Élections en Espagne : qu'est-ce que le vote sollicité ?

Article publié le 14 décembre 2015
Article publié le 14 décembre 2015

Depuis que le suffrage universel a été instauré, le droit de vote de tout citoyen d'un pays démocratique est assuré. Enfin, en théorie du moins. Depuis 2011, les Espagnols résidant à l'étranger doivent demander le droit de vote via un mécanisme connu sous le nom de « voto rogado » - le vote sollicité. Mais qu’est-ce que cela signifie et quels en sont les effets ?

À l’approche des élections, qu'elles soient locales, régionales ou nationales - comme ce sera le cas en Espagne le 20 décembre prochain - les citoyens vivant en dehors de leur pays doivent affronter les possibles embûches que suppose l'exercice de leur droit de vote. Alors que dans certains pays, comme en France, il suffit d'autoriser quelqu'un à voter à sa place (le vote par procuration, ndlr), les Espagnols doivent se battre un peu (voire beaucoup) plus. 

Qu'est-ce que le voto rogado ?

Depuis janvier 2011, lors des élections, la participation active des Espagnols résidant dans un pays étranger n'est pas assurée. En effet, pour pouvoir voter, ils doivent « solliciter » ce droit. Et, alors qu'elle pourrait avoir l'air d'une simple formalité, cette démarche s'est transformée en véritable cauchemar pour ceux qui souhaitent exercer leur suffrage en Espagne.

La première difficulté à laquelle sont confrontés les « expatriés », c'est la désinformation. Nombreux sont ceux qui ignorent ce qu'ils doivent faire pour voter depuis l'étranger. C'est pour cela que des collectifs comme Marea Granate se sont mobilisés pour expliquer la procédure à suivre.

Mais les autorités électorales ne facilitent pas la tâche des Espagnols. Un exemple ? Le 31 juillet dernier, le gouvernement a clôturé les listes électorales sans préavis officiel, ce qui a multiplié les obstacles bureaucratiques pour ceux qui ne s'étaient pas encore inscrits.

En théorie, la procédure du « vote sollicité » est identique à celle de l'inscription sur les listes électorales que l'on demande dans certains pays. Ou ça le serait, du moins, si cette procédure était aussi facile dans les deux cas. En fin de compte, le « vote sollicité » suppose une entrave au suffrage universel puisque, même si techniquement aucun électeur ne devrait être empêché d'exercer son droit, le faible impact du vote des Espagnols de l'étranger a démontré que la réalité est quelque peu différente.

Ce qui se cache derrière ces obstacles

D'infinis rendez-vous au consulat espagnol (les démarches par Internet n'ont pas été activées, alors qu'elles sont utilisées pour de nombreuses autres questions administratives), des papiers à présenter, des bulletins de vote qui n'arrivent pas à temps... Des difficultés sans fin qui conduisent à suspecter que leur objectif est de décourager les expatriés d'exprimer leur vote. Ce vote pourrait se muer en « vote sanction », à l'endroit des gens qui ont dû abandonner leur pays d'origine pour trouver un débouché (souvent professionnel) à l’étranger.  

Sans aller plus loin, seuls 5% des Espagnols habitant à l'étranger ont voté aux premières élections législatives suivant l'instauration du « vote sollicité », en 2011. Quelles sont les prévisions pour le 20 décembre ? Sur plus de 1 875 000 d'Espagnols vivant à l'étranger, seuls 115 000 pourront voter aux prochaines élections, c'est-à-dire à peine 6%.

Les 11 mesures présentées par DosMillonesDeVotos (DeuxMillionsDeVotes) n'ont pas servi à grand-chose. Ce collectif regroupant une cinquantaine d'avocats et de juristes a été créé pour dénoncer les nombreux obstacles administratifs qui s'élèvent sur la route des électeurs espagnols et proposait de multiples solutions.

Puisque tous les délais pour solliciter ce vote sont passés et que 94% des Espagnols résidant à l'étranger ne sont pas inscrit sur les listes électorales, le collectif Marea Granate vient de lancer une campagne ambitieuse. Une tentative pour brûler la dernière cartouche qui permettrait à nombre de ces expatriés « restés sur le carreau » de voter. Au travers du projet #RescataMiVoto (#SauveMonVote), ils essaient de mettre en contact des Espagnols de l'étranger et des abstentionnistes en Espagne, pour que ces derniers votent à leur place. Au moment où est publié cet article, les votes de 941 expatriés ont été « sauvés ».