Égalité des sexes en Macédoine : rien que des salades !

Article publié le 30 septembre 2011
Article publié le 30 septembre 2011
De nombreuses lois réglementent l’égalité des sexes en Macédoine. Toutefois, au quotidien, peu de femmes ressentent leur efficacité…

Une musique rock retentit dans l’entrée du bar-restaurant Mala Stanica : la nouvelle ONGWomen Unlimited of Macedonia se présente et accueille ses invités dans un cadre où se mêlent décibels, danse contemporaine et présentoirs à bijoux. Ici, activisme et commerce semblent en étrange symbiose. Cette ONG a en outre réalisé que les différents groupes d’activistes féministes de Macédoine devaient se rassembler, le slogan de ce soir affiche d’ailleurs « Networking », car « le réseau est au cœur de la société du 21e siècle », explique Simone Philippine, ambassadrice néerlandaise, au nombre incalculable de femmes présentes pour l’occasion. Leur objectif : toucher toutes celles d'entre nous – musulmanes ou chrétiennes, jeunes ou vieilles, actives ou femmes au foyer – et leur donner la force de prendre leur vie en main.

« Tout n’était pas rose sous le régime yougoslave, mais au moins les femmes avaient un boulot qui leur permettait d’être indépendantes (...) »

Depuis 1991, la Macédoine est un État indépendant, libéré de son appartenance à la Yougoslavie. Pourtant, 20 ans plus tard, les Macédoniennes semblent toutes regretter leur statut sous la botte yougoslave. La jeune blogueuse et activiste Irena Cvetkovic (29 ans) déclare en soupirant : « Tout n’était pas rose sous le régime yougoslave, mais au moins les femmes avaient un boulot qui leur permettait d’être indépendantes, d’avoir une vie en dehors de chez elles et de leur famille. À l’heure actuelle, tant les hommes que les femmes sont victimes du néolibéralisme. » Elle nous parle d’une usine de textile à Stip (centre-est du pays, ndlr) dans laquelle travaillent exclusivement des femmes, pour un salaire de misère et en deux postes. Pendant ce temps, leurs hommes sont assis dans leur canapé, au bar ou au casino. « C’est à cela que ressemble l’émancipation de la femme ? »

Il y a-t-il une véritable égalité des sexes en Macédoine ?

La revue du droit européen de l’égalité des genres 2010 qualifie la législation macédonienne de conforme à la loi européenne en matière d’équité des genres. Malgré tout, la réalité quotidienne est tout autre. Pourquoi ? Car des structures patriarcales dominent toujours de nombreux domaines de la vie sociale, professionnelle et privée. De part leurs liens avec l’Église orthodoxe, le parti conservateur en place VMRO-DPMNE et le Premier ministre Nikola Gruevski ont renforcé la répartition des rôles traditionnelle : l’introduction de cours de religion dans le système scolaire national, la réduction des services à la petite enfance ainsi que les campagnes médiatiques pour un troisième ou quatrième enfant et contre l’avortement ne sont que quelques exemples de ce à quoi ces femmes sont confrontées au quotidien.

Encourager une meilleure perception de soi

« Le problème ne vient pas seulement des hommes et des valeurs patriarcales de la société, les femmes doivent aussi être en mesure de reconnaître quand et en quoi elles sont victimes de discrimination. » Savka Todorovska, icône du mouvement féministe macédonien, cite le sondage de 2009 sur l’égalité des chances selon lequel 40 % des personnes interrogées se sentaient victimes de discrimination : la discrimination basée sur le genre n’arrivait toutefois qu’en cinquième position parmi six possibilités de réponse. Cette petite femme de caractère, sans cesse abordée et félicitée par d’autres femmes, se bat pour la participation politique des femmes depuis l’indépendance de la Macédoine en 1991. En collaboration avec le Macedonian Women Lobby, elle est parvenue à mettre sur pied les dix premières commissions locales sur l’égalité des genres. Aujourd’hui, des commissions et des représentants sont en place dans 14 ministères et dans 79 des 84 municipalités. Néanmoins, selon la revue du droit européen de l’égalité des genres, aucune information sur les activités concrètes de ces commissions n’est mise à disposition de la population.

"Si les femmes ont un meilleur accès aux emplois, il y aurait moins de problèmes de violence domestique"

Politique : les femmes sur le banc

La représentation politique des femmes en Macédoine ne serait-elle donc qu’un leurre, derrière lequel les hommes continueraient de tirer toutes les ficelles ? À l’issue des dernières élections, 42 des 123 députés au Parlement macédonien étaient des femmes, bien que « ces femmes soient là uniquement grâce au système des quotas instauré en 2006 par les femmes du Women Parliamentarian’s Club », déclare Dijana Stojanović Djordjević, qui s'est penchée sur cette initiative dans le cadre de sa thèse de fin d’études. Dans leurs scrutins, tous les trois noms on retrouve une personne du sexe le moins bien représenté au Parlement, à savoir : une femme. Or, même si leur représentation au Parlement a augmenté, leur droit de codécision, lui, ne grimpe pas. Pourquoi ? Parce qu’« après toutes ces années de silence, les députées n’ont pas développé une position uniforme en matière d’égalité des sexes. Les partis qu’elles représentent ne les voient que comme des machines à voter. Malheureusement, les discussions politiques portent bien moins sur le contenu en lui-même que sur l’appartenance au parti du VMRO-DPMNE (parti conservateur en place) ou du SDSM (parti d’opposition). »

En Macédoine, Irena, Valentina, Savka et Daniela ne se battent pas seulement contre l’image traditionnelle de la femme mère au foyer : elles luttent également pour que les lois qui leur promettent une égalité des sexes deviennent enfin réalité.

Cet article fait partie d’Orient Express Reporter 2010-2011, la série de reportages réalisés par cafebabel.com dans les Balkans. Pour en savoir plus sur Orient Express Reporter.

Photos : toutes les photos ©Christiane Lötsch; Video: (cc)Aquariusdesign1/YouTube