Écosse : un référendum pour appâter les électeurs ?

Article publié le 20 juillet 2016
Article publié le 20 juillet 2016

En septembre 2014, les jeunes Écossais nés entre 1996 et 1998 ont connu une sorte de baptême du feu démocratique : le référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. Seulement deux ans plus tard, il nous a été demandé de prendre une nouvelle décision : rester dans l'UE ou la quitter ? Ces deux belles opportunités d'expression démocratique ont-elles encouragé les citoyens à se mobiliser et à voter ?

Mes contemporains et moi-même ont voté pour la première fois en septembre 2014. À la différence de nos parents et autres frères et soeurs, nos tout premiers bulletins de vote n'ont pas servi à élire de nouveaux représentants de notre démocratie. Ils ont exprimé un choix entre deux visions distinctes du futur de notre pays.

Alors que le débat commençait tout juste à enflammer les passions en Écosse, il nous a été demandé de prendre une nouvelle décision : rester dans l'UE ou la quitter ? La souveraineté ou le contrôle à distance ? L'asservissement ou l'indépendance ? Les règles du jeu ont peut-être changé mais de nombreux arguments étaient déjà connus, tout comme l'était le langage utilisé dans les différentes campagnes nous incitant à nous mobiliser. En réalité, il s'agissait d'une décision trop importante pour la laisser aux mains d'autres personnes, d'une chance de faire entrendre nos voix, d'un fugace sentiment de pouvoir pour l'électeur lambda...

Un phare dans la nuit pour l'espoir et la démocratie ?

À 20 ans, je me retrouve dans la position inconfortable d'avoir voté lors de deux importants référendums. Cela a servi de catalyseur majeur à mon engagement politique. Alors que j'essayais de garder un oeil sur les informations, les politiques ont toujours semblé très éloigné de ma vie quotidienne. En m'exerçant au vote démocratique lorsque j'ai atteint la majorité, j'ai été rapidement déçue par le système électoral britannique du scrutin majoritaire.

Avec cette méthode plus que simpliste, que la Société pour la réforme électorale (Electoral Reform Society) condamne comme étant une pratique du Moyen Âge, les membres du Parlement sont élus sur la base d'une simple majorité. Les élécteurs qui n'octroient pas leur vote à la liste la plus importante dans leur région, voient ce dernier perdre toute sa valeur. L'ensemble du procédé se convertit en un jeu tactique et déprimant : « Je voterai pour celui-ci afin d'évincer celui-là. »

Mais pas dans le cas des référendums. Les référendums sont un phare dans la nuit pour l'espoir et la démocratie. Ils redonnent le pouvoir au peuple et font de mon maigre vote pour le parti écologiste (Green Party) un vote qui a autant d'influence que celui de mes amis du parti travailliste (Labour) et du parti conservateur (Conservative). À l'approche du référendum sur l'indépendance de l'Écosse, j'ai reconsidéré mon attitude pessimiste à l'égard du vote puisque mon opinion allait enfin compter.

À cet égard, il est soudainement devenu important que mon opinion soit éclairée. Des expressions telles que « mandat démocratique » ou « viabilité économique », qui autrefois attiraient peu mon attention, sont subitement devenues des idées que j'avais besoin de comprendre. Jusqu'à présent, voter semblait être une sorte d'acte optimiste, inhabituel voire même saugrenu, qui relevait plus d'une obligation morale que d'une volonté de changement qui venait du coeur. Le référendum sur l'indépendance de l'Écosse a tout changé ! Bien évidemment, les référendums prennent beaucoup de temps, coûtent cher et divisent fortement l'opinion. Selon moi, la seule qualité que l'on puisse leur trouver est leur capacité à développer un débat et un engagement politiques plus importants et à montrer aux électeurs, tel que je l'ai constaté, que leur vote compte. 

Des taux de participation différents

Cela a probablement été le cas en 2014, lorsque 85 % des électeurs écossais se sont rendus aux urnes le 18 septembre. C'est un chiffre assez stupéfiant dans un pays qui n'a pas connu de taux de participation pour des élections générales supérieur à 75 % depuis les années 1970. Il semblait donc que nous assistions au début d'un regain d'intrérêt pour la politique de la part du grand public. Alors que nous n'avions en tête que la question de l'indépendance, le débat a amené sur le devant de la scène des sujets qui traitaient d'économie, d'idéologie, d'identité, de représentativité et d'égalité pour n'en citer que quelques-uns.

Jusqu'à présent, peu de facteurs ont démontré un taux de participation accru ou un engagement politique plus fort en Écosse. La dynamique politique que j'ai personnellement ressentie a, semble-t-il, eu des difficultés à se propager à travers le pays.

De manière plutôt optimiste, j'espérais que le référendum sur le Brexit signifierait le retour d'un engagement populaire en politique, et pas seulement en Écosse mais aussi à travers le Royaume-Uni. Pourtant, le taux de participation national le jour du référendum a seulement été de 72 %. Cela peut paraître élevé mais à y regarder de plus près, les chiffres révèlent quelque chose de plus inquiétant. Avec la petite victoire à hauteur de 52 % des partisans du Brexit, la décision prise par le soi disant « peuple britannique » n'est réellement celle que de 38 % des électeurs. Moins de 2/5 des personnes appelées aux urnes, et qui constituent une fraction encore plus réduite de la population totale, ont précipité le Royaume-Uni hors de l'Union européenne.

Sentiment d'apathie et de colère

La colère post-référendum des partisans du Remain s'est abattue sur la génération la plus âgée, des xénophobes aux politiciens manipulables. La colère s'est très certainement déversée sur ceux qui ne se sont pas sentis suffisament concernés pour voter... Alors même que le pouvoir direct et égalitaire d'un vote lors d'un référendum ne suffit pas à prouver aux électeurs que leur voix compte, les tenants et aboutissants d'un nouvel accord de marché avec l'Europe n'est donc malheureusement pas notre unique problème.

Les élections semblent suggérer que les partisans du Remain étaient moins enclins à voter le 23 juin dernier. Si le taux de participation avait été plus élevé, le résultat aurait peut-être été différent. Ceux qui ont voté ont mis au grand jour un pays divisé et une classe ouvrière qui se sent sous-représentée et privée de ses droits de représentation. Ceux qui n'ont pas voté ont démontré qu'un peu moins d'un tiers de la population en âge de voter ne se sent tout simplement pas concernée par les enjeux qui peuvent avoir et auront un réel impact sur leurs vies.

L'apathie vis-à-vis de l'élection générale est le résultat peu surprenant de l'inefficacité de notre système électoral. L'apathie dans un référendum est symptomatique d'un problème qui touche le coeur même du Royaume-Uni.