Élections en Espagne : on en parle du système électoral ? 

Article publié le 26 juin 2016
Article publié le 26 juin 2016

[OPINION] Si toi aussi tu fais partie de ceux qui vont voter sans vraiment savoir comment fonctionne le système électoral, que tu n’as jamais compris pourquoi un vote n'a pas le même poids selon la province, ou encore pourquoi la loi électorale nuit à certaines formations politiques, cet article est fait pour toi. 

En dépit de ce que nous croyons, le 26 juin prochain les Espagnols n’éliront pas le président du gouvernement, mais bien les représentants de notre Parlement national. Ce dernier, que nous connaissons sous le nom de Cortes Generales, est composé de deux chambres : le Congrès des députés et le Sénat. Et seule une partie des parlementaires, les députés du Congrès, élisent le chef du pouvoir exécutif.

Le Congrès est formé de 350 députés, élus dans chacune des 50 provinces d’Espagne, plus les deux villes autonomes de Ceuta et Melilla. Pour faire simple, une province a une superficie inférieure à celle de la communauté autonome, celle-ci étant plus ou moins équivalente à un Land allemand ou une regione italienne. La superficie de certaines de ces communautés autonomes - comme les Asturies, la Navarre, La Rioja, la région de Murcie ou Madrid - coïncide parfois avec celle d’une province. Dans chacune d’elles, les sièges sont attribués d’après une méthode assez proportionnelle, appelée méthode D’Hondt qui, cependant, suivant la majorité des Espagnols, est tout sauf proportionnelle.

Étant donné que l’Espagne est un pays où la population est répartie sur le territoire de façon très irrégulière, et que les sièges sont principalement attribués en fonction des habitants de chaque province, le nombre de députés élus dans chaque circonscription varie considérablement de l’une à l’autre. Le fait que la province de Soria élise seulement 2 députés contre 36 pour Madrid, nous oblige à différencier les provinces au sein même du système employé pour l’élection des députés.

Dans les grandes circonscriptions comme Madrid (36 députés) ou Barcelone (31), l’emploi de la méthode D’Hondt fait qu’il n’y a guère de différences entre le pourcentage de votes et de sièges, tous les partis sont ainsi plus facilement représentés. Cependant, au plus la taille de la circonscription est réduite, au plus la différence entre l’un et l’autre augmente. Cet effet est exacerbé dans les provinces où moins de 5 sièges sont attribués. On pense à celle de Soria, où seuls les deux partis majoritaires sont représentés. Dans cette province, au cours des dernières élections, 37,52 % des voix ont été vaines, parce qu’elles n’étaient pas suffisantes pour élire un député. Dans ce pourcentage, on trouvait les votes pour Podemos (16 %), Ciudadanos (15 %) et la coalition d’Unité populaire, à laquelle s’était greffée Izquierda Unida (3,5 %). Et ce malgré le fait que, au moment de voter, les citoyens adaptent leur comportement électoral, en penchant pour un parti dominant qui a priori ne les satisfait pas autant que d’autres : c’est ce qu’on appelle le « vote utile ».

Un système qui favorise les grands partis ? 

D’une part, les forces politiques auxquelles le système électoral attribue un pourcentage inférieur de sièges par rapport aux votes et qui, par conséquent, se retrouvent lésées, ont toujours prétendu à une meilleure proportionnalité. C’est le cas d’Izquierda Unida ou encore du parti Union, progrès et démocratie, aujourd’hui presque disparu. De l’autre, celles qui ont été favorisées (comme le Parti populaire ou le Parti socialiste) rappellent que si nous nous tournons vers un système électoral fractionnant davantage la répartition des sièges, il serait encore plus difficile de former un gouvernement. Une grande partie de l’opinion publique pense que cet argument n’est qu’un prétexte et cache le désir de certains partis de conserver le statu quo déjà en place. Et même si ce n’est pas tout à fait faux, n’oublions pas qu’avec ce système électoral, ô combien décrié, les Espagnols doivent retourner aux urnes le 26 juin, précisément parce qu’il avait été impossible de former un gouvernement après les élections de décembre.

Il est vrai que notre système électoral, officiellement « proportionnel », est parmi les moins proportionnels qui existent. Mais on ne peut pas défendre cette proportionnalité seulement parce qu’elle favorise la force politique que nous soutenons, en oubliant le rôle que doivent jouer les autres fonctions dans le système électoral. Ce qui, à mon humble avis, était la tendance dominante de ces dernières années.

On ne peut que se demander si les intérêts des électeurs, ce qui devrait être notre principale préoccupation, sont mieux défendus au sein d’un Parlement où bon nombre de forces politiques sont représentées. Ou si ladite défense s’inscrit dans un système avec moins de partis, mais plus accessibles et dont le fonctionnement interne serait réellement démocratique. Et si en prenant le système électoral et le défaut de représentation actuels pour seuls boucs émissaires, nous en faisions trop ?