Eh, toi ! Le volontaire européen ! Qu’est-ce que tu viens faire là ?

Article publié le 17 janvier 2012
Article publié le 17 janvier 2012
2011 fut l’année de la consécration pour le volontariat européen. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’engager, mais à quoi doit-on un tel engouement ? Crise économique, manque de débouchés, altruisme exacerbé des volontaires…? Un espagnol missionné en Roumanie nous explique les raisons de l’engagement des jeunes dans le volontariat européen.

A peine ai-je eu le temps de déguster ma bière lorsqu’une connaissance d’un ami m’interpelle « Pourquoi es-tu venu en Roumanie ? » La question à un million d’euros ! Je n’ai pu m’empêcher de sourire. J’ai fait mine d’être surpris et de réfléchir à ce que j’allais bien pouvoir répondre, avant de lui servir l’explication habituelle.

« Pourquoi es-tu venu en Roumanie ? » Voilà la question que nous posent tous les Roumains. « Qu’est-ce qui peut bien t’attirer ici ? » Notre venue depuis l’Espagne leur semble d’autant plus improbable que là-bas, ils représentent la communauté étrangère la plus nombreuse (861 584, selon l’Institut National de la Statistique). Quoi qu’il en soit je suis ici, à Oradea, à une quinzaine de kilomètres de la frontière hongroise. Mais la question demeure. Trois lettres suffisent à mettre un terme aux incompréhensions : SVE (Service Volontaire Européen).

Il fait quoi, au juste, le volontaire européen ?

En ce qui me concerne, je travaille en collaboration avec trois autres espagnols pour ECOTOP, une petite ONG engagée dans la sauvegarde de l’environnement. Notre action consiste à expliquer aux enfants à quel point il est important de préserver la nature. Nous essayons de mettre au point de nouveaux projets, et d’aider à la gestion ainsi qu’à l’organisation de nos interventions.

« Pour les petites ONG le fait d'accueillir des étudiants étrangers représente une importante manne financière »

Mais commençons par le début. Deux semaines après mon arrivée en Roumanie, nous avons participé à la fameuse journée de formation, l’objectif étant de nous expliquer brièvement nos divers droits et devoirs en tant que volontaires européens, la culture roumaine, et s’assurer de notre motivation à faire du bon travail. A les écouter, certains des projets de mes acolytes ne me semblaient pas viables. Les petites ONG doivent néanmoins investir beaucoup d’argent si elles veulent faire appel à des volontaires européens. A titre d’exemple, notre projet (durant 11 mois et requérant 3 volontaires) a nécessité un investissement de 17 000 euros. Les organisations doivent bien entendu faire bon usage de l’argent qu’elles perçoivent, mais parfois, elles l’emploient dans le seul but de survivre. Le fait est que l’intégration de volontaires au sein d’organisation leur est très profitable.

C’est bien beau, mais qui paye ?

Le SVE s’inscrit dans le cadre du programme « Jeunesse en action », qui dispose d’un budget de 885 millions d’euros pour la période 2007-2013. « Quel est donc l’objectif du SVE ? » Si l’on s’en tient à la définition formelle, il s’agit de « favoriser la participation des jeunes à diverses formes d'activités de volontariat, pour à la fois permettre aux volontaires de développer des qualités personnelles et profiter aux communautés locales » Vaste programme… Trop peut-être ?

L’investissement de l’Union européenne pour le SVE vaut-il vraiment le coup ? Le volontaire engagé dans un SVE est nourri et logé (seul ou en colocation), les frais de transports lui sont remboursés, et il reçoit même de l’argent de poche. En échange, il travaille au maximum 35 heures par semaine, et participe à des cours de langue du pays d’accueil. Économiquement parlant, au vu de sa contribution au PIB, je suis prêt à affirmer haut et fort que le SVE rapporte bel et bien de l’argent (selon le rapport « Ambition Volontariat » 2011, la pratique d’un volontariat représente dans certains pays de l’UE entre 0,5 et 3% du PIB).

Et le verdict tombe …

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Mais, « Pourquoi es-tu venu en Roumanie ? » Peut-être serait-il plus judicieux de dire « Pourquoi fais-tu un SVE ? ». C’est pourtant simple. Il existe un problème (au sens large du terme) que je pense être en mesure de résoudre. Le volontaire doit savoir qu’il est la matière même du projet qu’il incarne. Son succès/échec dépendra de ses idées, de son investissement, de son goût pour le travail bien fait, et de sa créativité. Il doit également comprendre que se cantonner au projet n’est pas un gage de réussite. S’il est conscient que son idée n’est pas convaincante, le volontaire ne doit pas hésiter à aller plus loin. Outre la possibilité d’enseigner à des enfants, le SVE permet d’avoir un pied dans le monde professionnel… Une opportunité immanquable, en somme !

Vous connaissez désormais les raisons qui m’ont poussé à me lancer dans l’aventure du volontariat. Quant à la destination, la Roumanie, je dois avouer que je suis à Oradea comme je pourrais être à Rennes, Istanbul, Bremen ou Riga. C’est à la Roumanie elle-même que je dois ma présence ici. Lorsqu’une personne (ou comme ici, un pays) vous accueille à bras ouverts, il est impossible de dire non. D’autant plus lorsqu’on vient d’un pays où tout le monde se plaint en permanence pour qu’au final rien ne change. Quand j’aurai le même sentiment en Roumanie, alors l’heure sera venue pour moi de chercher une autre destination.

Photos ; (cc) Brandon Christopher Warren/flickr; Texte (cc) Liminal Make/flickr.