Edinburgh Festival Fringe 2016 : Les neufs vies d'Antoine de Saint-Exupéry

Article publié le 23 août 2016
Article publié le 23 août 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« L'homme n'est qu'un noeud de relations. Les relations comptent seules pour l'homme. » (Antoine de Saint-Exupéry - Pilote de guerre, 1942)

Si le but d'une production théâtrale est d'amener à la catharsis, ainsi que l'affirmait Aristote, cette pièce de Vagabond Productions a assurément atteint son objectif avec moi : j'étais en larmes à la fin de la représentation.

La pièce est centrée autour de la vie (ou des vies) d'Antoine de Saint-Exupéry, probablement plus connu pour être l'auteur du Petit Prince. Mais avant d'écrire son livre à succès, avant de publier tous ses livres, Saint-Exupéry était un pilote, transportant le courrier pour l'Aéropostale, d'abord sur le trajet Toulouse-Dakar, puis, en Argentine. Depuis le plus jeune âge, il était fasciné par les avions, et il adorait voler. La pièce commence pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que Saint-Exupéry, bien décidé à contribuer à l'effort de guerre (alors qu'il avait dépassé l'âge maximum pour voler - il avait 44 ans) en tant que membre des Forces aériennes françaises libres en Afrique du Nord, est sur le point de partir en mission aérienne de reconnaissance au-dessus de la France. Ce sera son dernier vol, pendant lequel, des souvenirs de sa vie, et des gens qu'il a connus, lui reviennent à travers une série de flash-back.

Alors que Saint-Exupéry (Bart Vanlaere) rentre sur scène, il se dirige droit vers un échiquier sur le côté, tout en parlant au personnage qui le suit, habillé en noir (Louise Seyffert), et bouge un pion sur le plateau. Les deux reviennent de temps à autre à l'échiquier afin de bouger un pion, et cela constitue un jeu, une danse, un dialogue, devenant particulièrement proche aux moments importants de la vie de Saint-Exupéry. Il y a eu son premier atterrissage forcé, puis un épisode presque fatal de fièvre, un autre atterrissage forcé dans le désert presque sans eau ni nourriture (qui aurait inspiré Le Petit Prince) avec un sauvetage quasi-miraculeux, et un troisième atterrissage forcé qui l'a laissé dans le coma pendant plusieurs jours et lui a infligé plusieurs fractures.

Seyffert joue également tous les autres personnages : la mère de Saint-Exupéry, son co-pilote, Henri Guillaumet, et son impétueuse et vive épouse, Consuelo. Dans une scène, lors de leur première rencontre, il l'invite à faire un tour en dans son avion, et il l'effraie en coupant le moteur et en refusant de le rallumer si elle ne l'embrasse pas. Dans une autre scène, sept ans après leur mariage, Consuelo est jalouse des admiratrices de son mari, alors qu'il est devenu un auteur reconnu. (Ses suspicions se sont avérées justifiées, car si Saint-Exupéry n'a jamais cessé de l'aimer, leur relation était tumultueuse.)

 De temps à autre, on entend une voix grésillante : c'est la tour de contrôle de son quartier général au sol qui essaie de le joindre, le ramenant (et nous avec) dans le présent, pendant sa mission fatale de vol de reconnaissance, au-dessus du sud de la France.

Le jeu des comédiens est excellent, et capture à merveille les différentes émotions à travers les relations importantes de la vie de Saint-Exupéry. Son personnage et sa philosophie apparaissent comme une une part indéracinable de l'homme : son dégoût pour un monde de plus en plus automatisé où « l'homme s'est égaré avec ses technologies intelligentes... un rouage après l'autre... nous avons besoin d'une vie spirituelle. » Le personnage croit en la fraternité, où chaque individu est nécessaire et important, créant le tout, ainsi que « les pierres sont ennoblies d'être pierres d'une cathédrale. » Il démontre aussi la simplicité et la franchise de ses sentiments et de son amour pour les autres, et l'importance de participer pleinement à la vie plutôt que de l'observer de loin.

 Ainsi qu'il le dit dans Pilote de guerre : « Que suis-je si je ne participe pas ? J'ai besoin, pour être, de participer... Être un spectateur... c'est être libre de ne pas exister. Chaque obligation fait devenir. »

Tout comme le Petit Prince, ses sentiments viennent du coeur. Il lui tarde de rentrer chez lui, il est plein de courage et de curiosité, et sa relation avec la mort n'est pas basée sur la peur. Une telle intimité vient précisément de ce qu'il se nourrit des excitations de la vie, de ses aventures, de ses dangers. Quant à Seyffert, avec des changements minimalistes de costume, elle passe d'un personnage à l'autre avec virtuosité, à la fois par les mouvements de son corps et les différentes voix qu'elle adopte en changeant de ton, de débit et d'accent.

Vagabond Productions a écrit un superbe script en y mêlant des citations connues de Saint-Exupéry, et en condensant sa vie pleine de drames en une heure d'excellents portraits. Si vous n'êtes pas familiers des écrits de Saint-Exupéry, qui ont été dépeints comme les meilleurs livres de pilote jamais écrits, je vous les recommande vivement. Ce sont plus que des livres sur le fait de voler : ce sont aussi des méditations extrêmement bien rédigées sur la nature et le sens de l'existence humaine.

Cinq étoiles

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The Nine Lives of Antoine de Saint-Exupéry se joue au Studio 5 de l'Assembly George Square à 13h25 jusqu'au 29 août 2016. Cliquez ici pour plus d'informations sur le Edinburgh Festival Fringe qui se déroule au mois d'août.