Egypte et Tunisie : la vigilance reste de mise, la peur en moins

Article publié le 20 avril 2011
Article publié le 20 avril 2011
Ils se sont métamorphosés, ils ont fait tomber les murs de la peur, ils se sont défaits de leurs chaînes qui les tenaient murés dans le silence, de dominés ils sont devenus dominants. Dorénavant, ce sont des citoyens à part entière et ils exigent être considérés comme tels. Qui ont été les artificiers du printemps arabe ?
Quel est le secret de leur réussite, quels sont les pièges qui risquent de les faire chuter ? Analyse.

Ils nettoient leurs places, ces citadelles desquelles ils ont fait tomber le régime, ils ramassent les ordures, démontent les tentes et rentrent chez eux fatigués mais heureux. Les Tunisiens, ainsi que les Egyptiens, sont soulagés. Leurs yeux sont remplis de joie, leur cœur bombé d’orgueil mais aussi de peur. « Nous avons frappé un grand coup, mais avant la victoire finale il nous faudra être patient et courageux », écrivait un jeune Tunisien sur Facebook après avoir appris que Ben Ali se trouvait en Arabie Saoudite. Le vendredi 11 février, jour du départ d'Hosni Moubarak, on pouvait lire sur le tee-shirt d’un jeune Egyptien de Midan al Tahir : « Hier nous luttions, aujourd’hui nous reconstruisons le pays. »

Surveiller et punir : les révolutionnaires veillent

Pour de nombreux observateurs, les gens ont eu ce qu’ils voulaient, ils ont chassé les dictateurs et le passage à la démocratie sera un jeu d’enfants. Mais la réalité s’avère beaucoup plus complexe. Les révolutions que nous avons, pour beaucoup, dites victorieuses ne sont pas encore terminées. Elles risquent même d’être écrasées par les forces contre-révolutionnaires qui sont encore là, pas prêtes à se rendre et à abandonner le pouvoir.

Les jeunes égyptiens continuent de sortir dans les rues pour défendre leur révolution

Les jeunes acteurs de ces révolutions, ceux qui savaient que la phase plus dure serait arrivée après la chute du dictateur, ne sont pas prêts à céder. C’est pour cela qu’ils ont décidé de descendre dans les rues régulièrement pour s’assurer du bon déroulement de la période de transition et que ceux qui y travaillent répondent aux exigences des révolutionnaires. En Tunisie mais aussi en Egypte, ces derniers ont contraint le pouvoir en place à dissoudre les appareils de la police secrète qui les ont espionnés durant des années sous l’ancien régime, et assoiffés de justice, ils ont pillé les archives d’Etat pour mettre en lieu sûr les documents livrant les secrets les plus scandaleux de l’ancien système qu’ils ont renversé. « Une nouvelle ère ne peut pas naître sur les fantômes du passé, écrit un Egyptien sur Facebook, ceux qui se sont salis les mains doivent maintenant payer. »

Sortir des régimes militaires

La phase de transition est le moment clé pour un futur régime démocratique. Les dynamiques amorcées aujourd’hui décideront quel visage donner à ces pays à peine sortis d’une époque post-coloniale qui s'est éternisée. L’Egypte doit encore en sortir, et pour se faire, elle doit se libérer du régime militaire en place depuis les années 50, où les Jeunes Officiers ont chassé la monarchie et déclaré la création de la République. La rédaction des nouveaux textes constitutionnels sera l’élément le plus important, car ils devront garantir les droits dont les populations ont été privées durant toutes ces années. Il faudra décider comment réglementer l’arène politique, trouver un point de rencontre entre le pouvoir religieux et les instances laïques, garantir les droits de ceux qui jusqu’à présent ont été discriminés sur la scène socio-politique et trouver des mécanismes pour ne pas les marginaliser à nouveau. Après avoir participé à la chute du régime, les femmes, les minorités religieuses et les franges de la population jusqu’alors marginalisées par le discours politiques ne sont plus disposés à se taire et revendiquent leur place dans la société.

La peur bannie du dictionnaire

Le mot de la fin n’est pas prêt à être prononcé et pour comprendre quel sera le futur de ces nouveaux pays, il faudra patienter, laisser le temps aux instances politiques réprimées durant des décennies de s’organiser. Mais le succès s’entraperçoit. La scène politique revit, chaque jour sont créés de nouveaux partis et les jeunes sont les gardiens de ce qui est leur révolution. Ils la défendent, ils organisent des rassemblements dans la rue pour maintenir l’esprit de la révolution et rappeler à ceux au pouvoir que tout ne doit pas disparaitre en bavardage. La route est encore longue et semée d’embûches, mais ce qui a été obtenu ne peut plus être perdu, ils ne peuvent plus revenir en arrière. Ceux qui sont au pouvoir et ceux qui les substitueront savent bien que dorénavant les gens n’ont plus peur de se protester contre le régime, ils n’ont plus peur de se rebeller, de revendiquer leurs droits et de reprendre l’espace qu’on leur a pris. Le printemps arabe a déjà laissé des traces inaltérables

Azzurra Meringolo écrit sur le Moyen-Orient pour des médias italiens. Elle réalise actuellement son doctorat au Départament d'Etudes Internationales de l'Université de Roma Tre.

Photos : (cc) maggieosama/flickr