveau. Une technique politcienne qui a fonctionné et qui nous laisse penser que, dans notre scénario complètement fou, Le Pen pourrait bien bien utilisée le mécontetement du peuple.

D'abord celle de Manuel Valls qui, au dernier moment et à la surprise générale, décide de soutenir la candidate ultraconservatrice. Effrayé par sa déroute aux primaires socialistes face à Benoît Hamon et offusqué par le succès d'Emmanuel Macron, Manu décide de se concentrer très fort pour détruire sa carrière. Et tant pis pour ses oreilles. Son hara-kiri s'appelle Marine Le Pen. Une fois installée à l'Élysée, la première décision de la présidente sera d'expulser du pays toutes les personnes dont les parents, grands-parents et arrières-grands-parents ne sont pas totalement français. Manuel Valls revient en Catalogne la tête basse mais avec un vrai projet : instiller le social-libéralisme au sein de l'indépendantisme catalan. La suite n'est pas difficile à imaginer.

Pourquoi Fillon va gagner

Étienne Dujardin réfléchit dans Le Figaro à ce qui serait une des surprises de ces élections. Il présente l'option « Fillon président » en argumentant qu'à la différence de l'extrême-droite de Le Pen, l'ancien premier ministre pourrait construire un discours plus tiède qui ravirait la droite modérée : sécurité, innovation, soutien aux PME seraient quelques-uns des piliers de sa politique. Cependant, François Fillon est bien plus tracassé par d'autres affaires qui l'empêche de rassembler sa famille politique à cause de son gôut prononcé pour la famille tout court.

Son épouse, Penélope Fillon, fait l'objet d'une enquête pour de supposés emplois fictifs. Une des clés du succès en politique, c'est d'être capable de transformer ses faiblesses en forces, et c'est justement ce qui va propulser François Fillon. Malin comme un vieux singe, il décide d'offrir le même type de contrat magique à tous ceux qui votent pour lui. L'ombre de la corruption est toujours aussi moche, mais on devient tout de suite moins critique quand on en est le bénéficiaire. Stupeur et tremblement de terre dans les urnes, le candidat blessé a décidément un mental d'animal politique.

Martin Schulz et Emmanuel Macron peuvent sauver l'Europe

Éditeur du Financial Times, Wolfgang Münchau se lance dans un double saut périlleux et se risque à écrire sur l'influence que pourrait avoir la victoire d'un jeune homme à la mode non seulement aux élections françaises, mais aussi allemandes. Münchau s'appuie sur des concepts qui donnent le vertige : « une politique d'accords », « des points de rencontre et d'intégration ». Qu'à cela ne tienne, l'acrobatie ne s'effectue pas sans filet : l'approche de l'éditorialiste allemande reste conservatrice et ne laisse aucune place aux miracles, pas plus qu'aux visions court-termistes. Mais dans cette Europe qui manque de jours heureux, nous ne pouvons pas nous empêcher de laisser libre cours à l'imagination et de penser à un possible remake des Teletubbies. Le pitch ? Diversion, bonheur, joie et amitié profonde. 

Nous pourrions tous profiter d'une vie en communauté et jouer en plein air par une interminable journée ensoleillée. La vérité, c'est que l'histoire pourrait connaître une triste fin. Les milieux ultra-conservateurs n'aiment pas du tout les Teletubbies. En Pologne, la médiatrice aux Droits de l'enfant, Ewa Sowinska, a même envisagé d'enquêter sur la possible homosexualité de Tinky Winky. Une Europe pareille donnerait-elle des ailes au populisme ? Vu comme ça, ce scénario ne s'éloigne pas trop de la prévision de l'écrivaine française Virgine Despentes, qui considère qu'une victoire de Macron renforcerait encore plus l'extrême-droite. 

Je serai une des surprises du premier tour

Il s'agit de l'analyse d'un candidat lui-même. Mélenchon et son ascension fulgurante ? Non, celui qui a prononcé ces mots n'est autre que François Asselineau. Ce politicien de 59 ans, eurosceptique et proche de l'extrême-droite considère qu'il sera une des révélations de ces élections, comme il le déclare à La Voix du Nord. Les sondages, eux, ne lui prêtent pas le même destin. Obtenir 1 % des voix serait déjà une prévision assez optimiste. Mais bon les sondages hein...

Si la surprise ne vient pas des résultats, d'où alors ? Suspense... Peut-être a-t-il gardé un atout dans sa manche. Peut-être veut-il renverser la table et impressionner tout le monde. Notre pari ? Que le 23 avril prochain, il se rende au bureau de vote intégralement couvert d'un drapeau russe. On vous laisse imaginer ce qu'il portera en-dessous, même s'il nous a déjà donné un indice sur la taille du drapeau :