Elargissement : la vie en rose ?

Article publié le 1 juin 2004
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Article publié le 1 juin 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Difficile de dire si la Commission Prodi a été ou non un succès. Surtout lorsqu’on vient d’un des Etats qui font partie de l’Union depuis seulement quelques semaines.

D’un côté, l’élargissement de 2004 est la plus grande réalisation de l’Union entre 1999 et 2004. Mais de l’autre, la Commission a fait preuve d’un manque de leadership et de vision. Et l’élargissement en tant que tel ne s’est pas révélé être une réussite totale.

Voyons d’abord le timing. Les états d’Europe centrale ont initié leurs réformes en 1989. Ils ont dû attendre 15 ans avant d’intégrer l’Union. La Grèce a attendu 7 ans entre le début du processus de démocratisation et son entrée dans la Communauté économique européenne (CEE) en 1981. L’Espagne et le Portugal ont attendu 12 ans. Les pays d’Europe centrale ont ainsi dû attendre plus longtemps que tous les précédents candidats à l’élargissement.

Trop de cuisiniers…

Ensuite, le big bang était-il une bonne stratégie ? Etait-il sensé d’embarquer 10 Etats d’un coup ? Seul le temps le dira, mais les doutes persistent. L’Union n’a pas une tradition de big bangs. Elle a franchi pas à pasles étapes, à la fois d’approfondissement et d’élargissement . En 1973, l’Union s’est ouverte à trois pays. En 1981, un seul pays est entré. En 1986, il y en a eu deux de plus. En 1995, encore trois. Et en 2004 ? Dix.

L’Europe des Quinze n’était pas prête institutionnellement à accueillir dix nouveaux Etats. Le Traité de Nice était, comme beaucoup le pensent, une « erreur » regrettable mais nécessaire, qui a permis à l’élargissement d’avoir lieu. Cependant, comme c’était une erreur fâcheuse, tout de suite après sa signature, des discussions pour un nouveau traité ont été entamées. Résultats : le chaos, d’interminables débats politiques, une cacophonie d’incompréhension mutuelle , et des chances limitées pour la Constitution.

L’élargissement de 2004 est aussi le moins cher de l’histoire. Les nouveaux pays ont dû dès le premier jour verser intégralement leur contribution au budget européen, alors que Londres bénéficie toujours de son rabais. Quand dans les années 80 l’Europe s’est élargie au sud, ni l’Espagne, ni le Portugal, ni la Grèce n’ont payé à 100% leur contribution au budget communautaire la première année de leur adhésion. Est-ce juste ? L’Union européenne et la Commission n’ont pas réussi à réformer en profondeur la Politique agricole commune (PAC). Selon les traités d’adhésion signés en 2003, les subventions que recevront les agriculteurs des huit pays d’Europe centrale en 2004 représenteront seulement 25% de celles accordées par le budget européen à ceux d’Europe occidentale. Les subventions des agriculteurs de l’Est et de l’Ouest ne seront nivelées que dans la prochaine décennie. La concurrence est-elle vraiment loyale ?

Il vaut mieux ne pas savoir ?

Enfin, la Commission n’a pas fait grand chose pour convaincre les sociétés de la« vieille Europe » que l’élargissement était important et profitable à tous les Etats. Par conséquent, les populations ont exprimé des inquiétudes, et les politiques ont imposé des mesures populistes et restrictives partout sur le continent. La population de « la vieille Europe » ne sait rien sur l’élargissement. Alors, peut-on considérer que la Commission Prodi rempli son contrat ?

De toutes ces fautes commises dans le processus d’élargissement, combien sont imputables à la Commission ? Son Président et un relatif manque de leadership sont en partie responsables. Il émane de Bruxelles peu de vision quant à ce que devrait être l’Europe.

Pourtant, en fin de compte, l’élargissement a bel et bien eu lieu. Et cela aura été la plus grande contribution de la Commission Prodi à l’Europe.