Edito: état des lieux des relations franco-allemandes

Article publié le 14 avril 2008
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Article publié le 14 avril 2008
La France. L’Allemagne. Le moteur franco-allemand. Ou plutôt ce qu’il en reste. Le couple franco-allemand ne marche plus main dans la main, semble-t-il. Le changement de génération politique des deux côtés du Rhin est porteur de bouleversements pour les relations diplomatiques entre les deux pays.
Si Angela Merkel a annoncé dès le départ ses priorités atlantistes, Nicolas Sarkozy préfère, lui, se consacrer pleinement aux enjeux nationaux et semble accorder peu d’importance à sa politique étrangère. Il est vrai que les Français sont préoccupés, à l’heure actuelle, par des problèmes plutôt concrets : le pouvoir d’achat, le chômage… Les tensions s'accumulent entre Paris et Berlin, que ce soit au sujet de l'Union européenne ou d'autres thèmes. Pourtant, le couple franco-allemand a encore un rôle à jouer en Europe, alors quel avenir pour les relations franco-allemandes?

Tensions entre Paris et Berlin

Si la presse française en parle peu, les journaux allemands s’inquiétaient, il y a peu, de l’évolution des relations franco-allemandes. « Tensions entre Paris et Berlin », titrait la FAZ. «Le gouvernement français n’a plus de temps à consacrer à son partenaire allemand », renchérissait la Handelsblatt. Car si le Président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel font bonne figure en public, les annulations répétées des rencontres franco-allemandes, dont le traditionnel rendez-vous de Blaesheim, par Nicolas Sarkozy commençaient à agacer sérieusement la classe politique outre-Rhin.

L’avenir de l’Union européenne au cœur des débats

Ce ne sont pas les sujets de désaccord qui manquent entre les deux pays : la politique agricole commune (PAC), la protection du climat, la politique française en matière nucléaire… Mais c’est sur l’Europe, ou plutôt la politique française en matière d’intégration européenne, qui cristallise les oppositions. D’abord, le projet d’ « union méditerranéenne », vivement soutenu par la France, a suscité une vive polémique en Allemagne. En effet, la France promouvait une vision trop englobante de cette union intercontinentale aux yeux des politiques allemands. Le sommet méditerranéen de juillet, à Paris, pourrait même devenir une véritable « pomme de discorde », avertit la Handelsblatt. D’autres points de désaccord sont évoqués par l’ex-ministre des Affaires étrangères et ex-vice-chancelier allemand, Joschka Fischer, dans les colonnes de l’hebdomadaire Die Zeit, comme l’avenir de la politique de défense de l’Union européenne (UE), ou encore le blocage du compromis de Maastricht.

Ces derniers temps, l’UE semble accumuler les succès diplomatiques. Elle a fraîchement accueilli deux nouveaux membres et l’élargissement de l’espace Schengen semble bien se dérouler. Mais elle manque de nouvelles propositions, d’initiatives pour avancer. « L’Europe vole sur le pilote automatique », résume Joschka Fischer. L’UE est « subjectivement divisée », explique-t-il, et seule une impulsion politique de la part des dirigeants nationaux, comme la mise en œuvre du nouveau traité, permettrait de faire un pas en avant. Ainsi, tous les regards se tournent vers Nicolas Sarkozy qui, avec la présidence française de l’UE dans les mois qui viennent, pourrait faire bien des choses pour débloquer le processus d’intégration.

Se pose alors une question capitale selon Fischer : l’objectif principal de Nicolas Sarkozy sera-t-il la poursuite du développement des capacités de défense européennes, ainsi que l’établissement d’une nouvelle union méditerranéenne visant à renforcer la position de l’UE sur la scène internationale, ou bien une simple amélioration de la position française au sein de l’Europe élargie ; une France qui a toujours utilisé l’Europe comme un « levier d’Archimède » pour renforcer sa position diplomatique dans le monde, comme le rappelait l’ex-député européen Jean-Louis Bourlanges ?

En Allemagne, nombreux sont ceux sui penchent pour la deuxième option, et on s’inquiète de laisser carte blanche à Nicolas Sarkozy pour décider seul de l’avenir de l’UE. Car, comme le rappelle Fischer, Sarkozy est en phase d’être le seul dirigeant bénéficiant d’une relative stabilité politique. Gordon Brown se bat pour sa survie politique au Royaume-Uni. Angela Merkel est en période pré-électorale. Et l’Italie vit actuellement une profonde crise politique.

La France croit toujours à son « exceptionnalisme politico-culturel »

Bref, Nicolas Sarkozy va certainement devoir, pendant une période indéterminée, tenir le gouvernail de l’Europe, ce qui inquiète la classe politique allemande, qui craint une certaine dérive de l’Union européenne vers une forme de gouvernance uniquement destinée à renforcer la « grandeur française » chère au Général de Gaulle. La France croit toujours à son « exceptionnalisme politico-culturel », avance Fischer. Elle se considère toujours comme une grande puissance mondiale, incontournable d’un point de vue diplomatique. En revanche, l’Allemagne a toujours du mal à se penser en termes de « puissance », du fait de son passé encore mal digéré. D’autre part, « les Français sont nés centralistes et vivent dans une sorte de monarchie élective » tandis que « l’Allemagne est fédéralistes et (que) les Allemands n’ont pas renoncé aux princes électeurs dans les Länder », poursuit Fischer. Enfin, il fait allusion l’opposition entre la France catholique et l’Allemagne protestante, qui a produit des cultures politiques sensiblement différentes. Autant de points de désaccord qui ne facilitent pas le dialogue franco-allemand.

« Des amis ne doivent pas être d’accord sur tout »

Le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, interrogé par le SPIEGEL tempère la situation : « des amis ne doivent pas être d’accord sur tout. Nous avons, en effet, des avis différents sur la question nucléaire. Mais nous sommes du même avis sur les questions essentielles. » Ainsi, la situation ne serait pas si dramatique, à en croire les officiels français. Mais comme le rappelait Joschka Fischer dans ses colonnes : « Il est évident que le consensus franco-allemand ne suffit plus pour imposer des initiatives décisives pour l’Union. Mais il est tout aussi vrai que les chances de succès sont très minces l’Allemagne et la France ne sont pas parvenus à se mettre d’accord. »

L’avenir des relations franco-allemandes est donc en question. La France et l’Allemagne ont toujours un rôle à jouer, serait-ce que sur le plan diplomatique. N’oublions pas que l’Allemagne et la France ont rejeté ensemble l’éventualité de participer à l’intervention de l’armée américaine en Irak. Ce blog a pour ambition de traiter des tendances économiques, sociales et politiques de ces deux pays, et d’ajouter quelques points d’histoire, nécessaires pour comprendre les évolutions actuelles. Quel futur pour les relations franco-allemandes ? La question reste ouverte alors postez vos commentaires !

Aurélien Bordet