Elargissement : voyage au coeur d'une contradiction.

Article publié le 27 février 2002
Publié par la communauté
Article publié le 27 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Après la chute du Mur de Berlin ,une conséquence logique, la chute de l'Europe des 15. Quelles sont leurs espérances et leurs faiblesses ? Comme s'exprime les peurs des Etats membres?

Espagne : Le défi des compétences

Tandis que grandit la désillusion des européanistes, la réforme des Institutions prévue par Nice promet de bouleverser les équilibres entre l'Etat et les régions.

Les échos de l¹Europe se répercutent dans la presse espagnole, où l¹on trouve différentes idées et opinions concernant les conséquences et défis qui ressortent des résultats les plus immédiats de Nice. Le but principal était de trouver une réforme institutionnelle pour nous préparer à une nouvelle Europe qui avance certes beaucoup mais de façon parfois peu positive en partie à cause des nouveaux et plus complexes systèmes de votation et notamment en raison de l¹insuffisante extension du vote à la majorité simple pour régler les problèmes les plus délicats. En ce qui concerne l¹Espagne, le défi le plus important sera d¹articuler ses compétences autonomes par rapport aux compétences nationales qui appartiendront dans le futur à une UE qui devra impérativement s¹approfondir. Les réactions au processus post-niçois se partagent entre les déceptions de ceux qui croyaient à un principe universel de citoyenneté et à une Constitution européenne sans peur du fédéralisme, et ceux qui s¹accorderaient plutôt avec l¹opinion de Joseph Piqué (ministre des affaires étrangères) : " A Nice on est arrivé à un accord qui va garantir un fonctionnement raisonnable de l¹UE pendant les 20 prochaines années ". Depuis l¹Espagne, on devine un élargissement qui affectera des pays qui prendront un train en marche, mais dans une situation économique déficiente, sans en connaître pour autant la destination (c¹est à dire le type d¹Europe que l¹on veut construire). (³Suivi néanmoins²?)*, nous n¹attendons pas seulement des conditions de convergences économiques car il existe des encore des idéalistes qui voient dans l¹UE d¹avantage que la mesquinerie de ceux qui n¹y cherchent que l¹opportunité de consolider des marchés et de ratifier des dépendances. Pleine de nuances et parfois de contradictions, l¹Espagne fait face à un défi européen qui ouvrira dans le futur un débat à partir des compétences des régions autonomes espagnoles, sur la révision de ses Statuts d¹Autonomie et aussi sur la possibilité d¹une nouvelle articulation de l¹Etat. C¹est en fait un débat politique passé sous silence plusieurs fois mais qui sera bientôt en première page.

République Tchèque : 90 couronnes (pour un paquet de Petra)?

Désormais, le problème n'est plus de savoir "si" l'adhésion va se faire, mais "comment" et les enjeux des négociations se centrent avant tout sur les dérogations.

Les quotidiens tchèques traitent le sujet de l¹élargissement de l¹Union Européenne surtout dans la perspective des négociations sur les aménagement des acquis communautaires. Après le sommet de Nice qui a fixé la date de la première vague d¹adhésion au premier janvier 2003, la question de l¹élargissement en tant que telle n¹est plus à l¹ordre du jour. Il est cependant vrai que la forte critique des résultats du sommet, qui a été exprimée dans les médias pendant le mois de décembre 2000, reste sous-entendue. Actuellement les quotidiens se reportent d¹avantage sur les exceptions que le gouvernement tchèque souhaite gagner dans le processus de négociation avec l¹Union. Plus concrètement il s¹agit de restrictions sur les ventes de terres aux ressortissants des autres Etats membres, mais également de la possibilité de ne pas appliquer certains impôts ou prélèvements sur les produits nationaux ainsi que de nombreux aménagement des normes de l¹Union. L¹un des quotidiens les plus lu du pays, Mlada Fronta Dnes, cite le négociateur en chef auprès de L¹UE, Pavel Telicka, qui estime qu¹il y a une certaine souplesse de la part du gouvernement tchèque en ce qui concerne l¹adoption des acquis communautaires. Selon lui il n'est cependant pas nécessaire de " courir en tête du peloton et de s¹épuiser " mais il est important d¹être prêt à accélérer. D¹après le quotidien, la République tchèque compte sur le soutien de la Pologne, autre pays candidat, qui aura besoin elle aussi d¹importants aménagements notamment dans le domaine agricole, pour obtenir gain de cause. La position réservée du négociateur en chef reflète l¹opinion existant de l¹autre côté des frontières de l¹espace Schengen. A en croire le même journal , le Chancelier allemand, Gerhard Schröder ,avec le soutien de l¹Autriche et d¹autres pays membres, voudrait initier des restrictions sur la libre circulation des travailleurs pendant une période de 7 ans suivant l¹élargissement. Schröder partage évidemment la position tchèque sur le fait que " des mesures de précaution raisonnables et temporaires " sont dans l¹intérêt de toutes les parties. Le quotidien de gauche, Právo, dessine quant à lui une situation hypothétique en posant une question pour le moins affolante : ³Le prix des Petra atteindra-t-il les 90 curons ? ³ Il fait ainsi référence à la proposition de la Commission européenne d¹imposer une taxe sur les produits du tabac qui, si elle était adoptée et si la République Tchéque devenait membre de l¹Union, augmenterais le prix des cigarettes les plus populaires (Petra) de plus de cent pour cent.

Italie : De Yalta à Nice

où se situe le pouvoir dans l'UE ? Qui l'exerce, et comment? Chronique d'une "évolution historique" et des hésitations de ceux qui devraient la guider.

"Critique profonde, mais constructive". C¹est ainsi que l¹on pourrait résumer la position de la presse italienne. Une critique serrée, mais centrée d¹avantage sur la méthode que sur le fondement de l¹élargissement. Pour le Corriere della Sera, le plus autorisé et le plus (pro-européen) "européaniste" des quotidiens du BelPaese, avant de faire la "Grande Europe" et "avant que les portails de l¹UE ne puissent s¹ouvrir aux pays issus du Communisme, il faut d¹abord décider de où se trouve réellement le pouvoir dans cette même Union Européenne? Qui est-ce qui l¹exerce et comment? C¹est celle-ci "la question cruciale, à la base de toute formation politique qui naît". Le fait est, poursuit le Corriere, que "en Europe on a déjà les pouvoirs : ils sont enracinés dans les Etats-Nations, avec une hiérarchie faite d¹histoire, de puissance militaire et économique et d¹influence culturelle. La "Petite Europe" avait résolu le problème en se donnant la structure d¹un "club de gentlemen". Cependant, aujourd¹hui, "ce schéma ne fonctionne plus, notamment parce que le club a décidé d¹accepter beaucoup de nouveaux membres". La portée historique de l¹élargissement est très sensible, comme dans toute la tradition culturelle italienne. "Le sommet de Maastricht, qui lança en 1992 l¹unification monétaire, fut la riposte de l¹Europe à l¹effondrement du Mur de Berlin. Maintenant le sommet de Nice, qui devait préparer l¹adhésion des pays de l¹ancien bloc communiste, marque le dépassement de cette décennie de transition qui suivit la fin de la Guerre Froide et du vieux bipolarisme". Pourtant, de la tentation de dépasser l¹orgueil des Nations et les tragédies du XXe siècle, toujours pour le Corriere, "l¹Europe de Nice sort encore vivante. Encore vivante , mais la tête basse car cette Europe est, cependant, encore celle des jalousies et des dogmes historico-culturels. Une Europe dépourvue de cette passion vitale qui devrait l'animer et qui est liée à cette peur de la décadence de ses Nations".

France : Une Europe à deux vitesses

Dans un climat de désintérêt, Delors et Havel proposent leur recette...

Jacques Delors - ancien président de la Commission Européenne- et Vaclav Havel - président de la République Tchèque - ont échangés leurs points de vue sur l'élargissement de l'Union Européenne. Les deux hommes s'accordent sur le fait que l'Europe ne doit pas nier son histoire ni son passé mais doit l'intégrer dans son processus de construction. C'est pourquoi la mention de cet héritage dans la Charte Européenne, signée lors de la conférence intergouvernementale de Nice, leur semble être un élément essentiel pour la construction européenne. Vaclav Havel comme Jacques Delors pense aussi qu'un système à deux vitesses peut se développer au sein de l'Union Européenne. La question d'un groupe de pays plus avancé dans leur intégration (comme pour ceux ayant adopté l'Euro) ne leur apparaît pas comme un frein à l'Union. Cependant, Vaclav Havel insiste sur le fait qu'un tel groupe doit rester ouvert. Les deux hommes pensent enfin que le développement de l'Union Européenne ne doit pas entraîner la disparition des Etats - Nations. Mais qu'une nouvelle structure doit apparaître et qu'elle reste à inventer : une structure qui se situerait entre la fédération et la confédération

Pologne : La guerre des vétos

la classe dirigeante promet que d'ici 2003 la Pologne sera prête... mais pour une adhésion d'égal à égal.

L'élargissement de l'Union Européenne à l'Est provoque une vive polémique en Pologne, l'un des pays candidats. Cette thématique au caractère bien spécifique y est traitée quotidiennement. Chaque jour les nouvelles abondent concernant la future adhésion. Nouvelles qui sont largement reprises par les différents journaux et médias du pays. Bien que la date finale de l¹adhésion ne soit pas encore précisée, nos diplomates, le Premier Ministre Jerzy Buzek, le Ministre des affaires étrangères Bronislaw Geremek, et le négociateur avec l'Union Européenne Jan Kulakowski affirment que la Pologne sera prête à rejoindre l¹UE le 1er janvier 2003. Cependant plusieurs problèmes restent à résoudre. Actuellement l'affaire la plus intéressante et la plus discutée concerne la libre circulation sur le marché du travail des citoyens des nouveaux pays membres. Cette pomme de discorde germano-polonaise constitue un grand problème pour l'une comme pour l¹autre des parties, chacun des deux camps avançant des arguments en faveur de sa position. Du côté allemand, le chancelier GerhardSchröder ,soutenu par les syndicats ouvriers, propose une période de transition de sept ans obligatoire avant de permettre aux ressortissants des nouveaux pays membres de travailler librement à l¹intérieur de l¹Union. Dans un entretien publié par le journal polonais " Gazeta Wyborcza ", l'une des personnalités les plus influentes du syndicalisme ouvrier allemand, Hans Olaf Henkel prétend que cette période est trop longue (idée soutenue par ailleurs par les diplomates polonais). De quel côté se trouve la justice ? Les arguments allemands ne seraient-ils pas quelque peu" xénophobes " ? Du côté polonais, les acteurs politiques se demandent pourquoi les citoyens polonais ne pourraient-ils pas bénéficier des mêmes chances que les espagnols ou les portugais ? Ce problème,comme beaucoup d'autres, a pris un caractère presque belliqueux. Aux exigences allemandes, les polonais ont répondu par une autre clause concernant cette fois" leur terre " dans laquelle il prévoit tout simplement de la ³protéger² pendant dix-huit ans, ni plus ni moins! Est-ce donc là l'Union Européenne ?

Turquie : Droits de l'homme: encore une impasse

le gouvernement vient de lancer son pack de mesures en vue de l'adhésion. L'effort est là, mais les problèmes habituels démeurent...

Le gouvernement turc, après une longue période de confusion, a enfin annoncé le Programme national, si longuement attendu par l¹opinion publique,qui porte sur les réformes à entreprendre en vue de l'adhésion à l'Union européenne. Largement débattu au sein de la coalition tripartite avant d¹être annoncé, présenté comme « une révision fondamentale de la structure politique, économique, sociale et administrative de la Turquie »par M. Yilmaz, le ministre responsable des affaires européennes, le programme explique les motivations du gouvernement à court et à moyen termes en ce qui concerne les réformes démocratiques (la suppression des restrictions sur les libertés d¹expression et d¹association) et la révision fondamentale du système politico-juridique du pays en vue d¹une convergence totale avec les standards européens. Il touche aussi à des questions « sensibles » comme la peine de mort, les droits culturels et linguistiques des minorités ethniques(kurdes) mais avec des formulations encore assez vagues et timides. Sur ce point, M.Ismet Berkan du quotidien « Radikal », de tendance libéral, est très précis :« Même si notre rêve d¹adhésion à l¹Europe paraît lointain, il ne faut pas ralentir les affaires, et continuer avec détermination afin d¹accélérer le plus possible ce processus. La préparation d¹un programme national n¹était que l¹un des pas à faire. La globalité du programme est, cependant, loin d¹être satisfaisante, car sur des questions comme celle de l¹octroi des droits culturels et linguistiques, il n¹apporte rien de neuf et précis. » Les quotidiens les plus populaires, Milliyet et Hurriyet, tous deux de tendance centriste, ont publié plusieurs articles sur le sujet. La plupart des auteurs se sont mis d¹accord sur les insuffisances du programme en question. Néanmoins, plutôt que de s¹attaquer au contenu du programme, la plupart des auteurs ont critiqué les traditions politiques du pays et la maladresse du gouvernement actuel qu¹ils tiennent pour seul responsable de la situation de crise dans laquelle se trouve la Turquie. "Les promesses ne suffissent plus, désormais il faut avoir des réalisations concrètes plutôt que des mots vides de sens".