Éduquer les masses

Article publié le 21 février 2005
Publié par la communauté
Article publié le 21 février 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La récente sortie du film allemand Die Fetten Jahre sind vorbei, également connu sous le nom de The Edukators crève les écrans dans toute l’Europe. Entre politique et triangle amoureux, il semble que le cinéma allemand fasse recette.

Suivant les traces de l’énorme succès international de Good bye Lenin, The Edukators s'apparente, lui aussi, à une satire sociale nostalgique et un peu étrange. Les ressemblances entre les deux films ne s’arrêtent pas là : les acteurs Daniel Brühl et Burghart Klaußner y jouent également les rôles principaux. Le réalisateur et co-scénariste autrichien Hans Weingartner a utilisé sa propre expérience d’activiste politique pour réaliser The Edukators, qui suit un groupe de jeunes radicaux qui tentent de changer la société dans l’esprit de 1968. La trame un peu étrange et les personnages assez convaincants démontrent la nature idéaliste de la rébellion et l’anti-conformisme de la société actuelle.

Drogue, cheveux longs et idéalisme

L’intrigue se concentre sur la vies de trois hippies à Berlin. - Jan (Brühl), Peter (Stipe Erceg) et Jule (Julia Jentsch) – qui vandalisent les maisons de bourgeois aisés et inscrivent sur les murs des slogans comme « Vous avez trop d’argent » ou « Les jours fastes sont terminés » (titre sous lequel est sorti initialement le film en Allemagne). Ces protestations non violentes veulent faire réaliser aux riches leur aisance et les prévenir que cette situation appartient désormais au passé. Quand Jule et Jan sont dérangés par Hardenberg (Klaußner), le propriétaire d’une maison qu’ils sont en train de dévaliser, ils sont obligés de le kidnapper. Les trois jeunes idéalistes finissent ainsi dans les Alpes autrichiennes, otage sur les bras. En se cachant, ils sentent que la situation leur échappe et les problèmes ne font que s’aggraver lorsque Jule s’éprend de Peter et Jan, créant un triangle amoureux, comparable à celui de Jules et Jim de François Truffaut.

Le vrai nœud du film est la manière par laquelle les jeunes radicaux font face aux valeurs générationnelles actuelles –Hardenberger révèle d’ailleurs son appartenance au mouvement étudiant des années 1960 et affirme sa sympathie pour ses idéaux. Les arguments politiques sont un peu clichés et les dialogues se ramènent toujours aux critiques standards du socialisme et du conservatisme, mais ceux qui y voient un élément fatal n’ont rien compris au film. Ce n’est pas censé être un manifeste politique de poids, mais plutôt une description pesée de moralité, confiance et amitié.

Les trois activistes sont naïfs, et parfois individualistes, ce qui entre en conflit avec leurs idéaux. Cependant ils sont tous les trois, comme l’homme d’affaires Hardenberg, des personnages attachants. Weingartner fait front à l’enthousiasme et la conviction des trois jeunes, lorsqu’il se remémore avec résignation le temps où, lui aussi, voulait refaire le monde. Les différences entre les années 1960 et la société actuelle sont également illustrées, comme dans l’exemple où Jan explique à Jule « La rébellion est difficile à présent. Avant, il suffisait de drogue et de cheveux longs, et « l’establishment » était automatiquement contre vous ».

Les jeux des acteurs sont tous franchement efficaces –Brühl, Erceg et Jentsch jouent tous un rôle de révolté mais chacun parvient à créer subtilement une personnalité propre à leur personnage. Klaußner joue aussi son rôle à la perfection et devient de plus en plus convaincant au fil de l’histoire. La caméra à l’épaule ajoute un climat intime, de désespoir même, permettant de la même façon de s’attacher aux personnages.

Succes international?

Avec une présence à de nombreux festivals, notamment à Karlovy, Cinessonne, Varsovie, Londres, Hambourg, et Gothenburg, sans oublier le concours pour la prestigieuse Palme d'Or Festival de Cannes 2004, The Edukators qui est sorti en Allemagne et en Suisse en novembre passé, a été acclamé dans toute l’Europe.

Néanmoins, on ne peut pas comparer le film au succès de Good bye Lenin qui a été primé aux Césars et a reçu des prix des festivals bavarois, allemand et européen, et qui a été joué dans environ trente pays du monde. Pour ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de ce chef d’oeuvre cinématographique, il s’agit d’une touchante satire prenant place au coeur de Berlin Est et qui raconte l’histoire d’un jeune homme qui essaye de faire croire à sa mère malade, clouée au lit, que le mur de Berlin est toujours en place et qu’ils vivent encore dans l’Allemagne de l’Est communiste, son père, joué par Klaußne, ayant fui à l’Ouest.

Ensemble avec The Edukators, les deux films constituent des productions intelligentes et originales qui analysent les relations humaines sous fond de décors politique. Cependant Good bye Lenin semble sans doute plus accessible et son regard sur l’ « Ostalgia » ( mouvement en faveur de l’ancienne Allemagne de l’Est) l’a certainement rendu particulièrement populaire.

Malgré cela, The Edukators occupera une place de choix aux cotés d’autres triomphes récents comme Downfall (Der Untergang) et Cours Lola Cours, deux exemples de la contribution originale et populaire de l’Allemagne au cinéma européen contemporain. Ce film sort en salle en février et en mars dans le reste de l’Europe, et mérite de connaître un franc succès.