Election Française : Réactions à chaud - Interview : Pierre Yves Le Borgn', Premier Secrétaire de la Fédération PS des Français à l'Etranger

Article publié le 6 mai 2007
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Article publié le 6 mai 2007
En direct de 'The Centre', à Bruxelles : ''cafebabel.com'': vous êtes premier fédéral de la Fédération PS des français à l'étranger et représentez les Français de Belgique à l'Assemblée des Français de l'Etranger. Vous vous êtes considérablement investi dans cette campagne. Réaction ?

Pierre-YvesLe Borgn': j'éprouve une immense déception, à la hauteur des espérances que Ségolène Royal avait fait naître. Mes premières pensées vont donc d'abord à elle, que j'ai appris à connaître, en travaillant avec elle, et aux Français qui se sont engagés dans cette campagne, souvent pour la première fois. Je souhaite que Ségolène Royal, autant que ceux qui l'ont soutenue continuent le travail politique entamé, avec la méthode des débats participatifs. Un énorme travail a été fait depuis 6 mois, et j'espère qu'il pourra constituer la base d'une opposition forte au gouvernement de droite qui se mettra en place en France dans les prochains jours.

''cafebabel.com'' : d'un point de vue Européen, qu'est-ce que l'élection de Nicolas Sarkozy va changer ? Est-ce que sa proposition de mini-traité institutionnel n'arrange pas finalement bon nombre d'Etats-membres de l'UE, et ne pourra-t-elle pas permettre de débloquer la question institutionnelle en Europe et donc de repartir ?

PYLB : je crois que les propositions de Ségolène Royal, qui consistaient à faire d'abord l'Europe par la preuve pour reconquérir l'adhésion des citoyens, étaient les justes. La méthode Sarkozy, qui consiste à passer devant le parlement revient à estimer que le peuple est trop peu fiable pour participer aux décisions, et que l'Europe doit rester l'appanage des seuls représentants institutionnels. Or l'Europe est un projet pour le peuple et les citoyens. Eviter les citoyens, c'est tuer le projet européen. Qui plus est, ne pas parler d'Europe sociale et environnementale, c'est passer sous silence les raisons du rejet du traité constitutionnel. Passer par le Parlement, c'est montrer qu'on a peur du peuple et qu'on renonce à faire l'Europe pour le peuple. Ca, je le dis, car j'ai voté oui. Et si c'était à refaire, je revoterai oui. Mais je m'efforce de tirer les conséquences de cet échec.

''cafebabel.com'' : qu'une majorité de Francais ait voté Sarkozy, qui propose donc bien autre chose que la démocratie participative, est-ce que ce n'est pas un signe qu'ils préfèrent justement avoir un leader fort, un homme providentiel et que le divorce 'peuple-élites' qu'on avait senti au moment du référendum sur la Constitution pourrait selon eux être effacé par le retour d'une élite 'à la hauteur' ?

PYLB : Je ne le pense pas. Je crois que les Francais qui ont voté pour Nicolas Sarkozy ont voté pour quelqu'un qui se préparait depuis 5 ans pour cela, qui l'avait annoncé, et a fait le vide autour de lui. Il y avait aussi un besoin d'autorité, mais auquel Nicolas Sarkozy a choisi de répondre par la mauvaise manière. L'homme providentiel, ce n'est pas une solution au XXIe siecle.

Propos recueillis par Lorenzo Morselli