Ehoud Olmert : un bureaucrate devenu homme d’Etat

Article publié le 30 mars 2006
Article publié le 30 mars 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Kadima est devenu le premier parti en Israël lors des élections du 28 mars dernier. Un succès pour Ehoud Olmert, qui s’émancipe de son statut de dauphin d’Ariel Sharon.

Il l’a fait. Ehoud Olmert a troqué ses habits gris de bureaucrate contre ceux d'homme d’Etat, approuvé par le peuple israélien. Bien sûr, les 28 sièges réunis par son parti Kadima -sur les 120 que compte la Knesset- ne sont pas suffisants et le contraindront à une coalition avec les travaillistes et les petits partis. Mais le Premier ministre israélien par intérim a reçu l’investiture des urnes que, jusqu’à aujourd’hui, seule la volonté puis la maladie de son mentor, Ariel Sharon, lui avaient concédée. Olmert a gagné son avenir de chef du gouvernement sans revendiquer un glorieux passé militaire, à l’image de quasiment tous ses prédécesseurs. L’arme secrète de ce fonctionnaire ? Son pragmatisme. Un pragmatisme qui l’a mené à des choix et des propositions difficiles dans un pays où la politique relève surtout de l’idéologie et du dogme.

Tout commence à Jérusalem

Fils d’agriculteurs ultranationalistes et acteur politique depuis les années 70, Olmert a passé un cap dans sa carrière lorsqu’il devient maire de Jérusalem en 1993. Il restera à ce poste durant une décennie. 10 ans durant lesquels il s’occupe non pas de l’administration de la ville sainte mais plutôt de sa lente et inexorable ascension vers les étages supérieurs du palais, sous l’aile protectrice du bulldozer Sharon. « Il n’a pas vraiment de mérite », explique Gerald Steinberg, professeur à l’université de Bar-Ilan. « Peut-être que sa principale vertu est finalement de n’avoir rien d’exceptionnel ni de très mauvais. C’est comme cela qu’il trouve toujours de la place pour son dynamisme. » Dans ses années Jérusalem, il développe le concept de consolidation de l’Etat hébraïque. Un projet qui l’amène à soutenir avec fermeté le renforcement de la présence israélienne dans la partie orientale de la ville, appuyant une occupation initiée avec la guerre en 1967.

Des années plus tard, c’est cette initiative qui inspire à Sharon la politique du retrait unilatéral israélien de la Bande de Gaza. Une voie que certains ont qualifié d’incohérente mais qui, au contraire, reflète l’esprit ayant engendré le parti Kadima. L'objectif a toujours été de doter Israël de véritables frontières en annexant une partie du territoire et en laissant le reste aux Palestiniens. Un programme qui doit être réalisé grâce aux négociations de paix avec les Palestiniens mais aussi de manière unilatérale.

Un seul mot d’ordre : « hitkansut » ou consolidation

Cette philosophie ne s’inspire plus de l’ancien concept de désengagement mais de « l’hitkansut », la consolidation ou regroupement en hébreu. Soit des frontières stables pour l’Etat hébraïque et un futur Etat palestinien clairement séparés par le mur de sécurité. Le tournant est historique car il viole un tabou : l’abandon d’une grande partie des territoires bibliques de la Judée et de la Samarie signifiant la fin du rêve d'un Grand Israël.

Le choix a été payant. L’électorat israélien, pour la plupart laïc, a récompensé Olmert. Un succès qui ne trouve pas son explication dans le poids que Sharon continue à exercer depuis son lit d’hôpital. Ni faucon, ni colombe, la nouvelle formation de centre a su piocher à gauche et à droite dans une opinion fatiguée de ce long siège. La victoire du Hamas en Palestine a suivi d’ailleurs la même direction : la nécessité de parvenir à une stabilisation sans conclure d'accord avec des ennemis de toujours. En homme pragmatique, Ehoud Olmert, politique sans pedigree militaire, a su se faire l’interprète de l’humeur de son pays. Dès lors, il devra marquer de sa patte une nouvelle page de l’histoire du Moyen-Orient.